Parcoursup, il faut l’avouer, c’est toute une organisation du côté des candidats. Calendrier millimétré, organisation des projets d’orientation en vœux et sous-vœux, dossier de candidature certes unique, mais qui doit être dûment préparé… La lettre de motivation personnalisée peut venir pimenter le tout. Depuis la rentrée 2024, toutes les formations n’en demandent pas forcément une. On fait le point !
La lettre de motivation obligatoire pour plus de 70 % des formations
On n’y échappe pas si facilement ! La lettre de motivation (LDM) est encore demandée par une large majorité des formations sur Parcoursup. En mars 2024, Jérôme Teillard, alors chef de projet de Parcoursup pour le ministère de l’Enseignement supérieur, révélait à l’AFP que « dans les faits, 70 % des formations, qu’elles soient sélectives ou non, les ont conservées ».
Il rappelait également le rôle de ce document qui peut faire grincer des dents plus d’un étudiant : « L’écriture de la lettre de motivation est une réflexion sincère et synthétique pour le candidat. C’est un élément très important sur lequel les professeurs de l’enseignement supérieur s’appuient ».
L’examen de critères objectifs avant tout
Ce n’est plus un secret, une fois les vœux et dossiers Parcoursup envoyés, les formations ont recours à des algorithmes maison pour trier les candidatures qu’elles reçoivent. Ils n’ont pas vocation à tirer au sort les candidats, mais à établir un premier classement, en s’appuyant sur des critères objectifs, facilement lisibles, comme les résultats scolaires. Les lettres de motivation font partie des éléments dits qualitatifs. Les commissions d’examen des candidatures s’appuient dessus seulement en deuxième lieu.
Pour mieux comprendre l’utilisation des LDM dans l’examen des candidatures Parcoursup, Diplomeo a interrogé Nagui Bechichi, économiste-statisticien et co-fondateur de SupTracker - un outil gratuit qui rend lisibles les données open data issues de Parcoursup.
« Les formations classent principalement leurs candidats avec l’aide d’un algorithme “outil d’aide à la décision”. D’après nos observations des rapports de commission d’examen des vœux, 2 formations sur 3 (hors apprentissage) déclarent utiliser cet outil pour effectuer un pré-classement des candidats », explique-t-il. « Ce n’est qu’en second lieu que l’appréciation qualitative des dossiers peut être faite pour départager les candidats classés proches des seuils d’admission. »
Les lettres de motivation peuvent-elles alors bien faire la différence entre deux candidats ? La réponse est oui, mais principalement dans le cas où ces profils se disputent les dernières places de la liste d’appel de la formation. « Les lettres de motivation permettent de départager les candidats en ballotage une fois un pré-classement établi sur la base du dossier scolaire », appuie Nagui Bechichi.
La liste d’appel est issue du classement qu’effectuent les formations au moment d’examiner les candidatures. Elle définit l’ordre dans lequel les candidats sont contactés lors de la phase d’admission et le type de réponse qu’ils vont recevoir sur Parcoursup.
Les candidats les mieux classés reçoivent une proposition positive, tandis que ceux qui sont classés, mais trop bas par rapport au nombre de places disponibles, sont placés sur liste d’attente.
L’économiste identifie également une nouvelle limite aux lettres de motivation. En ligne de mire : l’aide à la rédaction avec l’IA générative : « Avec les outils d’IA générative, les lettres de motivation ont sans doute une capacité moins claire à identifier les candidats les plus motivés par la formation. »
Licences, PASS, CPGE : la motivation n'est pas centrale
Pour avoir une idée du poids des lettres de motivation dans l’examen des candidatures Parcoursup, Diplomeo s’est appuyé sur les données issues de la procédure 2025, accessibles sur Suptracker. La rubrique « Critères d’examen des candidatures » affiche l’importance moyenne de chaque élément du dossier candidat par filière. La LDM est comptée dans le critère « Motivation, connaissance de la formation, cohérence du projet ».
