Se réorienter après une école d’ingénieurs : les passerelles qui existent

Changer de voie après le diplôme d’ingénieur, c’est possible. Conseil, management, design, IEP, entrepreneuriat : découvre toutes les passerelles concrètes qui s’ouvrent à toi.
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Cinq ans ou moins à modéliser des systèmes, à tenir des soutenances, à rendre des livrables, et quelque part dans ce parcours, une question s’est glissée : est-ce que je me vois vraiment faire ça toute ma vie ? Peut-être même que tu réalises, malgré ton temps passé dans le cursus, que tu ne sais pas vraiment ce que c’est que d’être ingénieur. Ce doute ne signifie pas que tous ces semestres d’études sont perdus. Il signifie plutôt que tu te poses les bonnes questions au bon moment.

Le diplôme d’ingénieur n’est pas seulement une destination, il peut aussi être un tremplin vers d’autres horizons. Et les passerelles vers autre chose sont bien plus nombreuses qu’on ne le dit dans les amphis. On fait le point !

Tu cherches une formation pour changer de voie ? 🤔

Ce que ton diplôme d’ingénieur t’a vraiment appris

Avant de regarder où aller, il faut checker ce que tu emportes avec toi, un peu à la manière d’un What’s in my bag (le format vidéo où des personnalités vident leur sac devant la caméra, objet par objet, pour montrer ce qu’ils trimballent au quotidien). Et là, la liste de tes bagages est longue et souvent sous-estimée.

Cinq (avec prépa intégrée) ou trois ans (sans prépa intégrée) d’école d’ingénieurs forment une façon de penser avant de former un technicien. Résolution de problèmes complexes, modélisation, gestion de projet, rigueur analytique, capacité d’abstraction, anglais professionnel, travail en équipe sur des livrables concrets… ces compétences ne sont pas réservées aux bureaux d’études. Elles sont aussi recherchées dans le conseil, la finance, le management et l’entrepreneuriat, pour ne citer que ces secteurs.

Anne-Ségolène Abscheidt, directrice générale de l’IPSA, le formule clairement : « On retrouve des ingénieurs partout : dans le business, en politique, à la tête d’écoles, dans l’aéronautique, l’énergie… Parce qu’on leur a appris à déconstruire n’importe quel problème pour trouver des solutions. »

Se réorienter après une école d’ingénieurs, ce n’est donc pas repartir de zéro. C’est choisir un autre terrain pour jouer avec les mêmes atouts et les coupler à d’autres domaines.

Bientôt ou déjà diplômé, mais pas sûr de ta prochaine étape ? 👇

Et si le doute arrive avant la fin du cursus ?

Le cas mérite qu’on en parle séparément, parce que les options ne sont pas les mêmes selon l’étape où tu te trouves.

En prépa intégrée, si tu réalises que l’ingénierie n’est pas ta voie, tu peux te réorienter vers une licence universitaire (et pas forcément en première année), un BUT (idem) en IUT (Institut universitaire de technologie), une licence professionnelle en un an après un bac+2, ou un bachelor d’école (là non plus, pas uniquement en première année), par exemple. En principe, chaque semestre de prépa intégrée validé t’apporte des crédits ECTS, comme à l’université et en grande école de n’importe quel domaine : 30 crédits ECTS par semestre, soit 60 par année.

Une prépa intégrée peut donc être reconnue de niveau équivalent à un bac+1 (après une première année validée) ou à un bac+2 (si tu valides le cursus complet) dans certains établissements de formation. Les conditions varient selon les formations visées, alors renseigne-toi directement auprès de chaque établissement. Le tout dépend aussi de si ta nouvelle formation est en lien avec certaines matières que tu as suivies précédemment. Dans le cas où les disciplines n’ont rien à voir (oui, tu as aussi le droit d’opter pour un domaine d’études totalement différent), reprendre du début peut t’être bénéfique.

Après une première année de cycle ingénieur, de niveau bac+3, d’autres portes s’ouvrent. Tu peux tenter l’entrée en master universitaire et dans d’autres cursus de niveau bac+5, en école notamment.

Les conventions entre ton école d’ingés et les universités partenaires peuvent aussi te simplifier la démarche. N’hésite pas à parler de ton projet de réorientation à ton école. Elle sera aussi à même de savoir exactement ce qui est possible depuis ta formation, en lien avec les partenariats signés, par exemple.

