Jean-Noël Kapferer, professeur et chercheur à l’INSEEC U : « Il ne faut pas se dire “je veux faire du luxe” mais réfléchir sectoriellement »

Jean-Noël Kapferer est professeur en marketing à INSEEC Luxury, chercheur actif dans ce domaine, et co-auteur de Luxe Oblige. À l’occasion de la 3e édition du Monaco Symposium on Luxury, événement réunissant les managers du secteur du luxe et des chercheurs du domaine du monde entier, Jean-Noël Kapferer nous apporte sa vision du monde du luxe et son expertise concernant les mouvances de ce secteur.

Pour les étudiants souhaitant se diriger vers le domaine du luxe, pouvez-nous nous dire ce qu’est réellement le luxe?

Je pense qu’il y a, chez beaucoup d’individus, une certaine incompréhension du terme «luxe». Le luxe, c’est le métier de l’excellence associée au goût. Or le goût est subjectif : le luxe identifie ce qui permet aux élites de se distinguer, ce qui permet à une classe de prouver qu’elle mène le goût. En définitive, le luxe, c’est plus qu’un objet, c’est l’objet qui qualifie le propriétaire. Cependant, comme industrie, on doit parler de luxe à travers ses secteurs d’activité. On peut parler de l’automobile, du secteur du paraître ou de la mode, de l’hôtellerie, du secteur du «food and beverage», des voyages... Il y a des segments luxe dans tous les marchés : c’est leur niveau le plus élevé.

Pourquoi se lancer sans le luxe? Les métiers du luxe recrutent-ils?

Je ne vous dirais pas que «le luxe recrute». Quand on parle de luxe, on parle de spécialités. Il faut donc davantage se poser les questions suivantes : est-ce que le secteur de la mode recrute? Est-ce que le secteur du vin, de l’horlogerie recrute? Il ne faut pas se dire «je veux faire du luxe», mais réfléchir sectoriellement. Vous voulez entrer chez Ferrari ou Lamborghini? Vous êtes attiré par l’immobilier de luxe? Vous avez le goût du vin de luxe? Au même titre que Ferrari, c’est l’automobile, LVMH, c’est la mode, Rolex, c’est l’horlogerie... L’approche est radicalement différente selon le secteur d’activité. On ne peut pas se dire, «je veux passer 30 ans de ma vie dans le luxe», mais plutôt «je veux passer 30 ans de ma vie dans la mode, ou la gastronomie...». On peut mettre du luxe dans la nourriture comme du luxe dans l’habillement.

Comment l’école INSEEC U répond-elle à cette problématique ?

INSEEC U est le groupe qui réunit des écoles et programmes très innovants et complémentaires en France et à l’étranger. Il y a de très nombreux programmes luxe au sein d’INSEEC U, mais selon les écoles, les campus, voire les pays, on enseigne tel ou tel domaine du luxe : luxe et immobilier, luxe et mode, luxe et vin... Je me méfierais des programmes généralistes. Au sein d’INSEEC U, quel que soit le niveau de l’étudiant, il trouvera le programme pour acquérir des connaissances et compétences dans le domaine qui lui correspond. Dans un souci de proximité avec les professionnels de chaque secteur, l’école propose des programmes spécialisés selon les campus. Par exemple, les étudiants peuvent étudier le «real estate» (immobilier) à Monaco, l’horlogerie à Genève, le vin à l’INSEEC Bordeaux ou au sein de son antenne à Beaune. Le but, c’est de pouvoir rencontrer les responsables des marques eux-mêmes dans le luxe.Si vous êtes loin du cœur économique, il sera plus compliqué pour vous de trouver des opportunités.

Qu’est-ce qu’une bonne formation en luxe ?

Premièrement, c’est une formation qui vous donne la culture du luxe, qui ne vous forme pas comme un technicien supérieur. L’étudiant doit comprendre le luxe, avoir de très bonnes bases culturelles sans lesquelles il ne pourra se développer plus tard. Lorsque vous travaillez la musique, vous devez connaître un instrument, mais aussi avoir la culture classique comme celle du rap.Le luxe ne supporte pas le manque de culture. Deuxièmement, une bonne formation en luxe est une formation qui débouche sur une passion et un métier. À INSEEC U, nous privilégions l’approche professionnelle, tournée vers le futur,donnant les compétences pour être à l’aise dans le luxe de demain ( digital, luxe durable, responsable, éthique, international). Au sein d’INSEEC U, les diverses écoles proposent des programmes à tous les niveaux (Bachelor, Msc, etc..)avec des spécialisations ayant chacune des débouchés derrière. Au sein d’INSEEC U, les étudiants trouveront le plus grand choix de programmes de luxed’excellence : à eux de choisir celui de leur passion,de leur projet et de leur niveau.

À quoi ressemblera le secteur du luxe dans 10 ans ?

Le luxe a commencé petit, il finit grand. Il a commencé comme un secteur accessible à peu de personnes et maintenant, il est partout. Cependant, il faut bien comprendre que si tout le monde peut accéder au luxe, le luxe n’est plus. De ce fait, le luxe va se déplacer : hier produits, demain il sera plus lié à des expériences, moins matérialisé. Les nouvelles technologies vont aussi pouvoir répondre à cette demande de rareté qui caractérise fondamentalement le luxe.

Ainsi, une imprimante 3D, dont la technologie est très chère, pourra créer des objets personnalisés rares en petite quantité comme une poignée de parapluie à la forme très sophistiquée, qu’un artisan ne pourrait faire seul. La mutation technologique pourra donc toucher la création. Cependant, le luxe est déjà aussi très impacté par le digital qui permet une très grande reconnaissance des clients, afin de plus personnaliser les offres ou encore la création d’expériences incroyables en magasin comme des miroirs connectés, des hologrammes...

Le luxe est donc un bond entre le passé et le futur.