Les licences accordent une importance relativement faible aux lettres de motivation. Selon notre analyse, la part de la motivation dans l’ensemble des critères d’examen des candidatures oscille souvent entre 10 et 20 %, toutes mentions de licence confondues. Voici quelques exemples de mentions de licence passées au crible :
| Mentions de licence | Poids des résultats académiques dans l’examen des candidatures | Poids de la motivation |
| Droit | 62 % | 12 % |
| Psychologie | 67 % | 10 % |
| Économie et gestion | 62 % | 11 % |
| STAPS | 49 % | 7 % |
| LLCER | 52 % | 15 % |
| Information-communication | 46 % | 19 % |
Les licences rassemblent chaque année de nombreux vœux. On peut facilement conclure que les commissions d’examen des candidatures n’ont pas systématiquement la possibilité de lire l’ensemble des lettres de motivation et se concentreraient surtout sur celles de candidats qui sont au coude-à-coude pour grappiller les dernières places, par exemple.
Dans la filière Parcours d’accès spécifique (PASS) les résultats académiques comptent, en moyenne, pour 76 % de l’ensemble des critères d’examen des candidatures et la motivation, pour 6 %. Pour se lancer dans des études de santé, il vaut mieux compter sur d’excellents résultats scolaires.
Les outils d’IA générative peuvent aider à structurer une lettre de motivation ou à reformuler certaines phrases. En revanche, une lettre trop générique, trop lisse ou déconnectée de ton parcours peut rapidement perdre en crédibilité. Les formations cherchent avant tout à comprendre la cohérence de ton projet et ton intérêt réel pour le cursus. Utilise donc l’IA comme un appui… mais garde la main sur le fond.
Même son de cloche pour être admis en CPGE. Selon notre analyse, les LDM comptent généralement pour 10 à 15 % de l’ensemble des critères d’examen des candidatures. L’analyse des dossiers s’appuie majoritairement sur les notes obtenues au lycée.
| Filières de CPGE | Poids des résultats académiques dans l’examen des candidatures | Poids de la motivation |
| BCPST | 56 % | 11 % |
| B/L - Lettres et sciences sociales | 47 % | 13 % |
| PTSI | 53 % | 12 % |
| MPSI | 58 % | 10 % |
| ECG - Mathématiques appliquées + HGG | 49 % | 12 % |
| ECG - Mathématiques appliquées + ESH | 45 % | 14 % |
Pour Nagui Bechichi, l’utilisation relativement faible des lettres de motivation en CPGE s’expliquerait par le fait « qu’il s’agit de formations très sélectives, qui se basent principalement sur les dossiers scolaires. Dans ces formations, les LDM vont par exemple être utiles pour apprécier la qualité d’un dossier scolaire venant d’un candidat d’un lycée rarement représenté dans les candidatures. »
Ce qu'il faut retenir pour les CPGE, mais également pour les licences, c'est donc que la motivation ne compense pas un dossier scolaire faible. Elle sert surtout à contextualiser un parcours et départager des profils proches.
BTS et diplômes d’État : une motivation scrutée de près
Force est de constater que la lettre de motivation est un élément qu’il ne faut pas négliger pour candidater en BTS, à une formation qui prépare l’obtention d’un diplôme d’État ou à une formation en arts. Selon notre analyse, les spécialités de BTS hors agricoles et maritimes s’appuient généralement à hauteur de 20 % environ sur la lettre de motivation. Ce chiffre avoisine les 30 % pour les BTSA et BTSM.
| Spécialités de BTS | Poids de la motivation dans l’examen des candidatures Parcoursup |
| MCO | 18 % |
| NDRC | 19 % |
| Commerce international | 18 % |
| Gestion de la PME | 19 % |
| Comptabilité et gestion | 19 % |
| Cybersécurité | 20 % |
| Tourisme | 22 % |
| Économie sociale familiale | 21 % |
| Bâtiment | 23 % |
« Les formations à petits effectifs auront une capacité plus importante à départager les candidats selon les lettres de motivation. C’est pourquoi vous avez un pourcentage faible en licence, mais plus important en BTS », déchiffre le co-fondateur de Suptracker.
Les diplômes d’État (DE) s’appuient également beaucoup sur la lettre de motivation, comparés aux licences, par exemple. La motivation compte pour 22 % de l’ensemble des critères d’examen des candidatures pour le DE Infirmier, 34 % pour le DE Éducateur Spécialisé et 23 % pour le DE Technicien de Laboratoire Médical, par exemple.
