Les étudiants français font peu de cas de leur santé

L'Observatoire de la Vie Étudiante a mené une grande enquête sur la santé des jeunes inscrits à l'université en France. Focus sur des chiffres qui peuvent inquiéter sur la situation et l'état général de certains étudiants.

L’OVE a rendu publics le 9 novembre 2018 les résultats de sa première grande étude sur la santé des étudiants, après plus de deux ans d’analyse.

En premier lieu, on apprend dans l’étude de l’Observatoire National de la Vie Étudiante que les jeunes ont une bonne perception de leur santé : en effet, à 73 %, ils estiment avoir été en bonne santé dans les quatre semaines précédant leur réponse au questionnaire. Seuls 5 % des sondés la qualifient de mauvaise ou très mauvaise.

Un désintérêt pour les questions de santé 

Et pourtant, derrière cet optimisme apparent, les étudiants français semblent bel et bien faire peu de cas de leur propre santé, dans le sens où ils sont nombreux à renoncer à recourir à des soins médicaux, à 47 % par manque de temps — selon leurs déclarations — et à 48 % en se disant que « ça va passer ». Autre donnée inquiétante, un tiers des étudiants interrogés ont déclaré avoir renoncé à assurer un suivi médical ou à des soins spécifiques pour des raisons financières, au cours des douze mois précédant l’enquête : arrivent en tête les soins dentaires, les consultations chez un médecin spécialiste puis les rendez-vous ayant un lien avec l’optique (lunettes, lentilles, etc.) Pour ce qui est de la contraception, la situation est pour le moins inquiétante. En effet, un tiers des étudiantes déclare ne jamais avoir consulté de gynécologue.

Des comportements à risque

Par ailleurs, les jeunes n’hésitent pas à multiplier les conduites et consommations à risque. D’une part, presque la moitié d’entre eux (48 %) déclare sauter des repas au cours d’une semaine de cours classique. D’autre part, ils sont 36 % à fumer du tabac contre 34,6 % de l’ensemble de la population, et 40 % des interrogés affirment consommer de l’alcool au moins une fois par semaine. De plus, plus de la moitié des étudiants a déjà consommé du cannabis au moins une fois dans sa vie. Parmi eux, 21 % sont même des consommateurs réguliers. Autre résultat particulièrement préoccupant, on apprend dans l’enquête de l’OVE que près de 4 % des jeunes sondés ont déjà consommé au moins une fois un produit dopant (psychostimulants, amphétamines, cocaïne…) dans le but d’améliorer leurs performances scolaires lors d’un concours ou d’examens divers. On apprend d’ailleurs que ceux qui sont les plus nombreux dans ce cas sont les étudiants en santé et ceux qui sont âgés de plus de 25 ans.

La déprime de la jeunesse

Un des enseignements les plus alarmistes de l’enquête de l’Observatoire National de la Vie Étudiante concerne l’état moral et mental des jeunes interrogés. En effet, près de 20 % des répondants ont affirmé présenter les signes d’une détresse psychologique dans les quatre semaines précédant l’étude. Pire encore, près de 37 % d’entre eux ont déjà vécu une période d’au moins deux semaines consécutives au cours desquelles ils se sont sentis tristes, voire déprimés. Enfin, on apprend qu’ils sont plus de 8 % à avoir déjà pensé au suicide au cours des douze mois précédant l’enquête… Ces pourcentages sont plus élevés que pour ceux de la population en général, ce qui prouve qu’un malaise propre aux étudiants existe.

Ainsi, l’étude menée par l’OVE dresse un portrait peu rassurant du rapport des étudiants français avec leur propre santé aujourd’hui. Il convient ainsi de s’interroger sur les actions à mener pour inverser cette tendance : vers plus de prévention et d’information, notamment dans le cadre scolaire, par exemple.

* Échantillon représentatif de 18 875 étudiants inscrits à l’université en France pour l’année 2015-2016, interrogés via un questionnaire entre les mois d’avril et juin 2016.

Amandine Martinet