Interview. Un diplômé raconte son expérience de manager dans une crêperie bretonne à Shanghai

Jacques Commault est diplômé du programme grande école de Kedge Business School. Il travaille à Shanghai, où il est directeur des opérations de « La crêperie », une chaine de restaurants implantée en Asie. Le jeune alumni revient sur son expérience et parle de ses projets d'avenir.

Jacques Commault devant la crêperie.
Jacques Commault, directeur des opérations de « La crêperie ».

Trouver un emploi à l'étranger. C'est ce que font de plus en plus de diplômés d'écoles de commerce françaises. Jacques Commault, 28 ans, est un jeune diplômé du programme grande école de Kedge Business School. Il travaille aujourd’hui en Chine, à Shanghai. Il est directeur des opérations de « La Crêperie », une chaine de restauration bretonne créée il y a dix ans et entièrement basée en Asie. Le manager expatrié raconte son parcours

Une crêperie bretonne au cœur de Shanghai

Qu’est-ce qui t’a poussé à venir travailler en Chine, à Shanghai ? 

J’ai toujours aimé voyager. Je suis breton et j’ai fait mes études à Kedge Business School, à Bordeaux. J’ai fait mon stage d’études en 2012 à Bora Bora puis j’ai entrepris un tour du monde dès l’obtention de mon diplôme. Ensuite, j’ai travaillé à l’hôtel Pullman à Paris. Mais ça ne me plaisait pas. Je me suis rapidement rendu compte que pour avoir un travail intéressant en France, je devrais attendre d’avoir 50 ans. 

« Nous avons plein de nouveaux projets à développer en Asie. »

J’ai envisagé d’ouvrir une crêperie sur Bordeaux, car j’ai toujours aimé la cuisine. Puis, un ami à moi qui travaillait en tant que manager à « La Crêperie » à Shanghai, souhaitait quitter son poste en 2014. Il m’a fait rencontrer le chef (NDLR : Philippe Ricard, qui a créé le premier restaurant de la chaine en 2007). Celui-ci m’a proposé de devenir manager, puis au bout de six mois, nous avons ouvert « La Cabane », un restaurant savoyard situé dans la concession française, à Shanghai.

Comment est-ce que cela se passe ? 

Très bien. J’ai une excellente relation avec Philippe Ricard, nous prenons toutes les décisions ensemble. Nous avons plein de nouveaux projets à développer en Asie. Pour l’heure, le groupe a ouvert sept crêperies (Chine, Cambodge, Vietnam) et un restaurant savoyard. Notre enseigne permet de faire rayonner la culture française et bretonne en Asie. 

Quels sont les projets de « La crêperie » ces prochaines années ?

Nous voulons ouvrir un restaurant dans chaque grande ville d’Asie. Ça marche bien parce que le concept est original. Les Chinois sont assez curieux, ils préfèrent manger chinois, mais aiment beaucoup tester de nouvelles saveurs. 

« Les Chinois aiment beaucoup tester de nouvelles saveurs. »

Les possibilités de développement sont multiples, nous pensons également aux États-Unis. Nous structurons petit à petit. Nous faisons en sorte de créer une atmosphère, une âme dans chacun de nos restaurants.

Pour un breton, mettre en valeur des produits de sa région en Chine, cela doit être une grande fierté ?

On se sent beaucoup plus Breton et beaucoup plus Français à l’étranger. Je suis très fier des produits que nous servons. À Shanghai, juste en face de nous, il y a Robuchon et d’autres très grandes enseignes. C’est Astérix à Shanghai !

De Kedge Business School à Shanghai

Au cours de tes études à Kedge Business School, avais-tu eu l’occasion de venir étudier en Chine ? 

Non, et pourtant cette possibilité nous était offerte puisque l’école développe de nombreux partenariats en Chine.

« On se sent beaucoup plus Français à l'étranger. »

Mais je voulais partir de Paris rapidement après la fin de mes études, ne pas laisser passer cette opportunité de venir travailler à Shanghai. Je ne regrette pas du tout ce choix. D’ailleurs, je suis membre de l’association « Ker Shanghai », qui réunit les Bretons de Shanghai et organise de nombreux événements dans la ville pour que nous nous retrouvions.

As-tu appris à parler le chinois ?

Je ne parle pas beaucoup chinois. Je prends une heure de cours par semaine, je n’ai malheureusement pas trop le temps pour l’instant. Mais je travaille beaucoup en anglais. 

Nous avons embauché des Chinois dans tous nos restaurants. Je pratique donc très souvent cette langue pour communiquer avec mes équipes. Mais pour l’instant, on ne peut pas refaire le monde ensemble en chinois.

« Tous les managers doivent apprendre à parler le chinois. »

Ma copine est chinoise. Elle parle un peu le français, mais nous communiquons principalement en anglais.

Et je demande à tous les managers d’apprendre à parler la langue, c’est très important.

La Chine, une destination idéale pour les diplômés français ?

Recommandes-tu la Chine aux jeunes diplômés français ?

Il y a plein d’opportunités nouvelles en Chine. À Paris, ces dernières années, les entreprises ont tendance à stagner. Tout peut aller beaucoup plus vite en Chine. J’ai des amis qui sont venus ici sans avoir de travail et qui ont trouvé directement un emploi, notamment dans le secteur de la restauration et dans celui du vin. 

Sur 90 employés, nos restaurants comptent aujourd’hui une quinzaine de Français. 

Que font tes anciens camarades de Kedge Business School actuellement ?

Deux autres diplômés de ma promotion travaillent en Chine. Le premier est ambassadeur pour une marque de champagne. La deuxième travaille dans le domaine de la cosmétique à Shanghai. Les autres travaillent à Paris dans des grands groupes ou ont monté leur start-up.

« Vue de France, la vie en Chine a l'air beaucoup plus rose. »

Beaucoup d’amis veulent partir de France et cherchent un travail à l’étranger. Vue de France, la vie en Chine a l'air beaucoup plus rose. 

Puis, le climat est morose en France et les jeunes veulent leur expérience à l’étranger. Lorsque l’on a beaucoup voyagé au cours de sa scolarité, on souhaite avoir d'autres expériences à l'international.

Wally Bordas