Si l’on se fie aux définitions officielles de l’échec, il s’agit d’un « résultat négatif d’une tentative, de quelque chose ayant été entrepris ». C’est une « non-réussite, ratage », un « état ou condition qui fait que l’objectif désiré ou prévu n’est pas atteint, et peut être vu comme l’opposé de succès ». Le concept d’échec évoque donc une chute négative, quelque chose qui dégringole, par exemple. Une entreprise dont les ventes chuteraient soudainement et qui se verrait donc contrainte de mettre la clef sous la porte expérimenterait ainsi un échec. On parle d’échec dans de nombreuses sphères de la vie quotidienne, mais de façon plus importante, dans le domaine des études....
Les chiffres officiels sur l’« échec » en études supérieures
En août 2017, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal annonçait : « le véritable échec, pour moi, c’est 60 % des étudiants qui entrent dans le système de la licence générale et échouent ». D’après les sociologues Romuald Bodin et Sophie Orange qui ont étudié la loi ORE (Orientation et Réussite des Étudiants), il semblerait que, pour arriver à ces 60 %, l’on ait additionné les 25 % d’étudiants redoublant dans la même filière, les 10 % d’étudiants s’étant réorientés vers une autre filière universitaire, et enfin les 25 % qui ne se sont tout simplement pas réinscrits à l’université.
Cependant, il semble important d’ajouter que ces derniers 25 % recouvrent en assez grande partie des réorientations réussies hors du système universitaire. Doit-on donc considérer que ce chiffre représentait réellement le taux d’échec en première année à l’université ? Pas si sûr.
À noter que l’université n’est pas la seule à constater cet « échec ». Au sein des formations sélectives spécialisées accessibles directement après le bac, telles que les écoles de commerce, d’art, d’ingénieurs… on retrouvait également un taux de 60 % d’échec. De même, en classe préparatoire aux grandes écoles (ou CPGE), les étudiants sont plus de 40 % à abandonner à la fin de leur première année.
S’il est vrai que, chaque année, de nombreux étudiants ne parviennent pas à valider leurs examens de fin d’année, une grande partie des effectifs des promotions décident également de changer d’horizon, de bifurquer vers d’autres formations en abandonnant le cursus dans lequel ils s’étaient dans un premier temps engagés.
Doit-on alors considérer automatiquement que quitter une formation est synonyme d’échec ? Ou se tromper est-il juste humain ?
Se tromper d’orientation, un échec ?
Qui ne se plante pas ne pousse jamais ! Vous souhaitez changer d’orientation, car vous avez l’impression de vous être trompé ? Se tromper d’orientation n’est pas toujours un échec. Il est possible que vous ayez tout mis en œuvre pour valider votre année, comme il est probable que vous vous soyez rendu compte que votre formation n’était pas pour vous. D’ailleurs, les sociologues R.Bodin et S.Orange présentent la première année d’études comme un moyen de découvrir certaines choses et de réfléchir à ce que l’on veut vraiment, comme une année d’expérience en somme.
Les scientifiques, d’ailleurs, ne font-ils pas des expériences — c’est-à-dire qu’ils se trompent — jusqu’à ce que l’une d’entre elles marche ? Tout le monde ne peut être sûr de soi à la sortie même du bac. Alors, on essaie, on tombe et on recommence afin de trouver sa propre bonne solution.
Comment rebondir face à un « échec » en études supérieures ?
De multiples possibilités s’offrent aux étudiants qui auraient potentiellement besoin de réfléchir.
L’année de césure correspond à une période de 6 mois à un an que vous pouvez passer hors de votre formation, à condition d’avoir un projet précis.
Prendre une année de césure
Vous avez absolument besoin de prendre un peu de recul pour réfléchir à votre vie, son but, vos envies et ce que vous pouvez faire pour vous épanouir ? Vous pouvez parfaitement prendre une année de césure !
Voyager à l’étranger
Vous pouvez tout d’abord décider de faire un voyage à l’étranger : que ce soit en mission de service civique, ou un stage pour faire vos fameux essais. Même si la situation sanitaire peut compliquer vos déplacements à l’international, ce n’est pas non plus impossible, notamment dans les pays européens limitrophes ! Vous gagnerez dans tous les cas en expérience et en maturité durant cette année. Vous découvrirez en effet une vie autre que celle de l’étudiant. Vous travaillerez, aurez des missions et des responsabilités auxquelles vous ne pourrez échapper. Des aides existent si vous souhaitez réaliser de tels projets.
Travailler
Vous pouvez également décider d’entrer dans le monde professionnel pendant un temps défini, pour reprendre vos études ensuite. Acquérir de l’expérience professionnelle, prendre du temps pour vous, gagner de l’argent par vos propres moyens à temps plein… De multiples possibilités existent, des métiers qui ne nécessitent pas de diplôme peuvent vous être accessibles. N’hésitez pas, cherchez, documentez-vous… Cela vous aidera probablement à redéfinir votre projet professionnel, mais aussi à mettre un peu d’argent de côté si vous pensez éventuellement intégrer une école spécialisée payante après votre césure.
Quand on a déjà bien réfléchi : se réorienter
Une fois que vous avez bien réfléchi, et défini votre projet professionnel, vous pouvez vous lancer dans les réinscriptions.
Se réorienter en rentrée décalée
Si vous avez pris quelques mois pour réfléchir à votre orientation et que vous savez désormais ce que vous souhaitez, il est encore temps de vous renseigner sur les rentrées décalées dans la ou les formations que vous désirez ! Les formations ont des modalités de recrutement différentes : elles peuvent donc vous recruter sur dossier de candidature, entretien de motivation, ou encore sur concours… Notez que la rentrée décalée se fait souvent à partir du mois de janvier, février voire même en mars. À vous de jouer !
Se réorienter l’année suivante
Si vous avez abandonné votre année à la fac, ou dans tout autre établissement, pour faire totalement autre chose, mais que vous souhaitez continuer vos études en vous réorientant, vous pouvez vous informer sur toutes les possibilités qu’il y a grâce aux portes ouvertes des différentes formations. Ces événements ont en général lieu en début d’année et ils permettent de voir un peu l’intérieur d’un établissement, les professeurs sont présentés… De quoi vous donner des idées et alimenter votre réflexion avant de prendre votre décision !
Si vous vous réorientez après un échec en première année d’études, la plateforme d’orientation du ministère de l’Enseignement supérieur, Parcoursup®, vous permettra de vous réinscrire et de retenter votre chance pour la prochaine rentrée de septembre. Si vous cherchez une formation de niveau bac+2 ou supérieure, il faudra par contre vous adresser directement aux établissements qui vous intéressent.
Ce que vous devez retenir, c’est que ne pas trouver son orientation tout de suite après le bac n’est pas synonyme d’échec, mais plutôt de recherche de soi. Cela est d’ailleurs important pour les jeunes comme tout au long de la vie. Remettre ses études en question peut aussi être vu comme un signe de maturité, de courage également. En effet, remettre en cause ses études, se lancer dans l’inconnu peut être effrayant, mais cela doit aussi faire partie de votre parcours : c’est ce qui vous construit !