Le stage est un passage obligé pour tous les étudiants. Cependant, tout ne se passe pas toujours comme prévu. Chaque année, plusieurs étudiants témoignent sur les réseaux sociaux de leur expérience catastrophique et tu as peut-être déjà été confronté à ce genre de situation.
La première chose à faire est d'analyser le problème pour agir de façon adaptée à la situation. Pas de panique ! On est là pour t’aider à y voir plus clair.
Les différents cas que tu peux affronter en stage
Plusieurs cas vont se présenter à toi et cela dépend de plusieurs facteurs : ton origine, ton genre, le cadre de l’entreprise et parfois d’autres facteurs encore plus intimes comme ta religion ou ton orientation sexuelle. Dans tous les cas, il est possible que tu fasses face à une situation où le stage ne se passe pas comme prévu.
Discriminations
Les discriminations font partie des cas les plus fréquemment retrouvés en entreprise. D’après une enquête de l’INSEE publiée début février 2024, près d’une personne sur 10 s’est retrouvée face à des cas de discrimination au travail, en 2021.
Les discriminations revêtent plusieurs formes et sont généralement liées à des éléments qui constituent l’essence même de ton identité. Le sexisme est d’ailleurs la forme la plus répandue avec la discrimination en fonction de l’origine. L’âge et le handicap suivent, avec une part importante des 15-29 ans qui se disent être victimes de traitements inégaux.
Ces discriminations peuvent revêtir plusieurs formes : de l’embauche, à la gratification (oui, il est possible de négocier son salaire en stage), en passant par le temps de parole accordé lors de réunion, les opportunités post-stage, le traitement des dossiers, les missions, etc.
Harcèlement moral et sexuel
Des discriminations peuvent naître une forme de harcèlement. Ici nous te présentons quelques représentations de ce phénomène. Ainsi, si tu penses en être victime, tu peux consulter le titre V du Code du travail (articles L1151-1 à L1155-2) pour en savoir plus sur les différentes formes de harcèlement et comment te protéger d’un point de vue juridique.
Le harcèlement moral correspond à un geste ou des propos effectués de manière répétée et de nature à dégrader tes conditions de travail, tout en portant atteinte à ta santé mentale ou physique. En général, il prend la forme de remarques déplacées, de colères inexpliquées, d’insultes, de moqueries, de surveillance appelée également micro-management.
Le harcèlement sexuel ne se limite pas aux actes. Le site de service-public.fr le définit comme tel : « Le harcèlement sexuel se caractérise par le fait d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste, qui :
- portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant,
- ou créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. »
Ainsi, dès les premières paroles et preuves écrites, il est important de se rapprocher d’un poste de police afin de porter plainte et dénoncer les agissements de ton manager ou toute autre personne impliquée sur ce sujet. Tu peux également déposer une main courante qui consiste à signaler les faits, sans forcément déposer plainte, ce qui peut éviter un affrontement direct avec la personne qui te harcèle.
Surcharge de travail
La surcharge de travail est l’un des principaux problèmes rencontrés par les étudiants en stage, surtout dans des milieux exigeants comme la finance, la fusion-acquisition, le conseil ou l’audit. Cela signifie des horaires à rallonge et une grosse dose de stress.
Pourtant, tes horaires sont encadrés par la loi, mais aussi par ton contrat. L’article L6343-2 du Code du travail dispose que « la durée du travail applicable au stagiaire non titulaire d'un contrat de travail ne peut excéder la durée légale hebdomadaire et la durée quotidienne du travail respectivement fixées par les articles (L. no 2016-1088 du 8 août 2016, art. 8) « L. 3121-27 et L. 3121-18 ». » Ainsi, tu ne peux pas faire plus de 35 heures par semaine, ni plus de 10 heures par jour.
Bien sûr, cela dépend du secteur d’activité et des contours de ton contrat. Mais toute heure supplémentaire doit être rémunérée ou compensée par un congé équivalent à la durée de travail effectuée.
