Ils créent une association pour aider les réfugiés à s'intégrer

Fadwa Ouardani, étudiante à l’Essec, a lancé l’association Essec Solidarité Immigrants il y a quelques mois. Pour Diplomeo, elle explique l’objectif de cette initiative.

Les membres de l'association Essec Solidarité Immigrants

Depuis le début de la crise des migrants, dans toute la France, de nombreux étudiants se sont engagés pour venir en aide aux réfugiés. Fadwa Ouardini fait partie de cette jeunesse solidaire. Son idée ? Aider ces jeunes à apprendre le français à travers l’association Essec Solidarité Immigrants. Une organisation dont elle nous parle avec passion et conviction.

« Aider les réfugiés dans leur parcours d’intégration »

À la rentrée 2016, vous avez lancé l’association étudiante Essec Solidarité Immigrants. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette initiative ?

Essec Solidarité Immigrants (ESI) est née de la volonté de neuf étudiants de l’Essec et d’un professeur d’allemand de l’école de contribuer, à leur échelle, à la résolution de la crise migratoire que connaît actuellement la France, en accompagnant les migrants et réfugiés du Val d’Oise dans leur parcours d’intégration.

Mais l’idée même de la création d’une association Essec m’est venue à l’esprit à mon retour de mon stage terrain. Un mois de stage ouvrier durant le premier trimestre de la première année à l’Essec que j’ai effectué à l’association « Auberge des Migrants » dans la jungle de Calais. Pendant un mois, je travaillais au sein même du camp de Calais à la distribution de dons, de repas, etc.

« En plus d’un accompagnement scolaire, ESI s’engage à fournir une aide administrative »

Quels sont les objectifs de votre association ?

L’objectif premier d’ESI est de mettre en place un programme scolaire en partenariat avec Wintegreat, créée avec succès à l’ESCP en 2015, et l’association Cergy-Pontoise Sans Frontières. Ce programme prend la forme de cours de langues et de civilisation dispensés à l’université Cergy-Pontoise, et de coaching par des étudiants de l’Essec. En plus d’un accompagnement scolaire, ESI s’engage à fournir une aide administrative.

Outre l’aide directe apportée aux migrants, ESI s’articule autour de différents pôles pour mettre en place des actions de sensibilisation, de réflexion commune et de bénévolat : des conférences et événements, sur le campus de l’Essec et à Paris ainsi que des missions humanitaires de courte durée à l’auberge des migrants de Calais..

Notre slogan : « ESI vous pouviez faire la différence... »

Des séances de coaching et des cours de français

Quelles actions mettez-vous en place pour mener à bien votre mission ?

ESI a été pensée de manière à ce que tous les Essec puissent apporter leur pierre à l’édifice. Nos objectifs sont que tous nos pôles réussissent à interpeller les étudiants sur le long terme :

Pôle Wintegreat :

  • coaching par les étudiants Essec : des séances de coaching individuelles (aide à la recherche de formation scolaire, de stage…) par un binôme d’étudiants Essec et des buddys qui s’engagent à partir d’octobre à accompagner les migrants pendant une année.
  • cours de « vivre en France » dispensés hebdomadairement par des professeurs et personnes du staff administratif de l’Essec de manière bénévole sur des sujets divers et variés : la géographie française, le système éducatif français, comment faire un bon CV, etc.
  • cours d’anglais : dispensés également de façon hebdomadaire par des professeurs d’anglais bénévoles de l’Essec
  • cours de FLE (français langue étrangère) : qui sont dispensés à l’Essec depuis le 6 mars dernier en complément des cours de français de l’UCP (Université de Cergy Pontoise). Les réfugiés sont intégrés dans les cours de français débutant de l’Essec avec les étudiants internationaux en échange sur le campus cergyssois. Un total de 22 étudiants réfugiés ont intégré les cours de FLE après avoir passé un test individuel de mise à niveau.

« Nous organisons des visites culturelles tous les premiers dimanche du mois »

Pôles conférences et débats : où l’on organise tout au long de l’année des événements de réflexion pour les Essec qui souhaitent analyser les sujets relatifs à la crise migratoire européenne et débattre sur les solutions à apporter. Nous avons reçu pour le moment deux invités : Sham Maskoun, success story d’un réfugié syrien qui aujourd’hui est ingénieur projet chez Lusis et ambassadeur de One Young World, mais également Hamze Ghalebi, ancien réfugié iranien, aujourd’hui président de SINGA France

Pôle Visites culturelles : organisées quasi chaque premier dimanche du mois dans des musées parisiens (et pour cause, les musées sont souvent gratuits) avec les étudiants migrants et les étudiants de l’Essec (Quai d’Orsay, Georges Pompidou, Quai Branly, Grand Palais).

