Témoignages : la recherche d'alternance, un parcours du combattant

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Si l’alternance est une option de plus en plus incontournable pour valoriser son parcours de formation, la recherche d’un contrat s’apparente pourtant à une véritable descente en enfer pour de nombreux étudiants... Diplomeo a interrogé certains d'entre eux à propos de cette expérience.

« Urgent recherche alternance », « HELP Plus que quelques semaines avant la deadline »... Alors que la rentrée bat son plein, certains étudiants continuent de jeter désespérément  des bouteilles à la mer sur les réseaux sociaux, pour enfin trouver l’employeur qui signera avec eux un contrat d’apprentissage ou un contrat pro...

D’après notre sondage Parole aux Jeunes, 83 % d’entre eux rencontrent des difficultés lors de leurs recherches, dont 55 % avouent même avoir vécu une expérience « très difficile »Des chiffres qui interpellent, et qui soulèvent de nombreuses questions : pourquoi tant d’alternants sont-ils confrontés à ces difficultés ? Sont-ils assez informés et accompagnés dans leurs recherches ? Pour les plus chanceux, quelle est la méthode qui leur a finalement permis de sortir la tête de l’eau et de signer leur contrat ? 

Diplomeo est allé à la rencontre de plusieurs d’entre eux afin d’en savoir plus sur leur expérience. 

De CV en CV...

Des mois de recherche, des dizaines de candidatures, des heures d’inquiétude, des remises en question : voilà à quoi ressemble le quotidien de moult étudiants souhaitant trouver une entreprise pour signer un contrat d’apprentissage ou un contrat de professionnalisation. 

En management ou en mécanique, en BTS ou en master, tentatives désespérées et échecs sont au rendez-vous lorsque les jeunes commencent leur recherche. « C’est hyper long et compliqué à trouver. » se remémore David, qui cherchait une alternance pour son BTS MUC il y a quelques années. « J’ai commencé à déposer des CV et lettres de motivation un peu partout, en candidature spontanée. Mais ça n’a pas du tout marché. » 

Erreur de débutant ? Si 4 alternants sur 5 ont encore recours à la candidature spontanée, nombreux sont ceux qui se heurtent à un mur avec cette méthode. Sébastien, en master 2 de développement web dans une école du digital à Lyon, en témoigne : « J’ai fait des candidatures spontanées dans des entreprises qui m’intéressent, mais zéro retour. Depuis peu, j’ai partagé mon CV sur LinkedIn et c’est clairement le plus efficace. En une semaine, 3 entreprises m’ont contacté ! ».

Les alternants sont pourtant nombreux à passer par l’usage de ces plateformes, sans gage de réussite. Preuve que ces dernières ont leur limite : les innombrables CV publiés sur LinkedIn et autres sites professionnels, accompagnés des hashtags #alternance et #recherchealternance

Pour ces internautes errants comme pour Louise, qui poursuit son master management et gestion financière à MBway Lille, ces plateformes n’ont pas été à la hauteur pour débloquer la situation. « J’ai postulé via les sites professionnels tels que LinkedIn, Indeed, Jobnord... Parfois deux fois sur le même poste pour la même entreprise. » se désole-t-elle. 

N’ayant découvert les sites d’emploi et les groupes d’aide sur les réseaux sociaux que trop tardivement, David a quant à lui profité des bénéfices offerts par son entourage : « C’est un pote qui en a parlé à son patron qui a vendu mon CV et m’a obtenu un entretien. Ça s’est fini par un contrat. »

Melinda, actuellement en BTS Professions Immobilières à l'IFCA ESM, est d’ailleurs l’une des seules à ne même pas avoir eu besoin de chercher son entreprise : « Ça s’est fait par hasard. Je travaillais à l’époque en tant que petsitteuse. En discutant avec une cliente de ce que je souhaitais faire plus tard, elle m’a appris que sa mère avait fait fortune dans l’immobilier. J’ai saisi ma chance, et elle m’a proposé une rencontre avec elle. À la base, j’y allais pour de simples conseils, et au final je suis ressortie avec une promesse d’embauche, qui a bel et bien été tenue. Je suis tout de même consciente que j’ai eu de la chance : le piston c’est comme un code triche dans un jeu vidéo ! »

Chance, talent ou privilège : le réseau personnel des alternants semble avoir tout autant d’importance que celui de l’école. Lotfi par exemple, aujourd’hui administrateur de système d’information, a profité de l’aide de son école : «Pour ma première alternance, j’ai dû envoyer mon CV à plus de 200 entreprises. J’ai utilisé tous les moyens pour trouver. Je suis resté longtemps sans réponse. Après 3 ou 4 mois de recherche, c’est l’école qui m’a finalement aidé. Grâce à elle, j’ai réussi à trouver un bon poste. »

D’après David, les écoles ont aussi leur rôle à jouer pour guider les élèves dans leurs méthodes de recherche : «Ce qui bloquait dans ma recherche, c’est que je n’avais pas les bons outils ni la bonne méthode. Mon école ne m’avait pas du tout aidé à les acquérir.».

Cherche alternant avec 15 ans d’expérience

Si les jeunes se sentent parfois abandonnés par leur école, certains ne manquent pas non plus d’amertume à l’égard des entreprises. Selon Lotfi, ces dernières ont en effet leur part de responsabilité : « Le problème, c’est qu’elles cherchent des alternants, mais avec de l’expérience, ce qui est bête. ». Un problème face auquel il conseille toutefois de ne pas s’apitoyer : « Il ne faut pas hésiter à faire des petits boulots dans son domaine, que ce soit en intérim ou en job étudiant. C’est un moyen de montrer qu'on a déjà un pied dans le monde du travail. ».

