Tu as terminé ta licence et tu veux savoir vers quel bac+5 te tourner, sans que ce soit forcément lié aux langues, à la traduction ou à l’enseignement ? Ou tu envisages de changer de cap en cours de route pour ouvrir tes horizons ? Tu as passé trois ans à disséquer l’œuvre de Shakespeare, décrypter la politique américaine et traduire des textes que la plupart de tes proches n’auraient jamais ouverts, et maintenant, tu te demandes si tout ça t’ouvre vraiment des portes ailleurs.
On a une bonne nouvelle pour toi : une licence mention Langues, Littératures et Civilisations Étrangères et Régionales (LLCER) compte parmi les diplômes universitaires les plus polyvalents qui soient. Analyse critique, communication bilingue, production de contenus, rigueur documentaire : ce que tu as développé en LLCER anglais intéresse, et ce, bien au-delà du monde de l’enseignement auquel tu pensais être exclusivement destiné. On t’explique comment faire valoir concrètement tout ce que tu as appris pour bifurquer vers un autre domaine.
Les compétences que tu emportes avec toi
Avant d’explorer les nouvelles voies qui s’offrent à toi, pose-toi une seconde sur ce que tu maîtrises réellement. Si l’on se réfère au référentiel de ta licence (la maquette pédagogique et le programme de ton université, ou la fiche RNCP disponible sur France Compétences qui recense les mêmes éléments à l’échelle nationale pour toutes les licences LLCER), on repère plusieurs familles de compétences, et plusieurs d’entre elles sont directement monnayables dans des secteurs qui n’ont rien à voir avec les lettres.
Tu sais argumenter à l’écrit comme à l’oral, en français et en anglais. Tu sais analyser un document complexe, le remettre dans son contexte et en extraire l’essentiel. Tu as appris à produire des contenus web, à effectuer une veille ou encore à utiliser les outils numériques de façon critique. Tu travailles aussi en autonomie et en équipe, tu es capable de respecter des délais et de rendre des comptes.
Ce que ça veut dire concrètement : un profil issu d’un parcours en LLCER anglais est facilement transposable, aux yeux des recruteurs des formations et de ceux du monde pro, dans la communication, le commerce international, les médias, les ressources humaines ou la traduction spécialisée. Le virage n’est pas un saut dans le vide, mais plutôt une réorientation des mêmes compétences vers un contexte différent.
Tu n’as pas encore terminé ta licence ? Bascule vers la LEA
Si tu es encore en L1 ou L2 LLCER anglais et que tu ne te sens finalement pas à ta place, il existe une bifurcation universitaire très empruntée par tes pairs : la licence LEA (Langues Étrangères Appliquées), la grande cousine de la LLCER.
La licence LEA : des langues au service du business
La différence clé d’une licence à l’autre ? Tu l’as peut-être déjà croisée au moment de choisir sur Parcoursup entre LEA et LLCER : là où la LLCER fait de toi un spécialiste d’une langue et de tout ce qui gravite autour (littérature, civilisation, histoire, politique, linguistique…), la LEA combine la maîtrise de deux langues étrangères (dont l’anglais) et des domaines directement actionnables en entreprise comme le droit, l’économie ou encore le commerce international. Résultat : elle ouvre à des débouchés professionnels beaucoup plus larges tout en gardant les langues au cœur du programme.
Poursuis en master LEA : commerce, culture ou traduction, à toi de choisir
Si tu veux aller jusqu’au niveau master, plusieurs parcours de masters labellisés LEA t’attendent selon les universités : traduction spécialisée, marketing multilingue, affaires internationales et négociation, médiation culturelle…
L’Université de Strasbourg propose par exemple un parcours Communication Web Multilingue (CAWEB), entièrement axé sur la production de contenus numériques en plusieurs langues, soit un débouché direct pour qui a développé des compétences de rédaction et de veille. La Sorbonne Nouvelle (Paris 3) décline sa mention en trois spécialisations en master : Commerce trilingue durable et numérique, Management trilingue des projets culturels, et Traduction trilingue juridique et financière. L’Université de Lille propose quant à elle un parcours Affaires et négociation internationales.
Pour passer de la LLCER à la LEA, deux options : exprimer ton vœu de réorientation en fin de L1 ou L2 à ton université (certaines proposent des passerelles internes), ou candidater en L2 ou L3 LEA dans un autre établissement via les procédures d’admission parallèle, notamment via eCandidat, propres à chaque fac. Renseigne-toi directement auprès des secrétariats pédagogiques des universités que tu vises. Tu peux aussi contacter le ou la responsable de la licence que tu penses intégrer pour lui poser davantage de questions. Tu trouveras souvent son adresse mail sur la fiche de présentation de la formation.
Bifurque vers le commerce et le management international
Tu ne veux pas forcément rester dans l’univers des langues, mais tu sens que ta maîtrise de l’anglais et ton ouverture sur le monde peuvent te porter ailleurs, vers le business, le commerce et l’international. Bonne intuition : c’est l’une des passerelles rendues tout à fait possibles depuis une LLCER anglais et elle se décline selon deux grandes voies.
