Parcoursup : pourquoi fait-elle autant parler d'elle ?

Sectorisation, augmentation du coût des études, tri sur des critères peu définis... La plateforme Parcoursup ne cesse de faire parler. Beaucoup jugent qu'elle va à l'encontre de l'égalité pour tous, provoquant des blocus dans les lycées et universités. Cependant, est-il aussi simple de la juger discriminatoire ? Diplomeo vous explique tout en détail.

amphithéâtre vide

Suite au fiasco de juillet 2017, le Gouvernement a décidé de revoir totalement la plateforme APB en la changeant pour Parcoursup. Avec la promesse d’améliorer l’affectation des vœux pour la poursuite en études supérieures, le nouvel outil provoque la colère des étudiants depuis quelques semaines. Ils reprochent un tri social, voire une sélection discriminatoire. Est-ce réellement le cas ? La réponse semble bien plus complexe qu’un oui ou un non.

Des inégalités évidentes ?

Les chiffres sont parlants. D’après le ministère de l’Éducation nationale, seulement 11 % des étudiants dans le supérieur sont issus de la classe ouvrière contre 30 % des enfants de cadres supérieurs. Dans les prépas et écoles d’ingénieur, l’écart se creuse d’autant plus avec huit fois plus d’enfants de cadres supérieurs que d’ouvriers. Et les chiffres ne semblent pas prêts de changer avec Parcoursup. En effet, selon le dossier de presse de l’Unef, il serait possible de constater ces écarts en raison de la sélection universitaire, provoquée par Parcoursup, basée sur des critères jugés impartiaux. Face aux filières en tension telles que STAPS ou Droit, les activités extra-scolaires, la possession du brevet de secourisme ou l’attestation d’expériences personnelles seront pris en compte. Pourtant, ces dernières ne sont pas accessibles à toutes et tous.

De plus, il est reproché à la nouvelle plateforme, une sélection discriminatoire liée aux documents comme le CV informant du nom, du prénom, du lycée d’origine, de la zone géographique de l’élève, ou encore de sa couleur de peau, si photo. Parcoursup reproduirait selon l’Unef un schéma discriminatoire en laissant les universités et écoles choisir leurs futurs étudiants avec ce dossier.

En parallèle, l’augmentation du prix des études est également un obstacle pour l’accès des classes populaires aux études supérieures. Les frais de scolarité sont en hausse, forçant de nombreux élèves à prendre des crédits, une solution pas toujours abordable et égalitaire pour ces jeunes. Cependant, bien que ces facteurs démontrent les failles de Parcoursup, cette dernière possède un algorithme permettant de gérer le taux de boursiers. Des écoles avantagent bel et bien les boursiers en augmentant leur taux, ce qui favorise ces derniers.

La classe moyenne, la grande oubliée de la plateforme ?

L’algorithme de Parcoursup fait remonter les boursiers et avantage les jeunes issus de la classe populaire. Les classes aisées se voient offrir plus facilement des crédits. Quant aux classes moyennes, elles ne se retrouvent ni dans l’un des cas, ni dans l’autre. Ne bénéficiant pas forcément de la discrimination positive et faisant face à l’augmentation des prix des études supérieures, est-il aussi simple de juger la classe moyenne comme la perdante de Parcoursup ?

Il faut en effet nuancer ces propos. La plateforme permet tout de même aux établissements d’examiner principalement le dossier scolaire des candidats, même si d’autres critères peuvent être pris en compte. Toutefois, classe moyenne ou non, ces critères demeurent un sujet géré par les écoles et universités qui se réservent le droit de trier selon leurs propres conditions.

Une sélection pour tous, mais des solutions envisageables

Finalement, la question du tri social avec Parcoursup est complexe entre avantages et défauts, que ce soit pour la classe populaire ou la classe moyenne. Cette année, les candidatures sont d’autant plus nombreuses. Avec la nouvelle plateforme, les universités et écoles n’auront pas d’autre choix que de faire un « classement » parmi les étudiants et de rejeter des vœux préférentiels. Comme il a été dit plus haut, des filières déjà en tension vont devoir refuser des élèves. Ce problème est également apparent avec la demande de secteur, certains étant plus désirés que d’autres. Lyon ou Paris sont des zones très sollicitées. Ainsi, les étudiants demandant ces lieux ne verront pas toujours leurs vœux satisfaits. Cependant, des écoles proposent des solutions afin de limiter les déceptions ainsi que la discrimination. 

Certaines mettent en place une politique d’égalité pour inclure plus de filles parmi leurs rangs, mais aussi plus de jeunes issus des zones prioritaires, en addition à la gestion du taux de boursiers. Alors, sera-t-il possible pour tous les futurs bacheliers de s’y retrouver parmi les « qualités » et « défauts » de Parcoursup ? La réponse le 22 mai prochain…

Janis Koparanian