En quoi l’Essec vous permet-elle de mettre en place votre programme ?

Elle nous met à disposition les locaux (salle de cours, ordinateurs) et comme mentionné plus haut, elle lance le programme de FLE ESI à nos côtés en donnant son aval et soutenant l’intégration des étudiants réfugiés dans les cours même de l’Essec de manière entièrement bénévole  !

Depuis le lancement de l’association, combien de bénévoles vous ont rejoint ?

Parmi les étudiants : 30 coachs et 8 personnes dans le bureau ESI.

Parmi le corps professoral : 8 professeurs dont un professeur d’allemand, Johannes Wetzel, membre d’honneur ESI qui accompagne l’association depuis le début, 6 et 3 personnes staff administratif.

« Quand j’étais en Syrie, j’étais étudiant en économie. Ici, pour l'instant, je ne peux pas continuer mes études »

Dans quelles situations se trouvent les réfugiés que vous aidez ?

Nous accompagnons actuellement 15 étudiants tous d’origine irakienne et syrienne avec une moyenne d’âge de 22 ans. Ce sont tous des étudiants en situation régulière ayant déjà obtenu leur carte de séjour leur permettant de poursuivre des études et travailler en France.

Je partage avec vous ce que m’avait écrit un de nos étudiants, Obaida Dababo, concernant son parcours et son arrivée en France (pas de correction pour montrer son niveau actuel de français sachant qu’il partait d’un niveau A2 au début de l’année) :

« Quand j’étais en Syrie j’étais étudiant en économie. Et ici pour l’instant je peux pas continuer mes études à cause de la langue française parce que c’est encore dure pour moi. J’ai fui la Syrie au Liban. j’ai décidé de voyager en Europe pour continuer mes études parce que en Liban j’ai travaillé tout le temps. Je suis sorti de Liban en 2015 j’ai voyagé de Liban jusqu’à Turquie par avion. De Turquie à la Greece avec un petit bateau. Et de Greece à la Macédoine par le train puis de Macédoine jusqu’à Serbie par le train aussi et après à la Hongrie à pieds malheureusement. On a vécu beaucoup des problèmes à cause de l’organisation de la police. On était obligé de passé 2 jours sur la route à cause de la police Et après je suis parti de Hongrie jusqu’à Autriche par le train puis à l’Allemagne par le train aussi j’ai passé un super jour en Allemagne Et j’ai trouvé un bureau français qui nous a facilité l’arriver en France. Durée du Voyage était de 15 jours. C’était super dur et trop dangereux aussi et plein d’aventures. »

Les rapports que nous entretenons avec les étudiants dépendent beaucoup du rôle que nous jouons au sein d’ESI. Pour les coachs, il s’agit de créer des liens d’amitié forts (s’organiser des déjeuners/dîners entre coachs/étudiants, faire des sorties ensemble) pour mieux connaître les étudiants et donc mieux identifier leurs projets scolaire ou professionnel.

Pour les professeurs et moi-même, il s’agit de garder une relation plus professionnelle et ne pas oublier que l’objectif final est un diplôme qui n’est octroyé que par l’assiduité des étudiants et la présence à tous les cours proposés. Ceci n’empêche pas bien sûr des moments plus intimes, lors d’apéros dinatoires que nous organisons de temps en temps, et lors de nos sorties culturelles.

Des progrès encourageants

Avez-vous déjà obtenu de premiers résultats ?

Nous ne pouvons pas nous positionner sur les résultats à ce jour à l’Essec. La première promotion passera son diplôme en juin 2017 et on saura dès la rentrée prochaine à savoir septembre/octobre 2017 si notre mission a été une réussite à 100 %.

« Leur implication est de plus en plus forte »

Les résultats que nous pouvons observer dès aujourd’hui sont une nette amélioration en français (deux de nos étudiants sont déjà au niveau B2 au bout de 6 mois !) et une plus grande confiance en la France, ses systèmes éducatifs et ses opportunités en termes d’emploi. Cette confiance est ressentie dans leur implication de plus en plus en forte au fur et à mesure de l’avancée du programme.

Un petit mot, pour conclure ?

J’adresserai mon mot de conclusion à tous les étudiants, que vous soyez en école de commerce, d’ingénieurs, à Sciences Po, ou à l’université.. Si le projet que portent ESI et Wintegreat vous parle, sachez que vous aussi vous pouvez implanter le programme dans votre école à votre échelle. N’hésitez pas à me contacter !