Tu as 14 de moyenne dans toutes les matières. Français, maths, SVT, histoire, tout y passe, mais aucune étincelle ne prend. Sur le papier, tu es ce qu’on appelle un profil polyvalent. Dans ta tête, tu es surtout quelqu’un qui ne sait pas quoi cocher sur Parcoursup quand l’heure viendra. Ceux qui sont mauvais en français, mais passionnés d’informatique savent au moins dans quelle direction regarder. Toi, tu regardes partout à la fois.
Et si tu es dans le cas inverse, avec des notes en dents de scie et aucune matière qui te tire vraiment vers le haut, tu te demandes peut-être si les formations que tu vises vont même vouloir de toi. Bonne nouvelle pour les deux profils : les notes ne racontent pas toute l’histoire. Ni la tienne ni celle des formations. On t’aide à voir comment avancer quand le bulletin ne te donne pas de réponses !
Être bon partout, ça peut être un faux avantage
On te l’a sûrement dit comme un compliment : « Tu peux tout faire », sauf que « pouvoir tout faire » et « savoir quoi choisir », ce n’est pas du tout la même chose. La liberté totale, en matière d’orientation, ça ressemble souvent à une grande pièce vide avec mille portes et aucune indication. Tu pousses une porte au hasard, tu hésites, tu recules.
Le problème du profil polyvalent, c’est que les notes lui donnent l’illusion d’un choix infini, alors que le choix, au fond, doit se faire sur autre chose : tes envies, ta façon de fonctionner et ce qui te donne de l’énergie plutôt que ce qui en prend.
Attention, la polyvalence scolaire n’est pas à jeter ! Elle devient un véritable atout une fois la formation trouvée : elle te permet de t'adapter, de rebondir et d'évoluer dans des environnements variés. Le problème n'est pas tant ta moyenne. C'est seulement qu'elle ne pointe dans aucune direction précise.
Une bonne moyenne générale est un atout pour intégrer des formations sélectives, et c’est déjà bien, mais elle ne te dit pas ce que tu veux faire de ta vie, ni même dans les cinq prochaines années. Oui, parce qu’après le bac, ce n’est pas la fin des décisions. Tu peux être amené à revoir ton choix d’études et même de métier plusieurs fois au fil des années. C’est non seulement normal, mais presque inévitable. Autant apprendre dès maintenant à décider en te faisant confiance plutôt qu’en prenant peur.
Ce que tes notes ne disent pas sur toi
Les notes mesurent une performance scolaire dans un cadre précis, avec des modalités précises (des dissertations, des exposés, des devoirs sur table et maison, des contrôles de connaissances, etc.). Elles ne mesurent pas totalement ton enthousiasme, ce qui t’intéresse vraiment, ni ce que tu fais de ton temps libre quand personne ne te demande rien.
Alors, justement : qu’est-ce que tu fais quand personne ne te demande rien ? Ce que tu regardes sur YouTube, les sujets qui t’aspirent dans des tunnels de trois heures sur Wikipédia, les conversations dans lesquelles tu t’animes sans effort… tout ça forme un portrait bien plus fidèle de tes intérêts que n’importe quel bulletin. Ce sont ces signaux-là qu’il faut apprendre à lire.
Ines, aujourd’hui en cycle master Direction Artistique à MODART et en stage chez Balmain, avait commencé par une école de commerce. Elle sentait que ces études « ne [lui] correspondaient pas forcément ». Ce n’était pas une question de notes. C’était une question d’adéquation entre ce qu’elle était et ce qu’on lui demandait de devenir. Elle a eu le courage d’en tirer des conclusions et d’agir afin de suivre ce qu’elle aimait vraiment faire.
Tu n’as pas encore identifié ce fil conducteur chez toi ? C’est normal à ce stade. Voici quelques questions à te poser pour creuser (et n’oublie pas : il est amené à évoluer, se préciser ou changer à mesure que tu évolues) :
- Dans quelles matières te concentres-tu naturellement sans que cela ait l’air d’un effort ?
- Qu’est-ce qui te rend curieux en dehors du lycée ?
- Si tu pouvais passer une journée d’immersion dans n’importe quel métier, lequel choisirais-tu ?
Ce ne sont pas des questions qui attendent de bonnes réponses. Ce sont des boussoles.
Très bon nulle part ? Les formations cherchent un projet, pas un bulletin
Des notes très moyennes dans toutes les matières ou de bonnes notes nulle part en particulier, ça ne veut pas dire que tu n’as pas ta place dans l’enseignement supérieur. Ça veut dire que le lycée, tel qu’il est construit, n’a pas su te donner l’occasion de briller. Ce n’est pas tout à fait la même chose. En gros, tu mènes ta barque au gré des vents et tu n’as pas encore trouvé l’île sur laquelle amarrer.
