La révolte des étudiants contre la sélection à l'université

Les blocus dans les universités françaises se multiplient suite à l'adoption de la loi "orientation et réussite des étudiants" le 15 février 2018. Les raisons de la colère des étudiants, les débordements engendrés... Diplomeo fait le point sur la situation.

La situation dans les universités françaises se tend de jour en jour à la suite de l’adoption d’une nouvelle loi qui vise à réformer l’accès aux études supérieures. On vous explique pourquoi. 

Que prévoit la réforme de l’accès aux études supérieures ?

La loi « orientation et réussite des étudiants », aussi dite loi Vidal — du nom de la ministre de l’enseignement supérieur —, a été adoptée par l’Assemblée nationale et par le Sénat le 15 février 2018 et officiellement publiée le 8 mars. En parallèle, la plate-forme pour faire ses vœux d’orientation Parcoursup, qui succède à l’ancien système Admission post-bac (APB), a été mise en place.

Les grandes lignes du contenu de la loi Vidal

Elle prévoit de réformer l’accès à l’enseignement supérieur des bacheliers, en réaction aux dysfonctionnements constatés sur ce point l’an passé. Pour ce faire, les principales mesures consistent à instaurer un parcours d’accompagnement pour les étudiants postulant à une formation mais n’en ayant pas le niveau — laquelle connaît des difficultés de mise en place —, supprimer le régime de sécurité sociale étudiante, ou encore proposer une année de césure dès la première année de licence pour permettre à l’élève de développer un projet personnel ou professionnel.

Ce qui provoque la colère des étudiants

Le problème de cette réforme selon certains étudiants, c’est qu’elle introduit, sans l’annoncer clairement, une forme de sélection pour l’accès à l’université. En effet, la loi prévoit qu’un établissement pourra choisir quels élèves il accueillera « lorsque le nombre de candidatures excède les capacités d’accueil d’une formation ».

Cette capacité limitée est définie par le recteur de l’académie, ainsi que par les responsables de la formation concernée : elle dépend principalement du matériel et des équipements dont dispose l’université pour accueillir ses étudiants. Mais les critères de « sélection » des élèves restent plutôt flous, c’est pourquoi certains craignent un tri social dissimulé.

L’ampleur de la révolte étudiante : blocus, violences, tensions...

Face à la promulgation de ces changements, depuis le mois de mars, une dizaine d’universités françaises — sur soixante-dix au total — sont le théâtre de mouvements étudiants s’élevant contre la loi Vidal. Ces actions de protestation, notamment soutenues par l’UNEF (premier syndicat étudiant de France) ou encore le Snesup (syndicat d’enseignants), peuvent parfois engendrer des débordements conséquents.

Les actions menées contre la réforme

La manifestation contre la réforme de l'accès à l'enseignement supérieur prend la plupart du temps la forme de blocus : c’est le cas à Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rouen, Lille, Strasbourg, Nancy, ainsi que dans plusieurs fac parisiennes (Paris-I Panthéon Sorbonne sur son site de Tolbiac, Paris 8 - Sant-Denis). Des occupations des sites décidées par des groupes d’étudiants en colère, allant jusqu’au blocage « illimité » des établissement et paralysant ces derniers jusqu’à leur fermeture provisoire.

Mais la grogne va parfois au-delà de ces actions et plusieurs débordements ont été à déplorer depuis le mois de mars. A la faculté de droit et sciences politiques Paul-Valéry à Montpellier, le 23 mars au soir, les choses ont dégénéré lors d’une assemblée générale d’étudiants ayant décidé l’occupation d’un amphithéâtre : une dizaine d’individus cagoulés et armés de bâtons ont fait irruption dans la salle pour déloger les jeunes par la force. Plusieurs blessés ont dû être évacués et le doyen de la fac ainsi qu’un professeur d’histoire ont été mis en examen. Des agressions sont également survenues dans d’autres campus : le 26 mars à Lille 2, des étudiants d’extrême-droite s’en sont pris à d’autres camarades, et six élèves de Strasbourg ont été passés à tabac par un même groupuscule extrémiste deux jours plus tard.

Des revendications qui varient

Ce qui complique encore un peu plus le problème de ces révoltes étudiantes, c’est la multiplicité des problèmes qu’ils dénoncent. Si la majorité manifeste son mécontentement contre la loi Vidal et souhaite son retrait, d’autres problématiques viennent s’ajouter selon les campus. A Toulouse par exemple, c’est aussi le projet de fusion de l’université avec d’autres établissements de la ville qui dérange. D’autres étudiants dénoncent de surcroît les interventions des forces de l’ordre lors des blocus, des violences policières qu’ils jugent « disproportionnées et inappropriées ».

Quelle issue à ces révoltes ?

Il se pose à présent la question de l’aboutissement et de la longévité de cette rébellion étudiante. Si Olivier Vial, président de l’Uni (organisation étudiante proche de la droite) n’y voit qu’un mouvement circonscrit pour l’heure aux « facs de tradition folklorique », il semble que ce dernier ne soit pas prêt de se tasser. La prochaine journée nationale de mobilisation interprofessionnelle a été annoncée par la CGT pour le 19 avril 2018. L’occasion pour les étudiants de faire à nouveau entendre leur voix.

Amandine Martinet