C’est au sein de ses locaux situés dans le 18e arrondissement de Paris que l’association Nightline, plateforme d’écoute gérée par et pour les étudiants, a présenté son nouveau dispositif : un kit de vie. Dirigeants, bénévoles, professionnels de la santé, influenceurs 2.0 : du beau monde était présent à ce rendez-vous.
Fondée en 2016 par un étudiant irlandais, l’association se donne pour mission d’améliorer la santé mentale des étudiants. Le président Erkan Narmanli rappelle que la crise sanitaire n’a qu’aggravé une situation déjà fragile : « En 2014, le suicide représentait 16 % des causes de décès chez les 18-25 ans. L’année dernière c’était 10 % d’appels qui concernaient la problématique du suicide. Aujourd’hui c’est 18 %. », déplore-t-il. Les thématiques les plus récurrentes sont la solitude, l’anxiété et les problèmes relationnels.
« Outiller, informer et donc déstigmatiser » : c’est l’objectif du kit de (sur) vie de Nightline, selon la déléguée générale, Nathalite Roudaut. « Nous ne voulons pas être dans la réaction, mais plutôt dans la prévention », rappelle-t-elle.
Un kit ludique conçu pour prévenir plutôt que guérir
Le kit de vie numérique de Nightline a été co-construit avec des étudiants bénévoles selon deux axes : prendre soin de sa santé mentale et aider un proche en fonction de sa situation. « On utilise les ressources adaptées en fonction de la situation et du sentiment de l’utilisateur. On va repérer les signaux, engager la discussion, donner des ressources à l’ami en souffrance. On a une partie très importante sur les idées suicidaires », révèle la psychologue Éléonore Jarrige.
Ces outils numériques sont composés de deux éléments complémentaires : une fiche numérique qui contient des ressources, conseils, ainsi qu’un mini-jeu afin de mettre en application ce que la fiche enseigne. Certains outils sont centrés sur l’identification et la régulation des émotions, d’autres sur les pensées, le comportement, la méditation/relaxation ou encore la psychologie positive, via un « journal de la gratitude ». L’idée étant d’adapter, dans le digital, des méthodes déjà utilisées par les professionnels de santé. « On s’est inspiré d’outils existants dans différentes psychothérapies, notamment en TCC (Thérapie cognitivo-comportementale) », reprend la psychologue.
Et plus concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Le volet « Identifier ses émotions », par exemple, a pour but de fournir des ressources pour comprendre ses émotions. L’internaute aura le choix entre six émotions primaires à l’aide d’un jeu. L’outil « distorsion cognitive » a, quant à lui, pour dessein de comprendre comment une pensée apparaît dans l’esprit via un mini-jeu.
📣 Lucile et Éléonore te présente ton nouveau ✨kit de vie✨ développé avec des #psychologues et bénévoles étudiant·e·s pour te permettre de prendre soin de ta santé mentale au quotidien, depuis ton tel 🤳 Tu te lances ? 👉 https://t.co/iT9fcL7PJBpic.twitter.com/rwjRkXOLQy— Nightline France (@NightlineFrance) November 13, 2022
Pour adapter et rendre interactives ces solutions, l’association a animé des ateliers avec des étudiants bénévoles. « Il ne s’agit pas seulement de faire pour l’étudiant, mais vraiment de faire avec l’étudiant. C’est un système communautaire », souligne la déléguée générale.
Éléonore Jarrige insiste sur le fait que le kit n’a pas pour vocation de remplacer ses homologues, mais plutôt d’apporter des stratégies supplémentaires. Cela passe par « des petits pas de côté » pour prendre de la distance avec ses pensées : « On est dans une démarche de prévention, c’est une ressource complémentaire », ajoute la psychologue.
Implantée sur le terrain dans six grands pôles universitaires que sont Paris, Lyon, Lille, Saclay, Toulouse et le Pays de la Loire, Nightline se veut être un acteur à la fois de l’opérationnel et du numérique. « Tout le monde est susceptible de traverser des périodes difficiles, donc on a créé une ressource avec des parcours personnalisés et des mini-jeux qui ont pour objectif la prévention par l’action », précise Lucile Regourd, responsable de campagne.
13 000 appels par an
250 bénévoles étudiants
Une ligne d’écoute entre 21 h et 2 h 30
13 372 contacts reçus l’année universitaire dernière
23,4 % des appels pris qui concernent les études
31,7 % appels pris qui concernent les relations familiales
22,9 % des appels pris qui concernent la solitude
30,4 % appels pris qui concernent le stress et l’anxiété
19 % des appels répertoriés qui évoquent le suicide
Des ambassadeurs célèbres témoignent de leur expérience
Pour faire connaître son kit, Nightline s’est entourée de personnalités publiques et d’influenceurs bénévoles aux parcours et aux communautés très différentes. Certains ont eux-mêmes vécu des situations difficiles.
Le Youtubeur Cyrus North (715 000 abonnés sur YouTube, 106 000 abonnés sur Twitter, 66 000 followers sur Twitch) a été contacté en 2020 pour faire des lives Twitch pendant le confinement. « Des gens ont pleuré, se sont confiés, c’était très émouvant », souligne le jeune homme de 32 ans, avant de reprendre : « Je me suis rendu compte qu’avoir vingt ans aujourd’hui c’est très compliqué avec la crise des subprimes, les gilets jaunes, le Covid, la guerre en Ukraine, le sentiment climatique qui pèse… Être ambassadeur est un honneur pour moi. »
Le Youtubeur Cyrus North à la conférence de presse de Nightline.
© Nightline
Ex-mannequin désormais comédienne, Victoire Dauxerre, elle aussi ambassadrice Nightline, a rendu un témoignage poignant de son expérience en tant que modèle dans l’agence Élite : « À chaque fois que je perdais du poids et que je retournais dans l’agence, on m’applaudissait. C’est une expérience qui m’a menée à des troubles du comportement alimentaire et une hospitalisation suite à une tentative de suicide », confie-t-elle. À l’époque, la jeune femme aux 24 000 followers sur Instagram ne savait pas qu’elle souffrait d’anorexie et souligne le manque d’informations, d’aide et de soutien, auquel elle a dû faire face.
Le troisième ambassadeur n’est autre que Charles Cortot, pilote de moto de 23 ans. Blessé actuellement, le motard suivi par 10 000 personnes a tout de même laissé un message vidéo dans lequel il loue le « boulot extraordinaire » que fait l’association. « Quand j’étais étudiant, un ami à moi se faisait moquer en raison de sa corpulence et je me suis toujours demandé comment l’aider. C’est maintenant possible avec le kit Nightline. »
Selon Lucile Regourd « entendre une personnalité qu’on admire parler de santé mentale, va briser les tabous ». Par le biais d’influenceurs digitaux ou encore de partenariats avec le réseau social TikTok, l’organisme compte toucher le maximum de jeunes, qu’ils soient ou non concernés par des problèmes de santé mentale.
Le kit est hébergé sur le site de l’association étudiante. Il est accessible via l’URL kitdevie.fr. Nonobstant que 80 % des visites sur le site se fassent sur téléphone portable, la mise en place d’une application mobile n’est pas prévue dans l’immédiat. « Ce kit de vie est une première, donc il y aura une analyse des usages avant d’aller sur des développements. », précise Nathalie Roudaut.
À noter que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche est partenaire de l’association et que le ministère de la Santé et de la prévention, lui, soutient cette campagne à hauteur de 40 000 €. De nombreux CROUS et autres organismes associatifs sont également en partenariat.