Quelles différences entre une école de commerce et un IAE ?

La bataille fait rage depuis quelques années déjà. Quelle est la réelle différence entre les grandes écoles de commerce et les Instituts d'Administration des Entreprises, leur double en version universitaire ? Qu'est-ce qui distingue vraiment ces deux types d'établissements et lequel sera le plus adapté à vos attentes ? On vous aide à y voir plus clair.

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Point par point, afin de mener à bien ce match de l’enseignement supérieur, il s’agit de se concentrer sur les caractéristiques des écoles de commerce en comparaison avec les Instituts d’Administration des Entreprises. 

Qu’est-ce qu’une école de commerce et qu’est-ce qu’un IAE ?

Avant de commencer notre comparaison entre ces deux établissements de l’enseignement supérieur, attachons-nous à définir la nature de chacun d’entre eux.

Les écoles de commerce peuvent aussi être appelées business school ou encore écoles de management : il en existe environ 200 en France. Il s’agit d’établissements privés pour leur immense majorité, ayant une gestion financière autonome et ne dépendant par l’État pour leur financement. Même si la date exacte de création des premières écoles de commerce est difficile à définir, on considère que l’on peut les situer à la fin des années 1700. En 2014, l’INSEE comptait 134 300 élèves en écoles de commerce et de gestion.

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Les IAE ont un statut tout à fait différent des écoles de commerce puisqu’ils constituent une composante des universités et sont donc publics. Ces établissements ont vu le jour dans les années 1950 sous l’impulsion de Gaston Berger, alors Directeur des Enseignements Supérieurs au Ministère de l’Éducation. Il existe aujourd’hui 35 IAE implantés sur toute la France et rassemblés en un réseau national, qui compte 50 000 étudiants et 500 000 diplômés à travers le monde.

Quelle offre de formation ?

Les écoles de commerce et les IAE proposent des cursus qui se distinguent : focus sur les possibilités offertes par chaque type d’établissement.

Elles proposent des cursus diplômants accessibles aux étudiants à plusieurs niveaux : en post-bac, en post-prépa ou encore en admissions parallèles. Pour tous les niveaux, l’accès se fait généralement par concours commun. Les diplômes dispensés en école de commerce sont les suivants :

  • Le bachelor, accessible en post-bac et durant trois ou quatre ans
  • Le Programme Grande École, accessible après une prépa ou en admission parallèle, et permettant de valider un bac+5
  • Le Mastère Spécialisé, accessible après un bac+4 ou bac+5 et durant au minimum un an
  • Le Master of Science (MSc), accessible après un bac+3 ou bac+4, internationalisant et durant un ou deux ans
  • Le Master of Business Administration (MBA), destinés aux professionnels déjà en activité ou aux titulaires d’un bac+4/5 sous certaines conditions

Les étudiants y bénéficient d’un enseignement pluridisciplinaire, axé principalement sur des matières telles que le marketing, le management, la communication, les ressources humaines ou encore la finance.

Les diplômes proposés en Instituts d’Administration des Entreprises ne sont pas les mêmes puisqu’ils sont les mêmes qu’à l’université :

  • La licence, accessible en post-bac et durant trois ans
  • Le master, accessible au niveau bac+3 et durant deux ans
  • Le doctorat

Par ailleurs, certains établissements ont ajouté à cela des diplômes de haut niveau, les MSc, pour compléter cette offre de formations diplômantes. Quant aux domaines étudiés, ils se rapprochent sensiblement de ceux des écoles de commerce : la gestion, le management, le marketing, la communication, la finance… On pourrait s’y méprendre !

Quel budget pour quelle mixité sociale ?

Voilà l’une des principales différences entre les écoles de commerce et les Instituts d’Administration des Entreprises : le coût !

C’est là que le bât blesse : un cursus en école de commerce n’est pas à la portée de toutes les bourses. En effet, ces établissements étant privés, ils tirent une bonne partie de leurs ressources dans les frais de scolarité de chaque cursus. Pour une année d’études, vous devrez compter en moyenne plus de 10 000 €. Au total, si vous suivez un cursus de trois ans en école de commerce, vous devrez donner de votre poche en moyenne environ 35 000 €. Des prix exorbitants qui ne sont pas en voie de baisser comme l’a indiqué un rapport de l’Institut Montaigne en 2014 : en vingt ans, le montant a été multiplié par 2,5…

Voilà l’atout indéniable d’un Institut d’administration des Entreprises. Comme ces écoles dépendent de l’université, soit un établissement public de l’enseignement supérieur subventionné par l’État, leurs frais de scolarité y sont conformes. Ainsi, une année de licence va vous coûter 184 € et une année de master 265 €. En revanche, il faut souligner que le coût d’un mastère spécialisé va être plus élevé, aux alentours de 5000 €, mais cela reste tout de même bien en deçà du même diplôme en école privée, qui vous reviendra à 9000 € en moyenne. Il existe donc une vraie différence de prix entre les deux types d’établissements, qui constitue un des facteurs principaux de transition des IAE d’outsider à challenger des écoles de commerce.

