Faire ses études dans une autre ville : quels enjeux pour les étudiants ?

De nombreux Français partent faire leurs études à l’étranger, mais quid de ceux qui restent en France ? La mobilité étudiante s’observe aussi au sein du pays : entre meilleures opportunités, déracinement et indépendance.

« Mes chers parents, je vole »

La mobilité étudiante ne désemplit pas : près d’un étudiant français sur trois a déjà étudié à l’étranger, selon une étude de Campus FranceAprès le baccalauréat, bon nombre de jeunes partent effectuer leurs études supérieures ailleurs. À l’étranger mais surtout en France, dans une autre ville que celle d’origine, parfois à des centaines de kilomètres de leur domicile familial. Au cours de leurs études, des étudiants sont même amenés à changer plusieurs fois de ville : c’était le cas de Maëva, ancienne étudiante en droit de 24 ans, qui a quitté la Lozère pour aller étudier à Clermont-Ferrand puis à Nantes et au Canada. Une migration interne par choix ou imposée, dans l’espoir de s’enrichir et d’avoir le plus d’opportunités possible.

Partir étudier dans une autre ville pour de meilleures opportunités

Les universités et les écoles françaises se situent généralement dans la ville chef-lieu de la région, créant de grandes disparités géographiques dans certains départements qui sont eux, lésés. C’est le cas de Julie, étudiante de 22 ans en histoire de l’art et archéologie : « Je suis partie de mon village de Masseube (Gers) à 18 ans, car il n’y avait pas d’université dans mon département ». Pour ces jeunes étudiants, partir reste alors la seule solution pour faire ses études supérieures. Un choc parfois brutal, voire « intimidant » se rappelle Julie, qui a décidé de partir à Pau au lieu de Toulouse, une ville « beaucoup trop grande » pour elle.

Une nouvelle ville, souvent plus grande que celle d’origine, offre aux étudiants davantage d’opportunités, et ils l’ont bien compris. Arnaud, 25 ans, a fait ses études de commerce à Strasbourg, une ville qu’il a choisie en fonction du cadre mais surtout qui « [lui] correspondait mieux sur le plan scolaire ». De même pour Maëva : elle a quitté la Lozère pour Clermont-Ferrand, un choix évident « il n’y a pas de faculté de droit chez moi. Le choix s’est fait naturellement, car Clermont-Ferrand reste une des grandes villes les plus proches de la Lozère. » dit-elle. D’autres se rendent compte des opportunités qu’ils ont manqué, surtout sur le plan des études. Lucie, 24 ans, déplore le fait de ne pas avoir assez exploité le potentiel de la ville de Strasbourg, autant pour la culture que les études : « je regrette de n’avoir pas poursuivi ma licence de sociologie à Strasbourg. »

Les loisirs et la culture : des arguments pour partir faire ses études dans une autre ville

La culture et les loisirs des grandes villes demeurent des arguments de choix pour les étudiants. De jeunes adultes qui veulent voir d’autres horizons et surtout trouver mieux. Lucie, qui a fait ses études à Strasbourg puis Nantes est catégorique « il n’y avait clairement rien à faire à Saint-Dié, Nantes m’a permis d’aller au cinéma, de voir des spectacles, de sortir dans les bars, de découvrir des cafés sympas, de profiter des parcs publics. De même à Strasbourg, qui est très riche en loisirs et en sorties ». Pour ces jeunes, partir faire leurs études ailleurs force la découverte : d’après Julie, Pau lui a permis de « découvrir plus d’institutions culturelles » et selon Maëva, grâce à Clermont-Ferrand, elle a « découvert de nouveaux horizons, de nouvelles personnes et de nouvelles cultures. » Les villes estudiantines, particulièrement réputées pour leur attractivité, restent des cibles de choix pour les jeunes qui partent faire leurs études ailleurs. Le choix est finalement simple pour ces jeunes : partir pour trouver mieux, apprendre, s’amuser, se cultiver et tenter de s’épanouir.

