Ils ont fait un prêt étudiant, ils racontent

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Diplomeo a interrogé des étudiants ou ex-étudiants qui ont tous un point commun : ils ont contracté un prêt étudiant au cours de leur scolarité. Nous avons voulu en savoir davantage sur leurs motivations en amont, les modalités de l'obtention de fonds et leur utilisation de ces derniers.

Nous avons interrogé cinq jeunes filles, toutes âgées d’environ 25 ans, sur leur expérience du prêt étudiant. Les réponses obtenues nous éclairent davantage sur ce processus prisé par de nombreux jeunes.

Qui sont les répondants ?

  • Blandine a fait un prêt de 20 000 € l’été avant de rentrer en 2e année d’école de commerce à l’Institut Mines Telecom Business School.
  • Clarisse a contracté un prêt étudiant de 15 000 € pour sa dernière année d’étude, un MSc Marketing International à Rennes School of Business.
  • Emma a demandé 15 000 € entre son BTS et sa licence professionnelle.
  • Delphine a contracté un prêt à son entrée post-bac en école de traduction, l’ISIT, à Paris. Le montant du prêt était de 15 000 €.
  • Estelle a fait une demande de 5 000 € avant de commencer un Master Expertise en Sémiologie et Communication à l’Université La Sorbonne Paris V.

Pourquoi ont-ils contracté un prêt étudiant ?

On constate rapidement que les raisons ayant poussé les jeunes à contracter un prêt sont sensiblement les mêmes et toujours relatifs aux coûts de leur scolarité ou de leur vie étudiante. Pour Blandine, il s’agissait de s’assurer « une sécurité financière » et « financer [son] stage à l’étranger et [s]'acheter un nouvel ordinateur ». Le prêt de Clarisse a servi « uniquement pour les frais de scolarité » de la formation, et celui de Delphine à « soulager [ses] parents pour les frais de scolarité » de sa formation. Même écho chez Estelle, qui nous a confié la raison suivante : « soulager mes parents qui n’allaient pas pouvoir assurer les dépenses pour mon futur logement à Paris et de ma vie étudiante en général ».

Parfois, le prêt étudiant peut aussi servir de fonds pour réaliser des projets annexes, mais toujours liés à l’apprentissage et à la scolarité. Pour Emma, il a été contracté afin d’effectuer « neuf mois de renforcement en anglais à Dublin ».

Ont-ils trouvé ce prêt utile ?

Blandine estime que le prêt lui a « énormément servi », car elle avait « réellement besoin d’une avance », mais qu’elle aurait « pu prendre moins avec le recul ».

Estelle, pour sa part, considère que son prêt étudiant lui a « été utile, mais pas dans les périodes » auxquelles elle pensait. Elle affirme qu’elle aurait finalement pu se débrouiller sans pour son master, étant peu dépensière et ayant choisi de travailler à côté de ses études, mais que cet argent a plutôt représenté « une roue de secours » qui lui « enlevait tout de même un stress » lors des fins de mois difficiles par exemple.

Quant à Clarisse, elle n’aurait tout simplement « pas pu se débrouiller sans » puisqu’elle n’avait « pas les ressources financières » de suivre sa formation : le cas de figure est le même pour Delphine.

En revanche, Emma, elle, exprime pour sa part « un certain regret concernant ce prêt » et ne le referait pas si c’était à refaire : « j’étais jeune — 19 ans — et ne me rendais pas compte que cela pourrait m’impacter par la suite ». Cependant, l’ex-étudiante admet que l’argent obtenu lui a permis de vivre de belles années à l’étranger, enrichissantes sur de nombreux points.

Ont-ils rencontré des difficultés pour contracter leur prêt ?

« Aucune difficulté » pour Blandine : « J’ai simplement du prendre rendez-vous avec la conseillère de la banque partenaire de mon école. J’ai dû amener mon contrat d’alternance et des relevés de compte pour prouver mes revenus. J’ai ensuite patienté environ deux semaines, le temps que la banque valide mon dossier, puis j’ai eu accès aux fonds directement ». Pas de problèmes particuliers non plus pour Estelle, Delphine et Clarisse, dont la demande a été acceptée directement.

