Ingrid Montagne (psychopédagogue) : « Ne pas laisser son enfant livré à lui-même sur APB »

Les échanges entre les parents et leurs enfants peuvent parfois être tendus au cours de la procédure APB. Ingrid Montagne, psychopédagogue, livre quelques conseils pour apaiser les tensions lors des différentes phases de la procédure. Pour une orientation plus sereine.

Ingrid Montagne

Comment aider ses enfants durant la procédure APB (Admission Post Bac) ? Inversement, comment gérer le stress des parents au cours des différentes phases ? Pour Diplomeo, Ingrid Montagne, psychopédagogue, livre ses conseils aux parents et aux lycéens.

Comment accompagner ses enfants durant la procédure APB ?

Diplomeo : Les parents ont-ils un rôle important à jouer dans l’orientation de leurs enfants ?

Ingrid Montagne : Oui, à partir du moment où ils font attention à ne pas prendre leurs projets pour les projets d’orientation de leurs enfants. On le ressent déjà au lycée avec la prédominance de la série S. Les parents ont tendance à préférer que leurs enfants fassent S même s’ils ont des difficultés en mathématiques. Beaucoup de parents pensent par exemple qu’il est mieux pour leurs adolescents de s’orienter en classes préparatoires après le baccalauréat et vont tout faire pour les pousser à aller dans ces filières sans prendre en compte leurs préférences, de leur niveau et de leur manière de travailler.

En tant que parent, quel est le bon comportement à avoir vis-à-vis de ses enfants ?

Il faut prendre le temps de les écouter parler de ce qu’ils aiment et de ce qu’ils n’aiment pas. Il est également important d’analyser si ce sont des jeunes qui ont besoin d’un cadre ou s’ils s’épanouissent mieux lorsqu’ils ont plus de liberté. Sont-ils autonomes dans leur travail ? Ou sont-ils plus épanouis lorsque leur professeur leur donne un cadre avec des devoirs maison ? Tout cela donne plein de signes pour voir si un jeune sera plus à l’aise dans une filière sélective type prépa, dans une filière cadrante type BTS, ou dans une filière ou il aura plus de liberté comme à l’université.

Les parents doivent-ils se rendre avec leurs enfants aux différents salons étudiants ?

Oui, je pense qu’il est très intéressant pour les parents d’accompagner leurs enfants aux salons et aux journées portes ouvertes des écoles. La maturation d’un jeune par rapport à son projet d’orientation ne se fait pas en quelques jours. Ce genre d’initiatives doit donc commencer dès la classe de première. Se rendre à des salons en première leur permet de prendre conscience de ce qui existe et d’y réfléchir. Cela peut également leur permettre de se rendre compte des exigences de niveau des différentes formations.

Il est d’ailleurs très intéressant d’observer les adolescents lorsqu’ils se rendent au salon, de les laisser prendre l’initiative et de les regarder poser des questions. Évidemment, il ne faut pas hésiter à poser les petites questions qui manquent une fois que le jeune a été au bout de sa démarche. Ces démarches l’entraînent à parler avec un adulte, l’entraînent dans sa relation à l’autre et s’il doit être amené à passer un entretien, ce vécu lui servira.

Les parents doivent-ils accompagner leurs enfants pendant la procédure APB ?

Je leur conseille de commencer, dès les vacances de la Toussaint, à échanger avec leurs enfants sur le type d’études et les disciplines vers lesquelles ils aimeraient se diriger. À partir de là, il ne faut pas hésiter à regarder quels sont tous les possibles. Ensuite, il faut laisser le jeune réfléchir par lui-même : il est très important qu’il fasse cette démarche seul.

Au moment de la procédure, il faut que les parents aient bien ciblé vers quel type de formation souhaite s’orienter leurs enfants. C’est un travail à faire avec le jeune, mais c’est lui qui doit être à l’initiative : il doit rentrer lui-même ses vœux sur APB. C’est quelque chose de très symbolique : c’est lui qui fait son choix !

