Un virus facilement transmissible, encore trop peu connu du grand public. Le Papillomavirus, aussi appelé HPV, se transmet quasi exclusivement par contactsexuel. S’il peut disparaître par lui-même dans la majorité des cas, une fois dans l’organisme, le Papillomavirus peut être responsable de plusieurs types de cancers.
Un vaccin existe contre les formes les plus agressives de ce virus : il est proposé gratuitement dans les collèges en France aux élèves de cinquième. Une campagne de vaccination qui peine à décoller, par manque d’informations aux familles, selon plusieurs associations.
Diplomeo a rencontré Louise Lefranc, sage-femme et bénévole chez Les Pipelettes, une association qui répond gratuitement et anonymement, sur un tchat, aux questions des jeunes sur leur santé sexuelle, pour faire le point sur le HPV.
1. Qu’est-ce que le Papillomavirus ?
Les Papillomavirus humains, aussi appelés HPV, sont une famille de virus très répandus comptant environ 120 types différents. Transmissibles quasi exclusivement par les rapports sexuels, ils infectent la peau et les muqueuses du corps humain, notamment au niveau des organes génitaux, de l'anus, de la bouche et de la gorge.
☝️Les HPV sont très contagieux : 70 à 80% des femmes et des hommes rencontrent au moins un Papillomavirus au cours de leur vie.
“On dit ‘le Papillomavirus’, mais, en vrai, il se décline en plein de différents types. On les regroupe tous sous le même nom pour que ce soit plus compréhensif”, explique Louise Lefranc, qui insiste sur le fait que c'est un virus très commun. “Il se transmet très facilement, quand il y a un contact entre la peau et les muqueuses, quelles que soient les pratiques sexuelles”, précise la spécialiste de santé.
2. Quels sont les risques liés au Papillomavirus ?
Dans la grande majorité des cas (90%), les personnes infectées par les papillomavirus ne présentent aucun symptôme et le corps élimine seul le virus. Mais dans environ 10% des cas, le corps n’arrive pas à éliminer le virus tout seul. L’infection persiste et peut alors entraîner des lésions précancéreuses qui, à terme, peuvent évoluer sur plusieurs années (10 à 30 ans) en cancers. Le cancer le plus fréquent est celui du col de l’utérus, mais le HPV peut également entraîner des cancers du pénis, de l’anus ou de la gorge.
Dans certains cas, l’infection peut également entraîner des verrues génitales. Celles-ci ont moins de risques d’évoluer en cancers, mais se révèlent “désagréables”, souligne Louise Lefranc.
"On essaie de rassurer les jeunes s’ils sont porteurs du papillomavirus, car les infections sexuellement transmissibles sont très souvent connotées comme des pratiques sexuelles abusives ou déviantes”, souligne Louise Lefranc. “On leur explique donc qu’énormément de personnes sont porteuses de ce virus. Cela ne veut pas forcément dire que la personne a fait quelque chose de mal”, ajoute-t-elle.
☝️ Ne pas avoir de symptôme ne signifie pas nécessairement ne pas être infecté. L’infection au HPV est généralement asymptomatique.
3. À quoi sert le vaccin contre le Papillomavirus ?
Le vaccin contre le HPV protège contre les souches virales les plus agressives, responsables de la majorité des cancers associés au HPV. Il est recommandé de se faire vacciner dès l'adolescence, avant le début de la vie sexuelle active, pour une meilleure protection.
“Il est important que les garçons se fassent vacciner pour protéger les filles. Parce que s'ils sont vaccinés, ils empêchent la contamination”, Louise Lefranc, sage-femme, bénévole pour Les Pipelettes
Une vaccination qui concerne aussi bien les filles que les garçons. “Il est important que les garçons se fassent vacciner pour protéger les filles. Parce que s'ils sont vaccinés, ils empêchent la contamination”, glisse Louise Lefranc. “Même si on est vacciné on peut attraper le papillomavirus, mais ça sera les types les moins dangereux et les moins à risque de se développer en lésions précancéreuses, puis potentiellement en cancer”, nuance la sage-femme.
4. Pourquoi le vaccin est proposé dès la 5e ?
La vaccination est recommandée dès la 5e afin de protéger les jeunes avant le début de leur vie sexuelle active. Elle se fait en deux injections entre 11 et 14 ans, mais peut également être réalisée entre 15 et 19 ans en trois injections. “La moyenne de début des rapports sexuels, c'est 17 ans”, explique Louise Lefranc. “On propose donc une vaccination précoce, avant le début de la vie sexuelle. Car on peut se contaminer dès le premier rapport sexuel”.
💡 La vaccination HPV ne fait pas partie des 11 vaccinations obligatoires, mais est fortement recommandée pour :
|
5. Pourquoi la campagne de vaccination dans les collèges fait un flop ?
La campagne généralisée de cette vaccination volontaire et gratuite contre le Papillomavirus dans les collèges de l’Hexagone, lancée en octobre 2023, n’a pas donné les résultats espérés. Seuls 117 000 élèves de 5e ont été vaccinés, soit “13 à 15%” de la cible, alors que le gouvernement misait sur le double, a-t-on appris en mars dernier auprès du ministère de la Santé et de la Prévention.
Des chiffres qui s’expliquent, selon Louise Lefranc, par un “gros manqued’information” des familles : “les jeunes et leurs parents ne comprennent pas forcément le lien entre le vaccin et le mode de transmission”. De plus, “pour le public visé, en cinquième, le début de la vie sexuelle paraît un peu lointain”, ajoute la sage-femme, rappelant que cette vaccination existe depuis 2007. “On a quand même 15 ans de recul, la vaccination des jeunes se fait aussi dans d’autres pays où l’on voit une réduction du nombre de cancers du col de l'utérus”, argumente-t-elle.