Mauvaise ambiance de travail
La mauvaise ambiance au travail peut être liée à plusieurs facteurs très différents, dont certains ont déjà été évoqués. Globalement, cela peut trouver son origine dans le management ou la hiérarchie qui peut t’éviter et t’empêcher d’accéder à des réunions importantes. La plupart du temps, l’ambiance de travail toxique se matérialise par des formes de harcèlement et de discrimination.
oui j'ai fini par trouver un stage, un chef de service m'a dit qu'il ne comprenait pas comment j'avais pas fini en ESAT, que j'aurais jamais de poste ici qu'il s'en assurerait et que je tafferai jamais en IME.
Ensuite, harcèlement constant des collègues et 0 aménagement
— Librarian Karcat AU (@Some_Writer_Cat) January 23, 2024
Elle peut également provenir de collègues qui vont délibérément t’ignorer, ne pas donner écho à ton travail voire pire : s’approprier tes dossiers ou tes réussites pour se valoriser. Dans ce cas, si tu as un manager de confiance, n’hésite pas à lui en parler pour éviter que cela ne se reproduise.
Missions non conformes au contrat de stage
Là encore, c’est malheureusement une des raisons fréquentes pour lesquelles le stage peut mal se dérouler pour un étudiant. Parfois, l’entreprise d’accueil va te vendre du rêve lors des entretiens et ton expérience se déroulera de manière totalement différente.
C’est parfois le cas dans les startups ou les services dans lesquels le turn-over peut être fréquent : ton manager s’en va et la personne qui le (ou la) remplace décide de changer le périmètre de tes missions sans ton accord.
Dans certains organismes d'accueil, il est également possible qu’on te demande régulièrement de sortir du cadre de tes missions. Si c’est formateur et valorisant pour son CV, cela peut vite devenir cauchemardesque lorsqu’on a tendance à trop te solliciter pour des missions qui dépassent le cadre de tes fonctions. N’oublie pas qu’en règle générale, tes missions sont définies clairement dans ton contrat et que tu as le droit de refuser toutes les autres tâches qui n’ont pas de lien avec ton poste.
Comment faire pour s’en sortir quand son stage se déroule mal ?
Une fois le problème identifié, plusieurs pistes sont possibles pour te permettre de vivre au mieux cette expérience.
Prends rendez-vous avec ton manager
Si la personne au-dessus de toi - ton responsable de stage ou ton manager, par exemple – n’est pas à l’origine des maux qui empêchent ton stage de se dérouler correctement, alors n’hésite pas à en parler avec lui ou elle. Il faut bien évidemment sentir si la personne est à l’écoute et sera réceptive à ce que tu as à dire.
Néanmoins, il faut garder en tête que ton manager, tuteur ou maître de stage est ton meilleur allié dans l’entreprise. Il est celui qui est garant de ton apprentissage, mais aussi de ton bien-être. Il saura également t’aiguiller vers le bon interlocuteur, si jamais il n’est pas capable d’améliorer la situation.
Ton école, ton meilleur allié
Le service stage ou carrière de ton établissement est toujours là pour répondre à tes questions. Tu peux les contacter en cas de problème afin qu’ils puissent t’aider à mieux appréhender ton stage, te sortir de la situation voire carrément bannir l’entreprise de ses listes.
Tu as peut-être un tuteur ou une tutrice de stage côté école/université. Il est important de lui témoigner des difficultés que tu rencontres. Elle saura également te donner la marche à suivre pour s’assurer que tu puisses réaliser ton stage dans les meilleures conditions ou t’aidera à changer d’entreprise si besoin. Par exemple, si tu es victime de harcèlement, ton école peut t’accompagner dans les démarches de signalement auprès des autorités compétentes.