Selon Sébastien, « le problème principal, c’est soit que les entreprises ont peur de s’engager avec un alternant, soit qu’elles ont un poste, mais ne font aucune offre dessus. Je pense que ce qui m’agace le plus, c’est d’entendre qu’elles ne trouvent personne dans tel domaine. Et lorsque l’on cherche, personne ne recrute ! »

L’entretien : un moment clé

Ne jetant pas seulement la pierre aux employeurs, Céline, en formation d’ingénierie mécanique et en alternance depuis deux ans, revient sur les refus qu’elle a pu essuyer lors de sa première recherche : « Je pense que mon projet professionnel n’était pas bien fixé, ce qui a pu se remarquer lors de mes entretiens. La difficulté était qu’il fallait que je cible un secteur d’activité. Il faut pour montrer au recruteur qu’on n’a pas choisi cette filière au hasard, que c’est vraiment ce que l'on souhaite faire.». 

Mettre l’accent sur la spécialisation et la technique est certes un avantage. Toutefois, d’autres critères peuvent compliquer le recrutement : « Lors des entretiens, je jouais sur mes réalisations et mes compétences techniques. » nous explique El Hadji, étudiant en deuxième année d’école d’informatique. « Les développeurs me répondaient positivement, mais lorsque l’entretien se passait avec les RH, ces personnes ne connaissaient pas du tout le domaine, donc cela ne fonctionnait plus. » Et d’avouer : «J’ai du mal à me mettre en avant, me valoriser... ».

Les jeunes et la recherche d’alternance

Découvrez tous les chiffres de notre
sondage récent sur l’alternance

Se mettre en avant : un détail primordial d’après Melinda : « Il faut savoir se vendre. Être sociable tout en montrant un côté sérieux et pro. Jouer sur un terrain ou un sujet qui va différencier sa personne des autres. L’idée est de donner envie à l’interlocuteur, ou au moins lui laisser un petit souvenir en tête. La technique d’approche aussi est quasiment la plus importante, en sachant qu’une personne se fait un avis sur toi en à peu près 3,5 secondes. En fait, la recherche d’alternance est un sport extrême.».

Un sport extrême où même les plus préparés doivent lutter. Expérience, sérieux, capacité de persuasion, précision du projet professionnel : toutes ces qualités, Louise et Clélia pensaient pourtant les avoir. Elles espéraient surtout que tous ces atouts suffiraient pour éventuellement arriver à leurs fins assez rapidement. Et pourtant… 

« Pour certains je n’avais pas assez d’expérience, en sachant que j’ai quand même effectué un an en contrôle de gestion et que l’alternance est justement pour favoriser cet aspect. » trépigne Louise. « Pour d’autres, la durée du contrat était problématique : ils ne voulaient pas s’engager pour deux ans et ne savaient pas que faire à l’issue de la première année. »

« Malgré un dossier béton avec un diplôme passé à 18 de moyenne, ça ne passait pas. ». déplore Clélia, qui devait entrer en école de commerce cette année, mais a dû se rabattre sur une licence professionnelle en banque, faute d’avoir trouvé une entreprise correspondant à son domaine assez tôt. « J’ai souvent eu des entretiens pour lesquels je savais qu’on était nombreux, et j’ai souvent été recalée, pour ma part, à cause de mon âge… Étant plus âgée que la moyenne, je coûte plus cher… Il y aussi le fait que certains postes étaient pour des formations de masters, alors que j’intégrais un bac+3. Mais j’avais pourtant passé les préentretiens. »

Pas assez expérimenté, trop cher, trop technique, mauvais niveau d’études.... Autant de raisons pour rater de peu l’obtention d’un poste en alternance. De quoi être largement tenté de baisser les bras. «Ces recherches ont mis ma patience et mon anxiété à rude épreuve. Ce qui n’est pas simple pour continuer le process. » assure Clélia. «Très clairement, j’ai été démoralisée pendant tout l’été. » regrette Louise. « Parce que même avec une lettre de recommandation de mon supérieur actuel, je n’arrivais pas à trouver. J’ai énormément douté de mes compétences professionnelles. ».

Et après ?

Pour beaucoup, la recherche d’alternance ressemble donc à une longue traversée du désert. Mais que faire si rien ne se profile à l’horizon ?  

Selon Clélia, il faut toujours avoir plusieurs coups d’avance, pour éviter de se trouver dans une situation inextricable : «Prévoyez toujours une porte de sortie. Un plan B, pour ne pas vous laisser abattre après tant de refus ! Pour ma part, j’avais même un plan C ! ».

Mais les options « parachute » sont tout de même limitées. Pour les plus chanceux, il est possible de se rabattre sur une autre formation en alternance : « Je n’ai pas encore réfléchi à un plan B, car l’école nous laisse jusqu’à décembre pour trouver une alternance. » affirme El Hadji. « Autrement, je pense changer et entrer à l’université. »

Pour d’autres, comme Sébastien, il est plus compliqué de retomber sur ses pattes : «Le plan B, c’est d’arrêter les études pour trouver un CDI ou CDD. L’école étant trop chère, je ne peux pas finir mon master sans entreprise. » Il y a peu, Louise évoquait également cette option : «Dans le cas où je ne trouvais pas de contrat d’alternance, je me serais lancée dans la recherche d’un CDI, en sachant que je ne pouvais pas prétendre au métier que je souhaite faire (contrôleur de gestion) avec un “simple" bac+3... ». Bienheureusement, l’entreprise dans laquelle celle-ci avait effectué une première année d’alternance a ouvert un budget pour renouveler son contrat. Un happy end que connaîtront, on l’espère, ceux qui sont encore en recherche comme Sébastien... 

La rédaction

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