Ainsi, les IAE cherchent à se démarquer des écoles de commerce par leur ouverture sociale, qu’ils revendiquent, à l’image de la directrice de l’IAE d’Aix-Marseille : « Il suffit de regarder les voitures sur les parkings des IAE et des écoles pour voir la différence des publics ». Aussi, les Instituts d’Administration des Entreprises bénéficient d’une image moins élitiste que les écoles de commerce, et intègrent 30 % de boursier contre 6 %, à l’ESSEC par exemple. Dans cette même volonté de mixité sociale, on peut souligner l’apprentissage, forme de scolarité très développée au sein de IAE : sur les 50 000 élèves du réseau, 8000 sont en apprentissage, ce qui permet d’exonérer des frais de scolarité et permettre au plus grand nombre d’avoir un accès aux études. Cependant, il faut souligner tout de même les efforts récents des grandes écoles pour favoriser l’apprentissage et ainsi lutter contre l’uniformité sociale : la présidente de la CGE a affirmé en avril 2018 l’objectif de « 25 % de diplômés des Grandes écoles par voie de l’apprentissage à l’horizon 2025 », contre 15 % aujourd’hui.

Quel corps professoral pour quels types de cours ?

Vous n’aurez pas exactement le même type d’enseignants et d’enseignements selon si vous étudiez en école de commerce ou en IAE.

L’enseignement en école de commerce est généralement apprécié et réputé pour être très formateur et professionnalisant. En effet, même si le côté recherche est présent grâce à des enseignants-chercheurs titulaires d’un doctorat la plupart du temps, vous pourrez aussi bénéficier de la pédagogie d’intervenants professionnels, occupant souvent des postes à hautes responsabilités et venant faire part de leur expérience en cours. D’autre part, vous pourrez recevoir l’intervention d’enseignants étrangers ou encore d’enseignants vacataires.

En IAE, même si la formation, nous l’avons vu, est beaucoup moins chère qu’en école de commerce, cela ne signifie pas qu’elle est d’une moindre qualité. Loin d’être uniquement théorique comme il est souvent reproché à l’université, elle reste professionnalisante et très bien connectée au monde de l’entreprise, et prépare ainsi des étudiants opérationnels pour entrer sur le marché du travail dès la fin de leurs études. Le point fort des IAE est leur lien très fort avec l’univers de la recherche grâce à la proximité avec l’université. La plupart des enseignants étant issus de l’université, ils apportent avec eux une véritable formation intellectuelle et tournée vers la recherche.

Quelle ouverture à l’international ?

Longtemps, les écoles de commerce ont cavalé en tête sur cet aspect. Mais leurs concurrents pourraient bien rattraper petit à petit du terrain.

« Les IAE nous font rigoler quand ils disent qu’ils s’ouvrent à l’international. Nous, ça fait 30 ans !". Ces mots d’Alice Guilhon, directrice de Skema, mettent l’accent sur un des points forts principaux des écoles de commerce : leur côté internationalisant. En effet, les accords et échanges avec des pays étrangers sont très nombreux et permettent une mobilité étudiante très importante. À l’EM Strasbourg par exemple, plus de 200 accord existent entre l’école et d’autres pays à travers le monde, 26 destinations Erasmus sont proposées aux élèves et chaque année, ce sont environ 950 étudiants sur un effectif total de 3300 qui sont étrangers. À Skema, qui a fait du multicampus à l’international sa spécialité, il est même possible d’effectuer tout son cursus sans passer par la case France !

Même s’il est certain que les Instituts d’Administration des Entreprises accusent un certain retard vis-à-vis de leurs concurrentes et que peu d’entre eux bénéficient d’une véritable notoriété hors des frontières hexagonales, certains bons élèves font remonter les statistiques et encouragent les autres établissements à leur emboîter le pas. C’est notamment le cas de l’IAE Aix qui affiche le joli score de 30 % de diplômés à l’étranger. Autre exemple, en septembre 2017, le réseau IAE France a envoyé une promotion de 30 élèves dans la prestigieuse université montréalaise McGill pour un semestre d’études. Un partenariat annonciateur, sans doute, d’autres initiatives de ce genre.

Quelle insertion professionnelle ?

Un point important reste celui de votre avenir pro : quel établissement vous donnera le plus de chances d’accéder au monde du travail ?

Les formations dispensées en école de commerce sont particulièrement prisées des étudiants, car elles permettent une insertion professionnelle très intéressante : 86,5 % des diplômés trouvent un emploi dans les six mois suivant leur sortie, selon une enquête de la Conférence des Grandes Écoles en 2017.

Cependant, les IAE ne sont pas en reste puisque même si les disparités sont importantes entre les établissements, plusieurs d’entre peuvent se targuer d’égaler voire dépasser le taux d’insertion des écoles de commerce : c’est notamment le cas de l’IAE de Grenoble, avec 85 % de diplômés en poste au bout de huit mois. À Lyon, les chiffres sont encore plus parlants. 88 % des diplômés de l’IAE ont trouvé un emploi trois mois après l’obtention de leur diplôme !

Voilà donc un aperçu des différences entre les Instituts d’Administration des Entreprises et les écoles de commerce, deux adversaires qui pourraient faire office d’un David contre Goliath de l’enseignement supérieur. Toujours est-il que la « version universitaire » des grandes écoles rencontre un succès grandissant auprès des étudiants : selon le directeur de l’IAE Paris, Jean-Pierre Helfer, « en trois ans, le nombre de candidats a doublé », jusqu’à devoir dédoubler certains masters pour répondre à la demande… Jusqu’à détrôner leurs consœurs rivales ?

Amandine Martinet