Le mardi 30 mars dernier, la première édition du Stepstone Digital Challenge touchait à sa fin à l’occasion d’une grande finale autour de plusieurs compétitions: basket, foot, handisport, fanfares, mais aussi e-sport !
Organisé par le site d’emploi StepStone et l’agence Epoka, cet événement avait pour objectif de créer un lien entre étudiants, écoles et entreprises autour du sport et de l’esport lors d’un événement inédit.
À l'occasion de la grande finale, 500 étudiants représentant une cinquantaine de campus comme HEC, Paris X ou encore l’école Centrale de Lyon, ont pu affronter 500 collaborateurs (recruteurs, managers). Tout cela sous les yeux de onze entreprises présentes durant la compétition: Atos, Bureau Veritas, Groupe ADP, Alten, Airbus, Daussault Systèmes, Engie IT, Generali, GIM (Groupe des Industries Métallurgiques), Idemia et le groupe RATP.
Diplomeo a cherché à en savoir plus sur les tournois de pro-gaming en interrogeant plusieurs finalistes: Nicolas, Hugo, Vincent et Shalin.
L’eSport: révélateur de “soft skills” pour les recruteurs
En France, le jeu vidéo et sa version compétitive, l’eSport (aussi appelé pro-gaming), n’ont pas toujours été vus d’un très bon oeil… Auparavant (et encore parfois aujourd’hui) accusé d’être addictif ou de rendre les jeunes violents, il semble que le gaming gagne peu à peu en légitimité, notamment avec l’essor de l’eSport. Malgré cela, il ne semble pas si évident de le voir côtoyer les mondes de l’enseignement supérieur et de l’entreprise en France. Et pourtant, le Stepstone Digital Challenge a réuni ces secteurs qui semblaient si éloignés, à la grande surprise des participants eux-mêmes.
«J’ai été assez étonné de voir autant de monde dans un tel événement. Je m’intéresse à l’esport depuis quelque temps, à son évolution et en France, on est généralement un peu en retard sur tout ce qui est eSport comparé à des pays comme la Corée du Sud. Donc je suis très content que ça se développe, notamment au niveau étudiant !» témoigne Hugo, étudiant bientôt diplômé de l’IESEG et gagnant du tournoi Hearthstone.
Certains pourraient cependant se demander, à juste titre, quel est le réel intérêt de faire se rejoindre le secteur vidéoludique et les mondes étudiant et professionnel ? L’existence même du Stepstone Digital Challenge a répondu à cette question: tout comme un autre sport, l’eSport peut permettre de révéler des qualités et compétences insoupçonnées (ou “soft skills”) chez de potentiels futurs collaborateurs ! Agilité, stratégie, esprit d’équipe, créativité ou encore leadership… chaque jeu vidéo peut dévoiler les traits de personnalité d'un joueur, qui ont un impact déterminant dans le milieu du travail.
Plus intéressant encore: la pratique du jeu vidéo est aussi une occasion pour les joueurs eux-mêmes de détecter leurs propres points forts et de mieux se connaître, comme cela a été le cas pour Hugo: «J’ai toujours été attiré par l’analyse, les chiffres, la stratégie… En jouant à Hearthstone, je me retrouve là-dedans. Au final, c’est quelque chose que j’ai pu me révéler à moi-même pour me dire: tiens c’est exactement ce qui me plait !».
Pour Vincent, qui a décroché la deuxième place du tournoi de League of Legends avec ses camarades de l’EFREI Paris, la pratique du jeu vidéo peut même avoir une influence sur la manière de travailler: «Le côté compétitif des jeux vidéo, notamment ce qu’on appelle “tryhard”, le fait de donner le meilleur de moi-même dans les épreuves du monde académique, c’est quelque chose qui me vient des jeux vidéo».
Shalin, étudiant indien en échange à SKEMA Business School, deuxième du tournoi Clash Royale est du même avis: «En définitive, les jeux vidéo renforcent vos compétences générales et votre perception des situations. Les jeux vidéo sont souvent considérés par beaucoup comme une perte de temps ce qui n’est pas exact. Ils ont aussi beaucoup d’effet sur notre subconscient et nous ne le réalisons pas. »
Stepstone Digital Challenge: un pont entre étudiants et entreprises ?
Le 30 mars dernier, l’un des objectifs premiers du Stepstone Digital Challenge était de permettre une mise en relation entre étudiants et entreprises. Mission réussie ? Pour Shalin, l’expérience semble avoir été fructueuse. Ce dernier se dit heureux d'avoir eu l’occasion «d’échanger avec plusieurs professionnels, partager leur expérience et évoquer des opportunités pour le futur».
Quant aux autres finalistes, notamment les étudiants en école de commerce ou de management, ils semblent n’avoir pas vraiment trouvé chaussure à leur pied. En témoigne Nicolas, vainqueur du tournoi Clash Royale et étudiant en première année de commerce à l’EM Normandie : «je suis allé les voir, mais ça ne concerne pas vraiment le domaine dans lequel je veux travailler. Ceci dit, c’était intelligent d’avoir invité des entreprises comme celles-ci, parce que les joueurs d’eSport ont généralement plus un profil d'ingénieur et axé vers l’informatique.». D’après Vincent, lui-même en prépa intégrée d’ingénierie, c’est effectivement le cas: «C’est plus ou moins cliché, mais les milieux de l’ingénierie ont plus de chance d’avoir des gens qui aiment les jeux vidéo».