Tu veux changer de cap en cours d’année ? 🧭

Les passerelles qui s’ouvrent avec le diplôme en poche

Le diplôme d’ingénieur, validé par la CTI (Commision des titres d’ingénieurs) est répertorié au niveau 7 (bac+5), reconnu par l’État et valorisé bien au-delà du secteur technique. Cela veut dire que tu postules à des formations et des postes qui requièrent ce niveau sans avoir à justifier d’autre chose. Les portes qui s’ouvrent vont du consulting au management, de l’entrepreneuriat aux sciences humaines… à toi de choisir celle qui correspond à l’endroit où tu veux aller.

Cap sur une business school : plonge dans le conseil, la finance ou le management

Le consulting stratégique et la finance comptent parmi les secteurs qui recrutent activement des diplômés d’écoles d’ingénieurs. Les grands cabinets et les banques d’affaires valorisent la rigueur analytique et la capacité à structurer un problème, soit exactement ce qu’une école d’ingénieurs développe.

Le profil type qui mixe les deux mondes ? Le quant : l’analyste quantitatif en finance de marché, qui modélise les risques et les stratégies d’investissement avec les mêmes outils qu’en ingénierie. Certains profils choisissent d’ajouter un MSc (Master of Science, en un ou deux ans) Finance, obtenu en business school pour se spécialiser et mieux se positionner sur le marché du travail.

Si tu n’es pas encore en bout de cursus, certaines écoles d’ingénieurs proposent des doubles diplômes avec une grande école de commerce ou un master universitaire en finance. L’INSA Rennes, par exemple, propose un double diplôme ingénieur-manager avec Audencia Nantes School of Management ou encore Rennes School of Business. C’est là une façon d’ouvrir le champ des possibles sans attendre la sortie d’école.

Tu es encore en école d’ingénieurs ? 🏢

Après ton bac+5 en ingénierie, plusieurs cursus d’école de commerce te tendent les bras :

  • Le MBA : une formation généraliste en management, conçue initialement pour des profils qui ont déjà une expérience pro (souvent 3-5 ans minimum) ou des diplômés de niveau bac+4/5 minimum. En un an ou deux, il prépare à prendre des responsabilités de direction ou à évoluer à l’international dans le monde des affaires.
  • Le MSc Management / Finance / etc. : il s’agit d’un bac+5 spécialisé, accessible après un niveau d’études minimum bac+3. Plus académique que le MBA, il convient à ceux qui veulent acquérir une double compétence sans passer par le monde du travail d’abord. En un à trois ans, c’est un peu le versant du master en université pour les grandes écoles de commerce.
  • Mastère spécialisé : titre labellisé par la Conférence des Grandes Écoles, le MS est accessible directement avec un diplôme d’ingénieur reconnu par la CTI. La formation dure un an et se veut très professionnalisante. Chaque MS répond à un besoin identifié par les entreprises elles-mêmes : cybersécurité, supply chain, finance de marché, marketing du luxe… Le diplôme est reconnu au niveau bac+6, mais principalement en France. Si tu vises une carrière à l’international, le MSc ou le MBA est plus adapté.

Avec un bac+5 en poche, tu peux aussi accéder directement à certains MSc sans repasser par la première année du programme. Tout dépend de ton dossier et de la politique de l’école. Certaines intègrent les profils ingénieurs diplômé (bac+5) ou les profils de niveau bac+4 (si tu arrêtes en deuxième année de cycle ingénieur) d’emblée en MSc 2, lequel s’effectue en un an seulement.

C’est quoi un mastère ? 💡
Le terme mastère (sans le terme spécialisé) désigne une formation bac+5 proposée par de nombreuses écoles privées spécialisées : écoles de commerce, écoles de communication, écoles de design, etc. Attention : l’intitulé seul ne garantit rien. Ce qui compte, c’est que la formation débouche sur un titre RNCP actif de niveau 7 (bac+5), enregistré au Répertoire National des Certifications Professionnelles. Avant de candidater, vérifie toujours le statut de la fiche RNCP sur le site France Compétences, après avoir récupéré le code RNCP de la certification sur laquelle dit déboucher la formation que tu vises.

Ouvre la porte d’un master universitaire

Droit, sciences humaines, psychologie, économie, sciences politiques, urbanisme : les universités proposent des admissions en M1 (en candidatant via Mon Master) ou M2 (dans ce cas là, tu candidates hors Mon Master, directement auprès de l’université) pour des profils venant d’autres horizons, à condition d’avoir au moins un bac+3 en poche. Ce que tu as, et au-delà si tu as terminé ton cursus en école d’ingénieurs.

Si tu es encore en école d’ingés, certaines universités partenaires peuvent proposer des passerelles qui facilitent le passage de ton établissement actuel à ton nouveau master. Renseigne-toi auprès de ton école !

