BAC : ce qui va changer avec la réforme

La refonte du baccalauréat. Un sujet de première importance auquel s'est attelé le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, en confiant ce projet ambitieux à Pierre Mathiot, professeur des universités.

Crédit Diplomeo

Parmi les différents chantiers du ministère de l’Éducation nationale, se trouve, de toute évidence, celui du baccalauréat. Une mission qui incombe à Pierre Mathiot, professeur et politologue choisi par le ministère. Épreuves finales, nombre de matières à l’examen, autant de points sur lesquels Jean-Michel Blanquer veut intervenir d’ici 2021. Mais où en est réellement la réflexion sur le passeport pour l’enseignement supérieur ?

Les derniers points dévoilés en février 2018

La remise du rapport Mathiot fin Janvier 2018 avait laissé paraitre de grands changements pour cette réforme du baccalauréat. La présentation devant le conseil des ministres le jour de la St Valentin confirme cette tendance. 

Les nouveaux enseignements au lycée

Si cette réforme concerne le baccalauréat, c’est bien l’entièreté du lycée qui va en prendre un coup.

La seconde

En premier lieu la seconde : c’est l’année qui subit le moins de modifications. Les élèves de seconde suivront un tronc commun qui changera peu de celui que l’on connaît.
En début d’année, un test numérique de compétences permettra d’évaluer le niveau de français et de mathématiques des étudiants.
Pour faire suite à ça, ils bénéficieront d’un accompagnement personnel : 54 heures durant lesquelles ils suivront des cours afin de renforcer leur maîtrise du français oral et écrit. L’année de seconde sera la seule qui verra ses modifications appliquées dès 2018.

La première

Si on le sentait venir, c’est maintenant confirmé ! Il n’y aura plus de séries générales au lycée. Ces séries ont été ecplisées par les « spécialisations ». Les étudiants choisiront librement quelles spécialisations ils souhaitent faire et ne seront plus orientés selon leurs notes dans certaines matières.
Ainsi, le ministre de l’Éducation nationale veut donner « un choix qui correspond aux goûts du lycéen », mais également éviter une « hiérarchisation des séries ». C’est donc en première que commence l’enseignement des spécialités ou « majeures » choisies dès la fin de la seconde. Les étudiants auront donc trois spécialités à sélectionner parmi les 11 proposées.

Cette sélection s’inscrit dans la volonté de liberté du ministre de l’Éducation nationale qui affirme que ce baccalauréat moderne sera bien plus « simple » que celui que l’on a connu jusqu’à aujourd’hui. L’enseignement des spécialités, qui représentera 12 h par semaine, sera accompagné du socle de culture commune qui change légèrement du tronc commun actuel.

Non, les mathématiques n’ont pas disparu du parcours lycéen, ils seront bien aux programmes. La matière « humanités scientifiques et numériques » mettra en avant la culture scientifique des étudiants. Ils auront notamment des enseignements sur le raisonnement scientifique et plus particulièrement de codage.

Les élèves de première auront également l’occasion de suivre un enseignement facultatif de 3 heures par semaine. Les élèves intéressés devront choisir entre : Arts, LCA, EPS et LV3.

La terminale

Pour cette dernière année d’étude, les étudiants devront choisir deux spécialités parmi les trois sélectionnées en seconde. Le temps d’enseignement de ces cours passera de 4 heures à 6 heures par semaine et par matière. Comme c'est le cas actuellement, la philosophie s’ajoutera au programme des terminales.

Les étudiants en dernière année de lycée auront également l’occasion de choisir entre trois nouvelles matières facultatives : Mathématiques expertes, mathématiques complémentaires et droit et grands enjeux du monde contemporain. Selon Jean Michel Blanquer, les mathématiques complémentaires s’adressent principalement aux élèves voulant s’orienter vers des études supérieures en biologie ou en médecine.

Le nouveau Baccalauréat

« Un baccalauréat plus égalitaire », voilà comment le ministre de l’Éducation nationale définit son nouveau bac. Les nouvelles épreuves sont divisées en deux parties : le contrôle continu qui constitue 40 % de la note finale, et les épreuves qui constituent les 60 % restants.

Le contrôle continu

C’est sans doute la plus grande nouveauté de ce baccalauréat : l’instauration du contrôle continu dans la note finale du bac. Le ministre de l’Éducation nationale entend bien « en terminer avec le bachotage » et instaurer un système « plus représentatif du travail des élèves » sur le long terme.

Dans cette optique, le contrôle continu ne sera pas une moyenne pour chaque matière, mais bien des épreuves à proprement parler. Il interviendra dès la première avec des épreuves « ponctuelles » communes à tous les élèves. Les disciplines évaluées seront celles du socle commun et non pas celles de spécialités. Ces bacs blancs améliorés interviendront pour la première fois en janvier et avril 2020.

Une fois en terminale les étudiants auront une deuxième session d’épreuves communes en décembre. Dans un souci d’égalité, il est prévu que les copies des étudiants soient corrigées par des professeurs différents de ceux qu’auront les élèves en classe. Les copies seront également anonymes.

