STAPS : une filière sous tension 

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La filière STAPS est l’une des filières les moins bien loties de l’Enseignement supérieur. Surcharge de travail, manque de personnels et de matériel, activités modifiées, voire supprimées à cause du Covid-19, étudiants et enseignants sont épuisés. Témoignages. 

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La filière STAPS accueille aujourd’hui près de 70 000 étudiants. Confronté à un afflux constant d’étudiants depuis plus de dix ans, le personnel peine à suivre. En effet, le nombre de jeunes qui arrivent en première année de licence a été multiplié par deux, là où le recrutement d’enseignants n’a augmenté que de 20 %.  

Épuisement psychologique, surcharge de travail, baisse de qualité des enseignements, manque ou défaut de matériel : les raisons sont multiples pour les personnels et les étudiants, qui sont lessivés. En conséquence, c’est une filière qui tend à se fragiliser. 

La filière STAPS bouleversée à l’ère du coronavirus

La crise sanitaire liée au Covid-19 a ébranlé le monde de l’Enseignement supérieur, c’est un fait. Mais cette difficulté touche particulièrement les STAPS. Depuis le premier confinement en mars 2020, les cours de STAPS ont considérablement été modifiés. Cours en distanciel multipliés, modifications du contenu, moins de pratiques sportives… Ces aménagements sont très éprouvants, pour les étudiants comme les enseignants.   

« On a du mal à s’y retrouver pour trouver les cours qui nous sont destinés », admet Emmanuelle, étudiante en M1 STAPS, option Activité Physique Adaptées et Santé dans l’académie de Lille. « Au début, je m’accrochais fortement à l’idée de suivre minutieusement les cours. Maintenant, je participe à la visio, histoire de dire que je fais acte de présence », confie-t-elle. 

« Les sports ont été pour la majorité maintenus, mais divisés par deux, donc on a deux fois moins de séances », renchérit Maël, en L1 STAPS à l’université Paris-Saclay (Essonne). Pour cet étudiant qui débute ses années universitaires, ne pas suivre les programmes habituels et devoir se satisfaire de la quasi-totalité de ses cours à distance génère déception et frustration. « J’ai rencontré peu de gens, les cours sont très compliqués à suivre, je n’ai pas eu l’impression d’avoir été très encadré, en plus d’être sportif, être cloîtré chez moi ce n’était vraiment pas agréable » se désole-t-il. 

Qui plus est, la qualité des enseignements n’est pas toujours garantie, selon lui. « Il y a des profs qui ont su rester très pédagogues. Mais pour la majorité des enseignants, c’était juste des Powerpoints avec des cours balancés à la vitesse de la lumière », explique Maël. « C’est hyper répétitif pour certains cours », indique de son côté Emmanuelle. « Avec ma promo, on se demandait pas justement si la fac nous faisait venir des intervenants juste pour combler les trous. On a beaucoup de cours sur le même sujet, avec des diaporamas différents ».

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Du côté du personnel enseignant, il a fallu prendre de nouvelles mesures et s’adapter tout autant. « De nombreux enseignants ont dû revoir leur cours, il y en a pas mal en distanciel », précise Pascal Anger, secrétaire national du SNEP-FSU, le syndicat de la filière STAPS. « Cela a été assez important comme modification dans le rapport au métier et le rapport à la pratique pour les étudiants » ajoute-t-il.

Le secrétaire national du SNEP-FSU affirme que la mise en place des différents protocoles sanitaires a été un véritable casse-tête pour les équipes pédagogiques. « Les enseignements d’activité physique et sportive étaient tolérés en présentiel, mais avec des jauges à 50 %, il fallait diminuer les groupes par deux et adapter la façon d’enseigner » explique Pascal Anger « Pratiquer le judo sans se toucher, par exemple, c’est compliqué ».

Si les étudiants en STAPS ont rencontré des difficultés pour se motiver, les enseignants ne sont pas exemptés. Les cours en distanciel, c’est très « fatiguant » au « niveau cognitif ». Pour le secrétaire du syndicat, les cours sont tout aussi éprouvants « pour celui qui les reçoit que celui qui les fait »

Un manque de moyens dénoncé dans la filière STAPS 

Les difficultés de la filière STAPS ne sont pas uniquement liées à la crise sanitaire. Selon Pascal Anger, le manque de moyens est bien réel. « Le confinement n’a fait qu’amplifier ce manque de moyens », alerte-t-il. La filière STAPS est « très demandée », mais elle est aussi « sous-dotée en personnel enseignant », et manque cruellement « d’équipements sportifs » qui, pour la plupart, sont très « datés »

Concernant les équipements sportifs, 85 % d’entre eux datent d’avant 2005, dont 21 % proviennent de la période 1995-2004 et 20 % de 1975 à 1984. Encore 11 % des équipements sportifs datent de la période de 1965-1974 et de 7 % avant cette période, selon les chiffres du ministère chargé des sports (JS du 23 janvier 2020). En résumé, la moitié des équipements ont plus de 20 ans. 

La SNEP-FSU n’est pas le seul collectif à alerter sur la situation complexe de la filière. Du côté des étudiants, l’Association nationale des étudiants en STAPS (ANESTAPS), qui défend les droits et les intérêts des étudiants, estime aussi que la filière requiert de nouveaux moyens humains et matériels. Son président, Loïc Rosetti, souligne qu’en STAPS, il y a non seulement un manque d’enseignants, mais aussi un taux d’encadrement qui se trouve être l’un des plus bas de l’université. « Il faut venir dans les universités pour voir comment sont les infrastructures des STAPS » s’insurge-t-il, « Les salles de cours, les amphis, ça s’est dégradé, mais le pire, ce sont les infrastructures sportives en plus mauvaise qualité et ça met en danger quotidiennement les étudiants en STAPS ».

