Dans les universités, le difficile maintien des examens face à la révolte étudiante

Les perturbations dans les universités françaises causées par la rébellion d'une partie des étudiants contre la loi Vidal sont plus que jamais d'actualité. En ligne de mire : le bon déroulement des partiels du deuxième semestre, notamment celui de la première session, ayant déjà commencé dans de nombreux établissements.

Si le 9 avril dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal — à l’origine de la réforme faisant débat chez les jeunes — se montrait plutôt optimiste sur la chaîne CNews, affirmant que « les calendriers d’examens [étaient] maintenus et que toutes les conditions [étaient] réunies pour qu’ils se passent sereinement », force est de constater que la situation n’est pas aussi idyllique.

État des lieux : les examens perturbés

En ce mois d’avril 2018 donc, les épreuves n’ont pas toujours lieu comme prévu pour les étudiants. On fait le point sur les sites touchés.

Des épreuves reportées

Depuis quelques semaines, les appels à l’annulation des partiels, provenant généralement d’associations et groupes d’étudiants manifestant contre la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur, se sont multipliés dans plusieurs universités en France. Des revendications qui se heurtent souvent à la fermeté des dirigeants des établissements. À Lille 2 par exemple, les Jeunes Insoumis ont affirmé lors d’une assemblée générale le 3 avril le blocus illimité de la faculté tant que les examens ne seraient pas supprimés. Requête à laquelle le président de l’université n’a pas accédé, affirmant sur le site de l’établissement que tout sera fait pour assurer le maintien des épreuves.

Pour ce qui est de l’université Paul-Valéry à Montpellier, la situation est particulièrement tendue. Le président de l’établissement a demandé l’intervention des forces de l’ordre face aux nombreux débordements engendrés par le mouvement étudiant. Malgré ces difficultés, le chef de l’université a assuré vouloir maintenir le calendrier voté, tant pour les épreuves à distance qu’en présence.

Mais toutes les facs ne sont pas aussi optimistes quant au bon déroulement des épreuves. Le président de l’université Rennes 2 a pour sa part déclaré lundi 16 avril dans une interview à Ouest France que si le blocage persistait, l’établissement aurait « évidemment des difficultés pour tenir les calendriers d’examens », et il est déjà prévu que certaines épreuves devant se dérouler la semaine du 30 avril au 5 mai seraient reportées.

À l’université Toulouse Jean-Jaurès, bloquée depuis déjà plusieurs mois, l’ensemble des examens prévus entre les 16 et 30 avril sont reportés à début juin, d’après un communiqué de l’administrateur provisoire de l’établissement.

Quant aux examens de droit prévus le lundi 16 avril à la faculté de Nanterre, ils ont été annulés pour cause de nouvelles perturbations sur le site (les portes des bâtiments étant bloqués par des barrières, des tables et des chaises). Finalement, ce sont tous les examens et cours de la journée qui sont reportés, a annoncé l’université sur son site internet. Rien n’a encore été décidé sur la suite du calendrier des épreuves.

Nous avons demandé à Grégoire, étudiant en 2ème année de droit à Nanterre, d’évoquer les premières contestations qui ont eu lieu sur le campus : « Cela a eu lieu le 9 avril. Des étudiants ont bloqué le bâtiment de droit ainsi que deux autres bâtiments. Ils étaient environ une trentaine. Le président de la fac, Mr Balaudé, a alors décidé de bloquer toute la faculté. Vers 12 h 30 une centaine de CRS a débarqué sur le campus. Les bloqueurs ont été délogés aux alentours de 16 h 30 ».

Lorsqu’on lui demande s’il s’imaginait que ces révoltes allaient prendre autant d’ampleur, il répond clairement : « Au départ, les manifestants n’étaient qu’une simple trentaine. À aucun moment je ne pensais que cela puisse un jour remettre les examens en question. »

Les prochaines journées dans les universités bloquées sont donc placées sous le signe de l’incertitude.

Vers une notation unique ?

Au-delà de la bonne tenue des examens prévus, ce sont les modalités de réussite à ces derniers qui sont remises en question par la grogne dans certaines facultés.

En effet, de nombreuses assemblées d’étudiants ont réclamé une notation automatique et unique pour chaque élève dont les cours ont été perturbés ou qui n’aurait pas pu passer les partiels dans son établissement.

Du côté des Jeunes Insoumis à Lille par exemple, il a été voté à une large majorité que tous les élèves bénéficient d’une note de 12 sur 20 minimum à chaque épreuve.

Certains vont plus loin encore, à l’image d’un rassemblement à Nanterre où il a été demandé « l’annulation des examens et la validation automatique avec la note politique de 20/20 ». Grégoire, président d’une association de la faculté, s’exprime sur ces réclamations : « Cette décision (la note politique de 20/20 aux examens) s’est prise suite à une assemblée générale, et a été votée à main levée. La demande n’a en aucun cas été approuvée par le président de l’université. Seulement certains professeurs ont appliqué cette note dans leurs matières. »

Des réclamations qui n’ont rien d’impensable au regard d’événements passés. Ainsi, l’UNEF (Union Nationale des Étudiants de France), contactée par Le Parisien, assure que de tels « traitements de faveur » auraient déjà existé pour de nombreux jeunes suite aux mouvements contre la loi Travail en 2016.

