Grâce à l'apprentissage, plus de mixité sociale dans les Grandes écoles

Face au peu de mixité sociale dans l'enseignement supérieur, l'apprentissage apparaît comme une solution crédible et encouragée par les Grandes écoles. Décryptage.

S’il est souvent dit que l’éducation est l’affaire de tous, l’enseignement supérieur semble faire parfois exception à ce beau précepte.

Les grandes écoles en proie à l’uniformisation sociale

Certains chiffres sans équivoque démontrent la difficulté d'accès aux études supérieures pour les étudiants issus de catégories socio-professionnelles modestes. 

Des données alarmantes

Il suffit de se pencher sur les données relayées par le ministère de l’Éducation nationale en 2016 pour comprendre à quel point la mixité sociale n’est qu’un leurre dans les Grandes écoles aujourd’hui : elles nous apprennent que les enfants d’ouvriers représentent seulement 11 % des étudiants (et 33 % de l’ensemble des 18-23 ans), contre 30 % pour ceux dont les parents sont des cadres supérieurs (et 17,5 % des 18-23 ans). Un écart qui se creuse à mesure que le niveau d’excellence des études augmente, jusqu’à devenir abyssal : dans les écoles normales supérieures, on ne retrouve que 2,7 % de jeunes issus d’une famille d’ouvriers.

Quelles sont les raisons de ce constat ?

Ce manque de diversité dans l’origine sociale des étudiants trouve sa provenance dans plusieurs facteurs, dont dans un premier temps le coût des études. « Une somme à affronter », comme nous l’affirme Sylvie Jean, directrice du Programme Grande École de la Neoma Business School. En effet, le prix moyen par année d’une école de commerce, bien que variable selon l’établissement et le niveau du cursus, oscille généralement autour de 15 000 € par an : un luxe que tous ne peuvent se permettre, même si selon Sylvie Jean, « les salaires à la sortie sont tels que cela permet de faire face ».

Mais ce n’est pas tout : d’après les propos de Joël Echeverria, directeur des services à Toulouse School of Economics, « Ce n’est pas uniquement une question financière (...) c’est aussi une question d’acquisition, d’environnement culturel ». En somme, on peut craindre une sorte de condition sociale inéluctable rangeant, pour le dire grossièrement, les pauvres au travail et les riches en études.

L’apprentissage comme solution

L’uniformité sociale dans l’enseignement supérieur serait-elle une fatalité à laquelle il faudrait se résoudre ? Rien n’est moins sûr.

Un mode de formation prisé par les CSP modestes

Malgré le tableau relativement noir que l’on peut dresser de la réalité sociale des étudiants en études supérieures, Sylvie Jean se montre plutôt optimiste en affirmant que « Les écoles en sont conscientes et font en sorte que les étudiants en difficulté puissent aller au bout de leurs études ». Parmi les leviers d’ouverture sociale des établissements scolaires, l’apprentissage est mis en relief par une étude de la Conférence des grandes écoles parue en avril 2018.

On y apprend que dans les cursus par apprentissage, il y a deux fois plus d’élèves ayant un parent appartenant à la catégorie des ouvriers. De la même façon, la proportion de jeunes dont un parent est employé est 40 % plus élevée dans les formations en apprentissage que dans les formations classiques. Un constat peu étonnant quand on sait que ce mode de formation permet le financement des frais de scolarité et les droits d’inscription par l’entreprise d’accueil.

La valorisation de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur

Par ailleurs, la formation par apprentissage se développe de plus en plus dans les Grandes écoles, qui semblent vouloir en faire une priorité : la présidente de la CGE, Anne-Lucie Wack, a déclaré que ce mode de formation était « un nouveau modèle pédagogique et une voie d’excellence, donnant de véritables avantages sur le marché de l’emploi », et que « le développement de l’apprentissage dans les Grandes écoles [était] une lame de fond et une véritable transformation systémique, avec l’objectif de 25 % de diplômés des Grandes écoles par voie de l’apprentissage à l’horizon 2025 » : un taux qui est déjà de 15 % aujourd’hui.

Aussi, si l’apprentissage devient une filière plus développée dans l’enseignement supérieur, elle permettra d’augmenter les effectifs d’élèves issus de catégories socio-professionnelles plus modestes, et favorisera ainsi encore davantage un élan vers plus de mixité dans les Grandes écoles.

Pour rappel, l’apprentissage fait actuellement l’objet d’une réforme de la part du ministère du Travail, qui a notamment impulsé une campagne de communication pour valoriser ce mode de formation.

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Amandine Martinet