Ce sont des formations qui rassemblent de petits effectifs donc moins de candidatures à traiter. En parallèle, elles proposent une spécialisation et nécessitent donc un vif intérêt pour la discipline, plus que pour des cursus plutôt généralistes.
Diplômes d’art : la lettre de motivation au cœur de la sélection
Comme on pouvait s’y attendre, les formations en rapport avec les arts font partie de celles qui s’appuient le plus sur la lettre de motivation.
Celle-ci compte pour environ 30 % de l’ensemble des critères d’examen des candidatures et peut en représenter plus de 50%. Il en est de même pour les cursus axés sur le sport et l’animation (BPJEPS, DEUST, etc.).
| Cursus en art | Poids des résultats académiques dans l’examen des candidatures | Poids de la motivation |
| DNA | 4 % | 35 % |
| Formation des écoles supérieures d’art Bac+3 | 5 % | 55 % |
| Formation des écoles supérieures d’art Bac+5 | 5 % | 23 % |
| Architecture | 44 % | 27 % |
BUT, écoles de commerce, écoles d’ingénieurs, DCG : un poids intermédiaire pour la motivation
Dans les autres formations proposées sur Parcoursup, la lettre de motivation occupe une place plus nuancée. Ni totalement accessoire, ni véritable critère maître du classement, elle s’inscrit le plus souvent comme un élément complémentaire dans l’examen des candidatures.
Parcoursup 2026 : quels sont les attendus des BUT pour être accepté ?
Du côté des BUT, la motivation pèse en moyenne autour de 15 % des critères d’examen, selon la spécialité. Les résultats académiques restent prioritaires, mais la lettre de motivation peut permettre d’évaluer la cohérence du projet, la compréhension des débouchés ou l’intérêt pour l’approche professionnalisante de la formation.
Même logique pour le Diplôme de Comptabilité et de Gestion (DCG), où la motivation représente environ 19 % des critères d’examen. Ici, la lettre sert surtout à apprécier la projection dans le métier, la capacité à s’engager dans un cursus exigeant et la maturité du projet professionnel.
Dans les écoles de commerce et de management, la place de la lettre de motivation varie selon le niveau de formation. Pour un cursus de niveau bac+3, la motivation peut représenter, en moyenne, jusqu’à 24 % des critères, ce qui en fait un élément loin d’être anecdotique. Pour un cursus plus long, avec un niveau de sortie bac+5, son poids tend à diminuer, au profit du parcours académique et des résultats scolaires. La lettre permet toutefois d’éclairer un dossier atypique ou un parcours moins linéaire.
| Formations Parcoursup | Poids des résultats académiques dans l’examen des candidatures | Poids de la motivation |
| BUT Techniques de commercialisation | 46 % | 15 % |
| BUT Gestion des entreprises et des administrations | 47 % | 15 % |
| BUT Informatique | 61 % | 14 % |
| Diplôme de Comptabilité et de Gestion | 37 % | 19 % |
| Formation des écoles de commerce et de management Bac+3 | 33 % | 21 % |
| Formation des écoles de commerce et de management Bac+5 | 22 % | 15 % |
| Formation d’ingénieurs Bac+5 | 53 % | 10 % |
Enfin, dans les formations d’ingénieurs, la motivation est généralement cantonnée à environ 10 % des critères d’examen. Les notes en mathématiques et en sciences restent déterminantes, mais la lettre peut jouer un rôle à la marge, notamment pour apprécier l’adéquation entre le projet du candidat et les spécificités de l’école ou de la spécialité visée.
Du côté des candidats, une chose est sûre : quand la lettre de motivation est demandée sur Parcoursup, elle mérite d’être prise au sérieux. Les chiffres le montrent : elle n’est presque jamais le critère principal, elle ne sauvera pas un dossier fragile, mais elle peut faire la différence entre deux profils très proches. Autrement dit, miser uniquement sur ses notes n’est pas toujours la meilleure stratégie. Dans un contexte de candidatures massives, une lettre de motivation claire, sincère et bien ciblée reste un levier pour se démarquer, surtout lorsqu’il s’agit de convaincre que son projet tient la route.