Pourtant, ces demandes sont aujourd’hui très largement et fermement rejetées par les directions des universités qui jugent ce recours impensable. Le président de la fac de Montpellier a affirmé refuser « le délire d’un semestre blanc où tout le monde aurait 10 ». Même son de cloche du côté du gouvernement. La ministre Frédérique Vidal a déclaré souhaiter que « les diplômes gardent leur valeur ». Emmanuel Macron lui-même a tenu à se montrer intransigeant lors d’une interview donnée le 15 avril 2018 : « Les étudiants doivent comprendre une chose : c’est que s’ils veulent avoir leurs examens en fin d’année, c’est mieux de les réviser, parce qu’il n’y aura pas d’examens en chocolat dans la République ». Le message est clair.

Nous avons interrogé notre juriste en herbe sur ce à quoi il fallait s’attendre suite à la déclaration du président de la République ; « Dans les prochains jours, nous attendons encore un blocage de la faculté. Le 2 mai est aussi prévu. Nous ne savons toujours pas à quelle date nous allons passer nos partiels. On attend la nouvelle assemblée générale pour avoir plus d’informations ».

L’assemblée est vivement attendue des étudiants qui, comme Grégoire, ne savent pas ce qui les attend d’ici la fin de l’année universitaire. Pendant ce temps, les étudiants improvisent. Une journée type à Nanterre en période de blocus ? « Suite à l’assemblée générale du mardi 17 avril, nous avons compris que nous ne passerons pas de partiel d’ici un petit moment. Ne sachant pas à quelle date ils allaient être remis, nous avons décidé de faire une journée sportive, avec du foot, de la pétanque et du volley, ainsi qu’un barbecue ».

Quelles solutions pour le bon déroulement des examens ?

Pour l’heure, la situation semble donc particulièrement instable et floue. Des heures difficiles, mais non sans issue.

Les recours envisagés par les universités

Face au maintien des blocus, nombreux établissements ont donc choisi le report des épreuves en attendant que le mouvement s’assagisse. Mais d’autres possibilités sont envisagées pour respecter le calendrier des partiels.

Ainsi, l’université Paul Valéry de Montpellier a pris ses dispositions et a opté pour la dématérialisation des épreuves : en effet, les élèves sont tenus de passer leurs examens en ligne, sur la plateforme numérique Moodle. Ce recours concerne plus de 800 épreuves et quelque 15 000 étudiants, et implique que « les sujets ont dû être réfléchis de manière à faire appel davantage à la réflexion qu’à la récitation de questions de cours (…) ce pour éviter la triche et la trop grande facilité », selon la vice-présidente de la faculté. La convocation des étudiants en ligne soulève cependant le débat et n’est pas appréciée de tous, notamment par crainte de violation du principe d’anonymat ou d’épreuves révisées sans réelle réflexion. Ce système, de plus, comporte des failles : le serveur numérique employé par la faculté de Montpellier a été saboté par un groupe d’individus le 11 avril dernier, suspendant à nouveau la session d’examens.

Autre solution envisagée pour maintenir les épreuves dans le calendrier prévu initialement, défendue notamment par le ministère de l’Enseignement supérieur : la délocalisation des partiels, qui pourraient être passés dans d’autres lieux que dans les campus bloqués. Comme l’a affirmé Gilles Roussel, président de la conférence des présidents d’université à France Info, il est donc possible de « louer d’autres amphithéâtres » et il y a « d’autres universités (…) qui peuvent accueillir des examens ».

Des initiatives pour la réussite de tous

Manifestations, blocus, violences, interventions des forces de l’ordre… Le climat tendu dans lequel se trouvent nombre de sites universitaires en France est loin d’être propice au sérieux et à la révision des examens, pour peu qu’ils puissent avoir lieu. Voici donc quelques exemples d’initiatives personnelles faciles à mettre en place pour bien préparer ses épreuves envers et contre tout ! Il est notamment plus que recommandé de passer du temps en bibliothèques et autres bibliothèques universitaires pour retrouver un cadre plus calme et potasser ses différentes matières l’esprit tranquille. Certains élèves préfèrent quant à eux réviser leurs cours grâce à des vidéos mises en ligne par des professeurs non-grévistes.

Par ailleurs, il existe aussi des séances de révisions collectives organisées par certaines associations d’élèves et qui se déroulent hors du contexte agité des sites universitaires, dans des cafés ou encore des salles prêtées pour l’occasion.

Pour l’heure, le gouvernement ne compte pas céder face au mouvement contre la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur, et juge d’une même voix que « les bloqueurs sont minoritaires », d’après les mots d’Emmanuel Macron lors de son interview télévisée le 15 avril.

Amandine Martinet