Faire ses études ailleurs, entre déracinement et nouvelle vie

Ils ont 17 ans, 18 ans et parfois plus quand ils quittent leur famille, leurs amis et le lycée. Un déracinement parfois brutal mais qui forge l’indépendance et mène à une nouvelle vie : celle de jeune adulte. Partir, pour Lucie, 24 ans, « a été difficile au début » notamment à cause de la distance. Mais généralement, ils s’acclimatent plutôt bien, Arnaud, 25 ans, l’assure : « J’étais prêt pour ça, je n’avais aucune appréhension. »

Quitter le domicile familial

Le changement de logement reste souvent décisif dans la prise d’indépendance et l’acclimatation à une nouvelle ville. Les choix divergent, les bénéfices aussi. Prendre une colocation entre amis peut être une bonne solution pour ceux qui seraient anxieux de se retrouver seuls. Partir en cité universitaire pour se rapprocher de sa promo, de ses amis ou faire des rencontres sont des possibilités de logement. C’est la solution qu’a choisie Julie, étudiante en histoire de l’art, elle se souvient : « J’ai choisi de vivre dans une cité universitaire, ce qui s’est relevé pratique puisqu’il y avait des étudiants de ma promo. ». Lucie, qui a fait des études de journalisme, a choisi d’habiter dans des studios. En fonction de sa localisation, l’intégration, selon elle, diffère totalement : « À Strasbourg mon studio était éloigné de la fac et du centre de la ville, ça ne m’a pas du tout aidé à m’intégrer. À Cannes, au contraire, j’avais un studio bien situé entre l’IUT et le centre-ville, parfait pour pouvoir sortir quand je le voulais. » raconte-t-elle. En quittant leurs familles, ces étudiants ont tourné une page et commencé leur vie d’adulte. Une fois l’appréhension de l’intégration passée, la mobilité dans les études supérieures devient enrichissante et bénéfique.

« L’entraide, c’est important »

Quand un étudiant quitte sa famille pour partir faire ses études, il se retrouve la plupart du temps dans une ville inconnue. Se faire des amis devient compliqué, ce que reconnaît Julie « J’ai eu du mal à m’acclimater au début, je ne connaissais personne ». Pourtant, nombreux sont les étudiants à se retrouver dans le même cas : une situation qui rapproche les étudiants entre eux. Arnaud l’a bien compris « Nous étions beaucoup d’étudiants à quitter nos familles et nos villes respectives. On s’est très vite rapprochés, et on a appris à compter les uns sur les autres en cas de pépin. » Grâce à la complicité étudiante, les jeunes étudiants démarrent une nouvelle vie, mais comme le précise Maëva « tout en préservant [leurs] origines ».

Étudier dans une autre ville : prendre son indépendance, grandir 

En partant faire ses études ailleurs, les étudiants prennent leur indépendance. Ils s’émancipent de la vie familiale, gagnent en autonomie et voient les prémices de la vie active. Moment charnière dans la vie d’un étudiant, les études supérieures permettent « devenir plus adulte » d’après Julie, qui voit aussi son départ comme un test, « pour évaluer [sa] capacité d’adaptation, en plus de répondre à [son] besoin d’indépendance ». Ces changements leur ont ouvert l’esprit : « On a un autre regard sur la ville qui nous accueille », déclare Arnaud, il enchérit même « il faut sortir de son cocon, de sa zone de confort et voir du pays ».

Après leurs études, les étudiants redeviennent mobiles en fonction des villes qui recrutent dans leur domaine. Néanmoins, bon nombre d’entre eux ne seraient pas contre rester dans leur ville étudiante. Aujourd’hui, Maëva est devenue juriste et vit toujours à Nantes sans jamais oublier ses origines lozériennes. Alors n’ayez crainte, les études vous feront grandir !

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