Vise une école spécialisée dans ton nouveau domaine

Informatique, design, communication, jeu vidéo, architecture intérieure, mode, journalisme : les écoles spécialisées privées recrutent sur dossier et entretien, et les profils ingénieurs y sont généralement bien accueillis. Pas par charité ! Un étudiant capable de modéliser des systèmes complexes, de travailler en mode projet et de tenir un rythme soutenu, c’est exactement le profil qui rassure un jury d’admission sur la capacité à suivre, peu importe le domaine visé.

Comment choisir son école spécialisée ? 💡
Avant de candidater, vérifie que la formation délivre bien un titre RNCP actif de niveau 7. C’est la garantie que le diplôme est reconnu par l’État. La fiche associée au code RNCP (composé de chiffres ou composé du préfixe RNCP suivi de chiffres, accessible sur la page de présentation du programme, en principe) de la formation que tu vises est consultable gratuitement sur le site France Compétences, avec la liste des établissements autorisés à le délivrer, en bas. Un titre non enregistré ou en cours de renouvellement peut poser problème pour la suite de ton parcours académique ou sur le marché du travail.

Le croisement ingénierie + design est d’ailleurs de plus en plus recherché. Il existe aujourd’hui des doubles diplômes et des mastères spécialisés qui formalisent cette hybridation, comme le master prospective design (PRODE) de l’école des Mines de Saint-Étienne, le double diplôme ingénieur informatique/designer de CY Tech et CY école de design, ou encore le M2 ingénierie du design industriel de l’université Paris-Saclay. Mais si ton projet est une reconversion franche vers un domaine créatif ou tech, une formation spécialisée de niveau 7 suffit largement à amorcer le virage.

Tu sais dans quel domaine tu veux te reconvertir ? 📍

Franchis les portes des IEP et de Sciences Po

Les IEP (Instituts d’études politiques) proposent des masters en affaires publiques, relations internationales ou management des organisations. Le profil hybride qui cartonne dans ce domaine ? Le policy advisor (consultant en politiques publiques) ou chargé de mission dans une institution publique ou une ONG sur des sujets comme la transition énergétique, le numérique ou encore l’industrie, où la double culture technique et politique est un avantage décisif.

Ingénieur ou designer 🔎
Quelle profession me convient ?

Bonne nouvelle : les IEP prévoient des admissions à plusieurs niveaux du cursus et pas seulement en première année, après le bac. La plupart ouvrent des places en 4e année (première année de master) sur dossier et entretien, comme Sciences Po Lyon, par exemple. Quelques masters sont aussi accessibles en 5e année (dernière année), sur dossier et entretien de motivation. Certains établissements peuvent également organiser des épreuves écrites. Vérifie directement sur le site de chaque établissement.

Si tu es encore en école d’ingénieurs, Sciences Po Paris propose des doubles diplômes avec plusieurs grandes écoles d’ingénieurs françaises. C’est un cursus exigeant, mais qui ouvre des débouchés très larges dans les institutions, le conseil en politiques publiques ou les organisations internationales.

Tu sais où tu veux aller, mais pas encore comment ? 👇

Lance ton projet entrepreneurial

Le diplôme d’ingénieur est l’un des tremplins les plus solides pour créer une activité. La plupart des grandes écoles disposent d’un incubateur ou d’un réseau d’anciens actif, et l’écosystème startup est particulièrement accessible pour les profils tech. Le profil type ? Le CTO-fondateur, celui qui construit le produit ET pilote la boîte. Aucune formation supplémentaire n’est requise, mais un bilan de compétences ou un programme d’accompagnement à l’entrepreneuriat peut aider à structurer le projet avant de se lancer.

Pour aller plus loin 🔎
Qu’est-ce qu’un incubateur ?

Tu es encore en école d’ingénieurs ? Certaines écoles proposent des années de césure ou des statuts étudiant-entrepreneur (dispositif national PEPITE) qui te permettent de lancer un projet tout en gardant ton statut étudiant.

Prêt à construire ton projet de réorientation ? 🚀

Sortir d’une école d’ingénieurs avec l’envie de faire autre chose, ce n’est pas gâcher cinq ans d’études : c’est mettre une formation d’exception au service d’un projet qui te ressemble vraiment. Comme le résume la directrice de l’IPSA, « cinq années de formation d’ingénieur, ça vous enseigne comment appréhender le monde et surtout comment le transformer. » Cette capacité ne disparaît pas parce que tu changes de secteur. Les passerelles existent, elles sont nombreuses, et les profils ingénieurs y sont souvent accueillis avec intérêt. Prends le temps de définir ce que tu veux construire, mobilise les outils disponibles pour t’y aider et passe à l’action !

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