De plus, les deux collectifs s’inquiètent également du manque de moyens humains qui se révèle très fortement en STAPS. « On a de plus en plus d’enseignants qui partent en arrêt maladie, car ils n’en peuvent plus, qui partent plus vite à la retraite, car comme les conditions sont tellement mauvaises qu’ils n’en peuvent plus.», résume Loïc Rosetti.

Plusieurs fermetures de formations dues à un manque de postes 

La conséquence du manque de moyens humains s’est traduit par plusieurs fermetures de formations. En effet, à l’Université d’Évry, les étudiants en deuxième année de STAPS option Éducation et Motricité ont vu leur troisième année de licence supprimée, une décision qui a été prise suite à un manque de poste d’enseignant. Le dernier enseignant qui devait assurer les cours de cette L3 va partir à la retraite. À Valenciennes, c’est le master MEEF d’EPS qui est concerné. 

À Font-Romeu (Pyrénées-Orientales), même son de cloche : les personnels souffrent d’un manque de moyen humain et matériel important et dénoncent une charge de travail grandissante. L’UFR STAPS de la ville, qui dépend de l’université de Perpignan, accueille 670 élèves pour seulement une quinzaine d’enseignants pour les former. 

« Ça n’est plus tenable », regrette Élodie Varraine, directrice à l’UFR Staps de Font-Romeu, sur France Bleu Occitanie. Les personnels de l’établissement craignent de devoir former complètement le centre de formation. 

Pour le secrétaire national du SNEP, la fermeture des formations est liée à un « contexte particulier » et des « rapports de forces » dans les établissements. Selon lui, dans l’enseignement supérieur « on n’investit pas assez d’argent public pour la formation des jeunes à l’université, on estime qu’il faudrait 3 milliards d’euros par an, toutes filières confondues ». L’ANESTAPS, elle, parle de « conditions désastreuses » qui concerne « l’ensemble du corps » en STAPS, même pour les doyens et directeurs du cursus. « Pour le taux d’encadrement, on a les chiffres les plus élevés de l’université, ce qui est vraiment insensé » constate Loïc Rosetti.

Le SNEP-FSU et l’ANESTAPS demandent des moyens supplémentaires

Face à cet élargissement du manque de moyens, les deux collectifs des filières STAPS affichent plusieurs revendications. Le SNEP-FSU demande une augmentation d’au moins 1000 postes d’enseignants et d’administratifs. « La conférence des directeurs de STAPS a estimé un manque de 1000 postes et s’est reconnu comme une filière en tension » affirme Pascal Anger. Le syndicat demande aussi un plan de construction pour les locaux des STAPS dans les campus universitaires, notamment des équipements à haute qualité énergétique (HQE). « Il y aurait tout un choix politique d’investir qui serait bon pour tout le monde et améliorerait la qualité de pratique des activités sportives, physiques et artistiques », relate-t-il. 

Pascal Anger affirme que dans ce contexte de manque d’investissement, il y a les STAPS qui « sont très souvent demandées », mais qui « ne sont pas servies de façon équitable par rapport aux autres, c’est un travers de l’autonomie de l’université qui font un peu comme elles veulent »

Du point de vue de l’ANESTAPS, le problème s’est dégradé en 2018 quand Parcoursup a remplacé Admission Post-Bac (APB) et avec l’arrivée de la sélection. À l’époque, les STAPS s’étaient fermement opposées à toute formation de sélection, afin que tout le monde puisse entrer dans l’Enseignement supérieur. « Comme on ne pouvait pas accueillir tout le monde, le ministère de l’Enseignement supérieur nous a dit qu’il allait flécher un budget pour les filières en tension, dont les STAPS », raconte le président de l’association. « Cela veut dire que si ces filières augmentent en capacité d’accueil on leur donne de l’argent, c’était le deal fixé entre nous et le MESRI ». Cependant, selon lui, l’argent a été fléché de base pour les UFR Staps a été divisé entre les différentes UFR des universités. Le phénomène a persisté les années suivantes : « En 2019 aussi, il y a eu une augmentation de la capacité d’accueil et un taux de réussite plus élevé. Mais même problématique : on se retrouve encore une fois avec un budget qui n’arrive pas au propriétaire », déplore Loïc Rosetti. 

Ainsi, l’ANESTAPS exige un redéploiement des moyens. « Nous allons d’abord demander aux universités de cibler les UFR STAPS, où vraiment il n’y a aucun moyen qui a été alloué depuis 2018, car ce sont ceux qui sont en plus grande difficulté », explique-t-il. Avec les prochaines enveloppes de dotations que les universités vont recevoir, ces dernières devront donc redonner de l’argent aux STAPS. « C’est la dernière étape et on espère avoir des réponses avant fin-mai, début juin prochain ».

« On a aussi montré à la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, que ça fait des années qu’on joue le jeu, car il y a une concurrence importante, cela fait des années que nous faisons les choses comme il faut », conclut Loïc Rosetti. « À la rentrée 2021, si nous n’avons pas les moyens supplémentaires, les UFR STAPS vont jeter l’éponge. Si on n’a pas de réponses positives, dans les universités, ça ne marchera plus ». 

Mehdi Bautier

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