Où sont les filles dans l'enseignement supérieur ?

À l'occasion de la journée de la fille jeudi 11 octobre 2018, Diplomeo s'intéresse à la parité dans les effectifs des étudiants de l'enseignement supérieur aujourd'hui : filles et garçons sont-ils sur un pied d'égalité ou non ?

Depuis 2012, le 11 octobre de chaque année marque la journée internationale de la fille, dont l’ONU Femmes définit ainsi l’objectif : « encourager l’instruction et la qualification professionnelle des filles ». Le constat est simple : « partout dans le monde, les femmes doivent faire face à des adversités qui entravent leur éducation, leur formation et leur entrée dans le monde du travail ». Mais qu’en est-il en France et plus précisément dans l’enseignement supérieur ? Le genre féminin y a-t-il pleinement trouvé sa place à ce jour ?

Des effectifs inégaux

Le premier élément à retenir est que les filles sont plus nombreuses que les garçons dans l’enseignement supérieur : en effet, elles représentent environ 55 % de l’effectif total des étudiants en France, selon les chiffres de l’Insee et de la Depp (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance). Mais cela ne signifie pas que la gent féminine est représentée de la même façon dans toutes les filières scolaires.

Des disparités selon les formations

Des chiffres de la Depp datant de 2015-2016 ont recensé la part des filles dans l’enseignement supérieur en fonction des filières. On observe ainsi que certains secteurs comprennent une grande majorité d’étudiantes. Parmi eux, les formations dans le paramédical et le social, qui ne comptent pas moins de 85 % de filles ! À l’université, les bancs des cursus en langues, lettres et sciences humaines sont eux aussi occupés par la gent féminine à hauteur de 70 %. Elles sont par ailleurs 64 % dans les filières en médecine et pharmacie, et 59 % en droit et économie.

À l’inverse, on constate que certaines voies scolaires et certains types d’établissements de l’enseignement supérieur semblent réservés à un public largement plus masculin. C’est notamment le cas des CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles), où les garçons sont représentés à 57 %, ou encore des formations en sciences et en STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives) où ils le sont à 63 %. Mais là où les hommes règnent en maître, c’est bien dans les écoles d’ingénieurs : les filles n’y sont représentées qu’à 27 % !

Une inégalité en fonction des diplômes

D’autre part, les femmes et les hommes ne sont pas aussi nombreux dans toutes les formations diplômantes. Parmi les admis au baccalauréat 2017, 52 % sont des filles. Elles sont également plus nombreuses en licence (56 %) et en master (60 %), mais les garçons reprennent l’avantage en doctorat : 52 % des doctorants sont des garçons. De façon générale, on peut noter que la gent féminine aura plus tendance à préparer un master à niveau bac+5 à l’université, tandis que la gent masculine sont plus souvent diplômés de d’écoles supérieures et de formations courtes de niveau bac+2 (type BTS ou DUT). Là encore, la parité n’est donc pas de mise dans tous les parcours de l’enseignement supérieur en France.

Des obstacles creusant les différences : focus sur les écoles d’ingénieurs

La non-parité dans diverses formations scolaires tient son origine dans des facteurs divers : domaines d’activité historiquement genrés dans notre société, poids des conventions sociales et des traditions… Mais tous les écarts de genres ne sont pas forcément dus à des facteurs tels, encore trop profondément ancrés dans notre système scolaire. Pour prendre le cas de l’école Polytechnique, il semble que les effectifs très majoritairement masculins de la célèbre école d’ingénieurs trouvent leur origine dans les modalités de son concours d’accès. En effet, une étude récente menée par un ancien élève de l’établissement et son professeur de sociologie à l’époque démontre que l’égalité des chances est loin d’y être de mise.

Ainsi, on y apprend qu’un candidat aura deux fois plus de chances qu’une candidate d’être admissible au concours. Ce dernier, selon les auteurs de l’enquête, « fonctionne comme un filtre dont les effets sur la composition sociale de l’École Polytechnique sont très sensibles ». L’étude nous enseigne ainsi que les candidats au concours de Polytechnique étant issus d’un cercle très restreint de filières scientifiques, elles-mêmes largement peuplées de garçons, les filles restent largement mises de côté.

Le travail des associations pour réintégrer la gent féminine

Un des leviers principaux de réintégration de la gent féminine dans les cursus majoritairement masculins réside dans les associations et autres initiatives similaires, qui œuvrent au quotidien pour plus de parité dans les effectifs de l’enseignement supérieur. Pour garder l’exemple des écoles d’ingénieurs, Diplomeo a eu l’occasion d’évoquer le sujet avec Alain Schmitt, le directeur d’IMT Lille-Douai. Selon ce dernier, « ce que l’on peut faire dans les écoles d’ingénieurs pour encourager la féminisation des effectifs, c’est faire témoigner les filles de leur expérience pour encourager les autres », et d’ajouter : « le personnel et les étudiants s’impliquent beaucoup des diverses associations et actions en faveur de la féminisation ».

Voici donc une des façons que peut avoir l’enseignement supérieur de favoriser la mixité dans ses rangs. Un enjeu majeur qui doit être mis sur le devant de la scène, durant la journée de la fille tout comme les autres jours. 

Amandine Martinet