Emma, quant à elle, accompagnée de ses parents, a essuyé un premier refus de la part d’une banque avant d’en démarcher une autre qui a accepté.

Ont-ils utilisé l’argent de ce prêt à « bon escient » ?

Blandine a « plutôt utilisé cet argent à des fins personnelles : pour le logement et les transports, et pour quelques vacances et voyages ». C’est également le cas d’Estelle, qui a « considéré que le prêt permettait également de faire des dépenses annexes et de se faire plaisir (alimentaire, sorties, vêtements, etc.) pour souffler un peu au cours de ses études ».

La réponse diffère pour Clarisse, qui affirme que le prêt lui a « uniquement servi à payer les frais de scolarité ». Pareil pour Emma, mais aussi pour Delphine, qui a « confié tout l’argent » à ses parents pour assurer les frais de son école.

N’ont-ils pas eu peur du remboursement du prêt et ont-ils eu du mal à le faire ?

Pour Clarisse, rembourser cet argent n’a pas été source d’ennuis, car « les mensualités n’étaient pas élevées ». Par ailleurs, elle bénéficiait du soutien de ses parents et a rapidement trouvé un emploi.

Estelle, de son côté, avoue avoir « eu peur » de la phase de remboursement, notamment au regard du fait qu’elle voyait encore son avenir incertain et son confort financier non assuré. Aujourd’hui au chômage, elle dit rencontrer « des difficultés pour rembourser [son] prêt ».

Même si elle a trouvé rapidement un emploi, ce qui lui a permis d’assurer le remboursement de son prêt, Emma affirme pour sa part que cela la « bride » pour certains projets, notamment d’investissement immobilier.

Au final, quel avis portent-ils sur le prêt étudiant ?

Le positif :

  • Pour Emma : « bénéficier d’une expérience a l’étranger dont je me souviendrai a jamais »
  • Pour Blandine : « je ne vois que des points positifs dans l’accès à une avance de fonds pour financer des projets coûteux »
  • Pour Delphine : « démarche simple et rapide »
  • Pour Estelle : « me permettre de mieux gérer les moments où j’avais besoin de me concentrer uniquement sur les cours et examens pour mieux réussir mon diplôme. »
  • Pour Clarisse : « Je n’ai aucune critique à apporter au système de prêt étudiant. Je trouve que celui-ci, en plus d’avoir un taux avantageux, permet de suivre les études que l’on souhaite faire et pas uniquement celles qui rentrent dans notre budget. »

Le négatif :

  • Pour Delphine : « J’aurai aimé pouvoir rallonger la période où l’on ne paye que des petites mensualités, étant donné que j’étais toujours étudiante, mais la banque a refusé cette requête. Sans l’aide de mes parents, cela aurait pu provoquer de réels problèmes financiers ».
  • Pour Estelle : « cela implique de bien savoir gérer son budget, car une grosse somme arrive sur notre compte et l’argent peut très vite partir en “dépenses inutiles ». Je trouve qu’il a été une pression supplémentaire dans le sens où je me devais de trouver rapidement un travail pour pouvoir rembourser ce prêt en temps voulu. »
  • Pour Emma : « Il s’agit là d’une énorme responsabilité et je pense que le système de prêt étudiant ne nous met absolument pas en garde pour cela. »

Comment le système de prêt pourrait s’améliorer selon eux ?

Plusieurs souhaits et idées émergent de la part des jeunes interrogés. Delphine souhaiterait « pouvoir gérer les mensualités par mois de façon plus flexible », mais aussi « geler le remboursement pendant quelques temps » et « pouvoir étaler les remboursements sur beaucoup plus d’années ». Estelle, elle, affirme qu’elle aurait « aimé ne pas avoir à payer d’intérêts du tout pendant [ses] études.

Amandine Martinet

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