Les épreuves

Voilà le gros morceau, celui qui intéresse les futurs bacheliers. Ces examens finaux seront donc au nombre de quatre : une épreuve écrite de philosophie écrite, deux épreuves écrites concernant les deux spécialités choisies en terminale et un oral final.

L’oral se préparera sur les deux dernières années du lycée. Dès la première les étudiants devront préparer la présentation d’un projet qu’ils présenteront pendant 10 minutes face à un jury de trois personnes. Au cours de ces dix minutes, dix autres minutes sont consacrées à un question-réponse. Ces dernières minutes seront consacrées à l’évaluation des connaissances et de l’esprit d’analyse des étudiants.

Ce projet, préparé en deux ans, doit concerner au moins une des spécialités choisies par les étudiants en première. Cette nouvelle épreuve inspirée de pays voisins « permet de mettre l’accent sur un point fondamental : savoir s’exprimer dans un bon français » selon le ministre. L’oral se positionne donc dans la même lignée que l’accompagnement personnel de seconde, à savoir améliorer l’expression orale et écrite des lycéens. C’est d’ailleurs une volonté forte de ce nouveau baccalauréat qui donne toutes les armes aux élèves pour intégrer des études supérieures et le monde du travail. En effet dans ces deux milieux, les capacités d’expression orale en français peuvent être « très discriminantes » insiste Jean Michel Blanquer.

Le français est d’ailleurs la seule épreuve anticipée à résister à la réforme. Elle s’organisera comme celle en vigueur actuellement : une épreuve écrite ainsi qu’une épreuve orale.

Les infos clés du nouveau bac

Cette réforme modifie tout ce que l’on connaît du baccalauréat. Et si vous avez tenu jusqu’à la fin de cet article, nous vous proposons un petit résumé de ce qu’il faut retenir du nouveau bac :

La fin des séries et de nouvelles matières

Les séries générales n’existeront plus d’ici 2021. Les spécialisations les ont remplacées et permettront aux étudiants de choisir leurs cursus parmi de nouvelles matières.        « L’enseignement sera désormais plus approfondi dans chaque matière » souligne notre ministre de l’Éducation nationale.
Il faut d’ailleurs noter que les classes ne se feront pas par spécialisation. L’organisation sera propre aux lycées et reste encore floue à ce jour.

De nouvelles épreuves

Au revoir les dizaines d’épreuves à préparer pour le bac et bonjour le bac simplifié. L’instauration du contrôle continu permet maintenant d’être plus représentatif du travail des lycéens sur l’ensemble de leur parcours lycéen. Inspiré de pays européens, ce nouvel examen ne se veut plus comme l’aboutissement d’études, mais bien comme l’entrée vers le supérieur. L’oral de terminale s’inscrit d’ailleurs dans cette volonté d’accompagner les étudiants vers de nouvelles études en mettant le doigt sur les lacunes d’expression orale des lycéens.

Un système plus égalitaire et libertaire

Le ministre l’a expliqué, ce bac « à la carte » est plus égalitaire et chaque étudiant pourra réellement choisir quel parcours il veut faire. Les lycéens bénéficieront d’un accompagnement personnel pendant les trois années de lycée pour les guider et les aider à s’orienter vers ce qu’ils veulent.

La place importante du français

Un point majeur de cette réforme. Le ministre de l’Éducation nationale estime que l’enseignement du français doit être renforcé. Cette volonté correspond à l’envie du ministre d’accompagner les élèves vers le supérieur en évitant de leur fermer des portes.

Une nouvelle organisation

C’est également un point important du nouveau baccalauréat : l’organisation des épreuves. En plus d’avoir moins d’épreuves, les lycéens de seconde et de premières pourront aller au lycée jusqu’à la fin de l’année scolaire. La période de révision du bac ne monopolisera plus les lycées pendant un ou deux mois. Cette organisation devrait d’ailleurs faire économiser plusieurs dizaines de millions d’euros à l’État français.

Cette grande institution républicaine qu’est le bac s’apprête à changer. Pour le meilleur ou pour le pire, seul le temps nous le dira. Il semble cependant plus cohérent et ressemble plus à ce que devrait être le bac, c’est-à-dire une passerelle vers le supérieur. Si les grandes lignes sont données, il risque d’y avoir quelques modifications d’ici 2021. Nul doute que les étudiants de troisième actuels passeront un baccalauréat bien différent de ce que l’on connaît.

Les points dévoilés en janvier 2018

Voici un aperçu des mesures énoncées par Pierre Mathiot présentées le mercredi 24 janvier 2018

Quatre épreuves finales

« Aujourd’hui, le bac fonctionne sur le mode du sprint. »

Du balai les anciennes nombreuses épreuves du bac : l’heure est à la flexibilité ! C’est en tout cas l’idée que l’on retenait du discours de Jean-Michel Blanquer et de Pierre Mathiot lors de la conférence du 24 janvier 2018. Selon Pierre Mathiot, aujourd’hui, « le bac fonctionne sur le mode du sprint » : les élèves travaillent plus ou moins en classe de terminale et se précipitent dans leurs fiches de révision en voyant arriver l’épreuve terminale du bac !