Les formations du supérieur ne s’arrêtent pas à une moyenne générale pour accepter ou non les candidats. Elles recrutent sur un projet, une motivation, une cohérence entre ce que tu es et ce qu’elles proposent. Elles recherchent aussi une régularité. Si tu as eu 13 toute l’année, ni plus ni moins, cela montre aussi que tu as fourni un travail constant partout, sans baisser les bras. C’est parfois plus fort que d’avoir eu 18 en seconde, 16 en première puis 10 en terminale.
Sur les fiches Parcoursup de chaque formation, tu peux retrouver leurs critères d’examen des candidatures, les qualités et compétences qu’elles attendent des candidats et ce dont tu as besoin pour t’épanouir si jamais tu es admis. Certains attendus concernent les résultats scolaires, mais d’autres portent sur la motivation, les activités extrascolaires ou la cohérence du projet (scénario de poursuite d’études ou carrément un métier déjà en tête avec les études y menant).
La lettre de motivation peut faire la différence entre deux candidats qui se ressemblent vis-à-vis des notes, et l’entretien d’admission (quand il y en a un) est déterminant et dépasse les notes. Il est l’occasion pour toi de montrer qui tu es et la façon dont tu socialises.
Laura Libouton, directrice des admissions à l’Efrei (école d’ingénieurs), le dit clairement : « Le catalogue des formations sur Parcoursup n’est pas là pour convaincre. Il est là pour informer ». Autrement dit, une fiche formation sur Parcoursup ne te dit pas tout. Elle te donne un point de départ, elle t’aide à calibrer ta candidature et à sentir si la formation peut te correspondre. Mais elle ne remplace pas une vraie plongée dans ce qu’on y fait concrètement. Ne t’autocensure pas sur la base d’une fiche : si une formation t’attire, creuse. La vraie information, elle, est ailleurs.
Va chercher l’information là où elle est vraiment
Parcoursup donne un aperçu. Les sites des formations elles-mêmes donnent un peu plus. Mais ce qui donne vraiment envie, ou ce qui dissuade définitivement, c’est presque toujours une conversation avec quelqu’un qui y est passé.
Les journées portes ouvertes (JPO) sont faites exactement pour ça. Tu peux y poser les questions que tu n’oserais pas formuler par mail, observer l’ambiance, voir l’équipe pédagogique de près, parler aux étudiants. Les salons étudiants sont une autre occasion de comparer des formations côte à côte, sans avoir à te déplacer dans cinq villes différentes.
Et si tu ne peux pas te déplacer, LinkedIn et les autres réseaux sociaux sont des outils formidables : tu peux contacter d’anciens élèves ou des étudiants actuels de n’importe quelle formation, expliquer que tu es en terminale et que tu cherches des retours d’expérience. La grande majorité accepte de répondre, les gens aiment parler de leur parcours, surtout quand quelqu’un le leur demande avec sincérité, que ce soit pour mettre en garde ou partager leur enthousiasme.
Autorise-toi à tâtonner et sache que les passerelles existent
Voilà quelque chose qu’on ne dit pas assez aux lycéens : se tromper de formation après le bac, ça arrive. Et ce n’est pas une catastrophe. C’est même souvent une information utile sur soi. C’est la preuve que tu te connais mieux après un an dans une formation qui ne te correspondait pas qu’avant d’y être entré. C’est une évolution.
Selon l’édition 2026 de l’enquête de Diplomeo sur l’orientation des jeunes, menée auprès de 1 001 Français de 16 à 25 ans, 22 % des répondants sont déjà dans une démarche de réorientation. Autrement dit : près d’un jeune sur cinq. Ce n’est pas une exception, c’est une réalité du parcours éducatif français.
Enquête Diplomeo 2026 : comment les jeunes construisent leur orientation ?
Et le système, contrairement à ce qu’on imagine parfois, est truffé de passerelles. D’un BTS vers une licence professionnelle, d’un BUT vers un master, d’une licence vers une école de commerce grâce aux admissions parallèles… les possibilités de bifurquer sans tout reprendre à zéro sont bien plus nombreuses qu’il n’y paraît. Ce qui compte, c’est de ne pas rester immobile par peur de mal choisir.
Ines a changé de voie. Et aujourd’hui, elle est en stage chez Balmain. « J’ai foncé et ça a payé », dit-elle. Pas parce qu’elle avait tout prévu, mais parce qu’elle a osé corriger le tir.