Une fois que le jeune a effectué cette étape, je conseille aux parents de s’occuper un peu plus de la partie administrative : aider leurs enfants à imprimer les dossiers, à préparer les documents à fournir. Le libérer de toutes ces contraintes administratives, mais l’engager entièrement dans ses choix personnels d’orientation.

Il ne faut donc surtout pas laisser son enfant livré à lui-même durant la procédure APB

Non, j’en suis persuadée. Le parent est vraiment là pour accompagner l’enfant, pour le guider, pour l’aider à passer dans l’âge adulte.

Comment conseiller ses enfants sans trop leur mettre de pression ?

Il faut leur créer des espaces de parole. En famille, on ne mange pas devant la télévision : on échange sur un article lu dans un magazine, sur un fait d’actualité, ou sur le dernier classement qui vient de sortir sur les écoles d’ingénieurs… Il faut libérer une parole autour de ces thèmes pour que le jeune prenne conscience du monde économique qui l’entoure. 
Il est important que les parents laissent choisir leurs enfants, qu’ils ne les poussent pas dans la voie qu’ils ont eux-mêmes pris ou qu’ils auraient souhaité prendre. Les enfants peuvent d’ailleurs se tromper d’orientation, mais ils auront toujours la possibilité de revenir en arrière. Chacun d’entre nous fait des erreurs, change d’orientation, de métier sans que cela n’impacte forcément de manière négative son quotidien. Comme tout le monde, le jeune a le droit à l’erreur.

Les parents ont tout intérêt à écouter leur jeune car dans ce qu’il leur dit au quotidien. C’est de cette manière qu’ils détermineront ce qui lui plaît et ce qui ne lui plaît pas. Il faut leur faire confiance. Même s’ils ont des doutes, même s’ils se posent plein de questions, ils ont énormément d’éléments en eux qui sont positifs. Et malheureusement, parfois, leurs parents ne leur font pas assez confiance.

Comment gérer ses parents pendant la procédure APB ?

Que conseilleriez-vous aux lycéens dont les parents sont très pressants durant la période des vœux sur APB ?

C’est très compliqué car même si les jeunes arrivent parfois à s’opposer à leurs parents, il y a toujours de la culpabilité.

Ils peuvent éventuellement se faire aider par les conseillers d’orientation psychologues avec lesquels ils peuvent effectuer des tests pour savoir vers quels métiers s’orienter. L’idée est vraiment de prendre des initiatives pour se construire un projet soi-même. Ainsi, ils peuvent donc préparer leur orientation en parallèle de leurs parents et leur en parler par la suite.

La plupart des lycéens ont tout de même des difficultés à faire ces démarches. Ce qui peut pousser leurs parents à leur rappeler avec insistance l’importance des enjeux. Comment ne pas aller au clash ?

Lorsque le lycéen ne s’engage pas, il y a toujours des phases de conflit avec ses parents. Il y a trois cas : soit le lycéen a peur de l’avenir, soit il est totalement désemparé, soit parce qu’il subit trop pression de la part de ses parents. 
S’il est totalement désemparé, il apprécie l’aide et cela se passe correctement. Dans les autres cas, des conflits naissent très souvent. Je conseille donc au lycéen de faire comprendre à ses parents que c’est lui qui va se lancer dans des études et qui va engager sa vie professionnelle.

Si mes parents souhaitent que je m’oriente vers une filière qui ne m’intéresse pas du tout. Comment le faire comprendre sans risquer de me fâcher avec eux ?

Idéalement, il faut trianguler la relation. Cela peut se faire au cours d’un entretien avec un conseiller d’orientation ou le professeur principal. C’est un bon début pour engager une conversation.

Il faut essayer de leur expliquer en quoi il est important pour vous de choisir une filière que vous aimez en tentant de leur montrer que vous avez toujours été attiré par celle-ci. Et il faut aussi faire en sorte de leur faire comprendre que le métier vers lequel ils souhaiteraient que je m’oriente ne m’intéresse pas du tout. Il faut trouver des contre-arguments qui vont faire mouche par rapport aux parents. 

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