Hugo, lui, s'est «tout de même renseigné, mais c’est vrai qu’il manquait peut-être quelques entreprises plutôt adaptées à un profil d’étudiant d’écoles de commerce, ou même à d’autres formations.» Une idée qui permettra peut-être d'améliorer le Stepstone Digital Challenge lors de sa prochaine édition.
Le jeu vidéo en plein essor dans l'enseignement supérieur
«Expérience formidable», «superbe initiative», «grande satisfaction»… Le Stepstone Digital Challenge a clairement su séduire l’ensemble des étudiants que nous avons interviewé.
Encore plus encourageant: la plupart d’entre eux espèrent même participer à une prochaine édition de l'événement, avec déjà plusieurs idées d’amélioration en tête. «J’ai plein d’amis qui sont très très forts sur Clash Royale et qui n’ont été réellement informés de l’événement, c’est dommage. Pour améliorer la deuxième édition, ils pourraient peut-être faire appel à un administrateur du tournoi qui connaît très bien le jeu et la communauté.» propose Nicolas.
Dans tous les cas, qu’il s’agisse d’événements tels que le Stepstone Digital Challenge ou de la place du jeu vidéo au sein même des écoles, il semble que le lien entre jeu vidéo et écoles se renforce considérablement.
Dans les établissements de Vincent, Hugo et Nicolas, respectivement l’EFREI, l’IESEG et l’EM Normandie, les associations e-sportives fleurissent depuis à peine un an. «On a commencé cette année avec des événements internes à l’école», explique Nicolas, qui est actuellement président de l’association eSport de l’EM Normandie. «On a organisé un tournoi quand FIFA19 est sorti en novembre, et on l’a offert au gagnant. On avait 32 personnes, on a loué des vidéoprojecteurs, c’était super ! Et maintenant on a des sponsors avec Clash Royale et League of Legends. On a 3 compétitions en ce moment et ça se déroule plutôt bien. On va peut-être déclarer l’association en fin d’année !».
À l’IESEG, l’école de Hugo, «des étudiants ont monté un bureau esport en début d’année, et c’est justement eux qui se sont tournés vers moi pour me prévenir qu’il y avait ce tournoi. Ce sont d’ailleurs eux qui ont managé toutes les différentes équipes pour le Stepstone Digital Challenge !».
Tous sont très motivés pour continuer à participer des compétitions de eSport (mais aussi de sport pour certains) durant leur temps libre. Pour sa part, Hugo aimerait même pouvoir se lancer dans le coaching eSport, au sein de l’association qu’il vient de rejoindre. Tout juste diplômé et souhaitant mener sa carrière dans le contrôle de gestion et la finance, «je me rends compte que je pourrais vraiment combiner travail et eSport. Il y a beaucoup de joueurs professionnels sur Hearthstone, qui ont un travail à côté. On peut avoir le temps de mélanger les deux, alors que pour d’autres jeux vidéo, c’est un peu plus compliqué… ».
Puisque jeux vidéo, enseignement supérieur et monde du travail semblent faire si bon ménage, nous avons demandé aux finalistes pourquoi ils n'ajouteraient pas leur victoire du Stepstone Digital Challenge à leurCV. Mais leurs réponses semblaient quelque peu hésitantes. «Cela peut être perçu de manière négative» estime Vincent, incertain. Et pour cause, il est vrai que le jeu vidéo peut parfois encore pâtir d’une mauvaise réputation auprès de certains recruteurs.
Nicolas, lui, a tout de même pris le risque de mettre en avant son rôle dans l’association eSport de son établissement: «En général, je dis que je suis président de l'association e-sport de l’EM Normandie et quand on me pose des questions, j’explique que je joue à Clash Royale et que j’ai pas mal d’expérience sur ce jeu. Si on m’en demande plus, je parlerai du Stepstone Digital Challenge. Pour être honnête, je n’y ai jamais vraiment pensé, mais je pourrais peut-être aussi ajouter ma victoire à mon CV ! ».
Désormais gagnant de deux compétitions eSport, Hugo souhaite surtout mettre en valeur son expérience de coachdans le domaine vidéoludique: «J’en ai beaucoup discuté avec mes parents, et je pense l’ajouter à mon CV. En tout cas, j’ajouterai très certainement mon rôle de manager de l’association. Et dans cette partie-là, je pourrais ajouter mon palmarès de victoires. ».
Avec l’émergence d’événements tels que le Stepstone Digital Challenge, qui encouragent le rapprochement des entreprises et des écoles avec le monde du jeu vidéo, peut-être qu’un jour plus aucun étudiant n’hésitera à révéler au grand jour ses talents vidéoludiques, notamment auprès des recruteurs…