L'enseignement supérieur français entaché par l'antisémitisme

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Selon une enquête IFOP commandée par l'UEJF, 89% des étudiants juifs ont déjà été victime d'antisémite dans leur vie étudiante. Des chiffres qui soulignent l'urgence d'un changement des façons de penser dans l'enseignement supérieur français.

Les années suivent leur cours au sein de nos sociétés et nous pourrions logiquement nous attendre à ce que les mœurs progressent avec elles. Pourtant, certains actes, occurrant au sein même d’institutions destinées à inculquer savoirs et connaissances aux jeunes acteurs de ces mêmes sociétés, laissent planer des doutes quant à une véritable évolution des mentalités.

De la présence de l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur

Depuis plusieurs mois déjà, l’enseignement supérieur français est agité d’épisodes sordides venant sérieusement interroger la capacité à vivre ensemble d’une génération pourtant censée avoir largement appris le b.a. — b.a de l’ouverture d’esprit et de la tolérance. Saccage du local de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) à Paris Tolbiac, croix gammées sur un tableau d’une salle d’étude du campus d’HEC, insultes anti-juives proches de la faculté de médecine à Créteil, propos antisémites tenus lors d’un colloque portant sur l’histoire de la Shoah à l’EHESS… On ne compte désormais plus les actes discriminatoires dans certaines universités et autres grandes écoles de notre territoire.

Aussi, là où l’école est supposée être le théâtre de l’apprentissage du respect de chacun et de la bienveillance, elle semble être devenue à l’inverse un environnement propice aux démonstrations de haine et d'étroitesse d'esprit.

Ce constat effrayant a trouvé une nouvelle matérialisation à travers les chiffres d’une enquête menée par l’IFOP pour l’UEJF*, « Le regard des étudiants sur l’antisémitisme », révélés en exclusivité par L’Express le 19 mars 2019. On apprend dans ce sondage que 89 % des étudiants juifs interrogés déclarent avoir été victimes d’antisémitisme au moins une fois au cours de leurs études (injure, agression, blague déplacée, stéréotype, etc.) Les affirmations des jeunes non-juifs, quant à elles, ne sont pas plus rassurantes. En effet, ils sont 45 % à assurer avoir déjà assisté à au moins un acte antisémite au cours de leur vie étudiante. 

D’autre part, un quart des juifs sondés dans l’enquête affirme « cacher le fait d’être juif par peur d’antisémitisme » et de risquer, par le simple fait d’assumer son identité, de subir des remarques désobligeantes et autres actes malveillants.

Quelles actions pour lutter contre l’intolérance ?

Un second enseignement peu rassurant apporté par l’enquête de l’IFOP est le manque de réaction face à des actes pourtant largement répréhensibles. Ainsi, parmi les étudiants affirmant avoir été un jour victimes d’antisémitisme, seul 1 % dit avoir porté plainte, et 8 % en ont informé l’administration de leur établissement scolaire. Quels sont donc les moyens pouvant être mis en place pour aider les jeunes à se défendre face à l’intolérance de leurs pairs ? Suite aux attentats de Charlie Hebdo en 2015, des référents racisme et antisémitisme ont été nommés dans les différents établissements de l’enseignement supérieur. Une initiative qui ne connaît à ce jour que peu de succès, puisque seuls 12 % des étudiants du sondage de l’IFOP ont déclaré connaître lesdits référents de leur école.

Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’innovation a donc décidé de mettre en place de nouvelles actions pour en finir avec le racisme et l’antisémitisme, passant notamment par l’information et la sensibilisation des jeunes, mais aussi par la formation des membres du personnel des écoles.

Par ailleurs, au début du mois de mars 2019, dix présidents d’universités du Grand Est et des Hauts-de-France ont cosigné un texte clamant haut et fort leur engagement contre l’antisémitisme. Autre exemple, la décision de l’université Paris XIII en Seine–Saint-Denis d’exclure pour un an, dont deux mois fermes, un étudiant mis en cause dans une affaire de harcèlement à caractère antisémite à l’encontre d’une jeune élève de 21 ans.

Pourtant, concernant cette dernière affaire, après que la jeune fille ait trouvé le courage de porter plainte, l’affaire a été classée sans suite par le parquet de Bobigny pour « infraction insuffisamment caractérisée »… Il apparaît donc que l’enseignement supérieur est loin d’être le seul secteur à devoir revoir sa façon de considérer des actes qui sont tout sauf acceptables.

*Enquête menée en mars 2019, réalisée auprès d’un échantillon de 1007 personnes représentatives de la population étudiante française et de 405 étudiants de confession ou de culture juives.

Amandine Martinet

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