Ton médecin traitant à la rescousse
Beaucoup d’étudiants l’oublient, mais, dans des cas de harcèlement où ta santé mentale ou physique est fortement impactée, ton médecin traitant peut également être un allié redoutable. Il peut te proposer de te mettre en arrêt, ce qui te donne la possibilité de souffler, de t’éloigner d’une situation toxique ou même te permettre de trouver un autre stage.
Un arrêt de travail peut également être un excellent moyen de pousser ton école à accepter une rupture de stage, voire t’aider à faire entendre ta voix au sein de l’entreprise ou des autorités compétences. Il peut également être délivré par le médecin du travail. Sache d’ailleurs que les informations concernant ton médecin du travail doivent être affichées dans tes bureaux.
N’oublie pas l’appui des services RH
Les ressources humaines et les CSE sont également des départements très utiles dans le cas où ton stage se passe mal. En effet, ils peuvent t’aiguiller sur la marche à suivre en cas de harcèlement, de surcharge de travail, de missions inadaptées, ou de discrimination. Si les petites structures ne possèdent pas de tels services, les ETI et les grands groupes en ont forcément !
Dans certains grandes entreprises, tu peux également retrouver un référent discrimination. Si tu sens que tu es victime de traitement inégalitaire car tu es une femme ou en raison de tes origines, n’hésite pas à te rapprocher de cette personne qui saura t’épauler sur la marche à suivre : signalement aux RH, dépôt de main courante…
Contacte les autorités compétentes
Dans les cas les plus graves, notamment ceux liés au harcèlement moral et sexuel, tu peux te rapprocher d’un avocat, avec le soutien de ton école, des services RH, du CSE ou de documents comme ton arrêt de travail. Tu peux également aller porter plainte dans un commissariat qui, on le rappelle, n’a pas le droit de refuser ta plainte ou une main courante !
Parmi les autorités compétentes, on retrouve également l’inspection du travail. Cet organisme est chargé de veiller au respect du Code du travail et à ce que tu puisses travailler dans d’excellentes conditions. Si tu as des éléments comme un dépôt de plainte ou un arrêt de travail, alors cette entité pourra venir constater les infractions. Toutefois, la procédure est souvent très longue.
Puis-je démissionner de mon stage ?
Si la loi ne prévoit pas de démission dans le cadre d’un contrat de stage, sache qu’il est tout à fait possible de mettre un terme à cette expérience si elle se passe vraiment mal. Veille toutefois à rester professionnel durant les étapes de ce processus.
Si ton stage n’est pas obligatoire dans ton cursus, alors ton école sera plus facilement encline à te laisser le rompre en cas de pépin. Dans certains cas, cette modalité peut être évoquée dans ton contrat, sinon, il faut compter sur l’accord de ton université ou ton école.
Si ton stage est obligatoire, alors il faudra bien décrire les faits rencontrés à ton établissement afin d’obtenir de l’aide pour rompre ta convention de stage. Tu peux te baser sur des arrêts de travail, des dépôts de plainte, des signalements réalisés en interne. Toute pièce est bonne à prendre !
Une fois que la décision est prise, il te faut alors rédiger une lettre de démission, comme dans le cadre d’un contrat classique. Ici, tu expliques que tu souhaites mettre fin à ton contrat de stage, en évoquant la date à laquelle tu souhaites quitter l’entreprise. Tu n’es pas obligé d’évoquer les raisons qui te poussent à partir. Attention : si ton stage est obligatoire, ton établissement te poussera à retrouver une autre entreprise afin de terminer ton stage dans de bonnes conditions.
Si la démission est à réaliser en cas d’extrême urgence, il ne faut pas négliger cette option si les conditions de travail sont insoutenables, voire dangereuses. Tu peux également compter sur le soutien d’associations comme Balance ton stage ou du Défenseur des droits pour t’aider. Certains cabinets d’avocats organisent également des consultations gratuites. N’hésite pas à t’entourer pour mieux affronter cette période difficile.