Il était temps selon lui de mêler le sprint et l’endurance en répartissant de cette manière l’évaluation du bac :

  • des épreuves terminales qui compteront pour 60 % du bac
  • des notes obtenues en cours de cursus qui compteront pour 40 % du bac

Concernant les épreuves passées pour le baccalauréat en classe de terminale, Philippe Mathiot en présentait quatre : 

  • 2 épreuves dites d’« approfondissement » ou majeures, passées au retour des vacances de Pâques
  • 2 autres épreuves, passées à la fin du mois de juin : la philosophie et le Grand oral

Le choix de la philosophie et du Grand oral comme deux des épreuves principales du baccalauréat n’a rien eu d’étonnant. Jean-Michel Blanquer considérait en effet que le français devait être une priorité, qu’il soit appréhendé dans le cadre du théâtre ou encore des exercices oraux.

Concernant les notes obtenues en cours de cursus, pas franchement d’un contrôle continu, mais de bacs blancs ponctuels ou d’examens des bulletins de notes.

Les « majeures » proposées par Pierre Mathiot

L'utilisation du terme de "majeures" laissaient imaginer une disparition des séries ES, L, S... Au niveau du choix des majeures, Philippe Mathiot expliquait qu'il se réaliserait dès la seconde : choix des majeures pour la première en classe de seconde, et choix majeures de terminale en classe de première.

Voici les majeures proposées par le rapport Mathiot en janvier 2018 :

  • Mathématiques et physique-chimie
  • Sciences de l’ingénieur et mathématiques
  • SVT et physique-chimie
  • Informatique et mathématiques
  • Mathématiques et SES
  • SES et Histoire-géographie
  • Littérature et art
  • Littérature et langues anciennes
  • Littérature étrangère et 2 langues étrangères

Les résultats du bac, disponibles sur Parcoursup ?

«  Nous devons restaurer la crédibilité du bac et être attentif à la fonction d’accès à l’accession à l’enseignement supérieur. »

Nombreux sont les ex-élèves de terminale dont les notes du baccalauréat ont su largement concurrencer celles obtenues au cours de leur dernière année de lycée. Pourtant, comme l'a souligné Pierre Mathiot, « le bac compte pour 0 % dans le processus de recrutement ».

« Restaurer la crédibilité du bac et être attentif à la fonction d’accès à l’accession à l’enseignement supérieur ». Voilà l’idée qui a animé Pierre Mathiot lors de la rédaction de son rapport.

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sur Parcoursup

Pour tendre à cet objectif, ce dernier a affirmé vouloir rendre compte des premiers résultats du bac dans Parcoursup, de manière à valoriser les élèves ayant mis les bouchées doubles pour décrocher l’examen. Ceci explique la décision de Mathiot de faire passer les 2 épreuves de « majeures » du bac au retour des vacances de Pâques. De cette manière, Philippe Mathiot entendait que 75 % des résultats du baccalauréat seraient intégrés à la plateforme d’orientation Parcoursup.

Les élèves de terminale s’attèleront ensuite aux deux dernières épreuves dont les résultats ne seront pas portés à la connaissance de Parcoursup.

Les idées proposées en novembre 2017

Le bachotage, à bannir de toute urgence

Dans une interview pour Le Parisien, Jean-Michel Blanquer a répondu à un certain nombre de questions concernant le baccalauréat. On y apprenait que le ministre voyait tout d’abord en cette réforme de l’examen, un moyen de redonner du sens au baccalauréat. Si la population française accorde une importance particulière à ce diplôme, il semblerait que le bac ait besoin d’être quelque peu dépoussiéré.

Selon Jean-Michel Blanquer, rénover le baccalauréat impliquerait en premier lieu « en finir avec le bachotage, pour lui redonner du sens ». On comprend donc que l’ère des révisions anxiogènes de dernière minute semble être bientôt révolue. Une nouvelle qui promet de rassurer les élèves assidus... et d’inquiéter ceux qui misaient sur les semaines de révision pour décrocher le sésame.

Réduction du nombre d’épreuves, fin des filières générales...

La France est le pays où le nombre d’épreuves à l’examen marquant la fin du lycée est le plus important. Au Royaume-Uni, par exemple, 80 cours sont proposés aux élèves, qui ont le choix d’en étudier seulement quelques-unes. Ces derniers n’ont alors que ces quelques matières à valider pour obtenir leur diplôme. Idem en Espagne où seulement quatre épreuves sont obligatoires pour l’examen.

La France s’apprêterait-elle à suivre leur modèle ? Oui si on se réfère aux paroles de Jean-Michel Blanquer dans le Parisien : « Notre fil directeur est surtout d’aboutir à quatre matières pour les épreuves finales du bac. Le reste des notes serait obtenu au cours de la scolarité selon des modalités qui garantiront l’égalité des conditions de passation sur l’ensemble du territoire. »

Le choix des matières serait donc donné aux élèves afin que leur scolarité soit moins subie qu’elle ne l’est aujourd’hui et que « chacun cultive son excellence ». Cela pourrait passer par la disparition des filières L, S et ES, mais bien d’autres possibilités peuvent être envisagées...

Alice Meyer et Valentin Agbo-Aclozo