Les masters universitaires : soigne ton dossier
Du côté des masters, la mention Management et Commerce International est majoritairement fléchée vers les profils issus de licences éco, gestion ou AES, c’est-à-dire des candidats qui arrivent déjà avec des bases en droit commercial, comptabilité ou stratégie d’entreprise. Depuis une LLCER anglais, ton dossier est recevable, mais il devra compenser l’absence de ces bases par un argumentaire solide : mets en avant ta maîtrise de l’anglais à un niveau expert, toute expérience en lien avec le monde des affaires (stage, job étudiant, séjour à l’étranger en contexte pro), et construis une lettre de motivation qui montre une appétence sincère pour le commerce international, et pas seulement pour les langues.
Sur Mon Master, pense à bien vérifier les prérequis affichés par chaque formation avant de candidater pour bien construire ton dossier. Cherche les parcours qui correspondent à ton projet directement sur Mon Master en filtrant par mention et par ville. Certains parcours exigent aussi un niveau B2 dans une deuxième langue étrangère en plus de l’anglais : si tu as maintenu une LV2 sérieuse pendant ta licence, mets-la en avant dès ton dossier.
Rends-toi sur le site officiel Mon Master, puis utilise le filtre « Mon dernier diplôme » et sélectionne DNL – LLCER. Tu obtiens directement la liste des formations ouvertes à la rentrée 2026 qui déclarent accepter les titulaires d’une licence LLCER, sans avoir à éplucher les pages de chaque université une par une.
Les écoles de commerce : joue la carte des admissions parallèles
Deux grands concours mutualisés (ils rassemblent plusieurs écoles) permettent d’intégrer un programme grande école (PGE en trois ans, débouchant sur un bac+5) en cours de licence ou à l’issue de celle-ci. Si tu es en L2 (bac+2), le concours Passerelle 1 te permet d’intégrer le PGE en première année (année de pré-master, débouchant sur un bac+3).
Si tu es titulaire de ta licence (bac+3), c’est vers le concours Passerelle 2 que tu dois te tourner. Il s’adresse aux profils de niveau bac+3 et te fait entrer directement en deuxième année (première année de cycle master du PGE). Les trois écoles membres sont BSB (Burgundy School of Business), EM Normandie et IMT Business School, avec 1 900 places ouvertes au niveau bac+3 en 2026.
Comment décrocher ta place grâce aux admissions parallèles ?
Même logique pour le concours ACCÈS : accessible depuis un bac+2 ou un bac+3, il donne accès à l’IESEG, l’ESSCA et l’ESDES (1 390 places en 2026) sur dossier, entretien de motivation et oral d’anglais, ce dernier comptant pour beaucoup dans la décision finale. Pour un profil LLCER anglais, c’est un avantage : là où d’autres candidats préparent l’épreuve, toi tu l’as pratiquée pendant trois ans !
Au-delà de ces concours communs, plusieurs écoles recrutent aussi sans passer par une banque d’épreuves mutualisées. C’est le cas de l’EDHEC Business School, de Grenoble École de Management, d’Audencia, de SKEMA Business School ou de Toulouse Business School, par exemple, qui organisent leurs propres admissions parallèles pour les titulaires d’un bac+2 ou d’un bac+3. HEC Paris et l’ESSEC proposent également cette voie. Chaque école fixe ses propres épreuves. Souvent, il faut compter sur un test d’aptitude (TAGE MAGE), un test d’anglais et un oral de motivation. Chaque école a ses propres calendriers d’inscription : renseigne-toi directement sur leur site avant de constituer ton dossier.
Plonge dans la communication et les médias
La communication est l’un des débouchés les mieux documentés de la licence LLCER anglais : plusieurs maquettes pédagogiques citent explicitement les métiers de chargé de communication, community manager et rédacteur parmi les postes accessibles après ton diplôme. La production de contenus web, la veille et l’expression écrite bilingue sont donc des compétences à mettre en avant et à cultiver.
Si tu es encore en cours de licence et que tu te sens plus attiré par les médias et la communication que par les langues en elles-mêmes, sache qu’une réorientation en licence information-communication est possible en L2 ou la L3, via les procédures de réorientation internes dans ton université ou via eCandidat dans un autre établissement. C’est une bifurcation qui a du sens depuis une LLCER : les compétences en analyse de textes, en rédaction et en expression orale y sont directement valorisées.
Si tu veux aller jusqu’au bout de ta licence avant de bifurquer, un master information-communication ou un master communication des organisations t’est aussi accessible avec un dossier bien ficelé. De son côté, l’École des hautes études en sciences de l’information et de la communication (CELSA, rattachée à Sorbonne Université) recrute également des profils issus des lettres et langues, pour ses masters en communication et journalisme, via Mon Master également. Il faudra aussi t’attendre à un entretien oral devant un jury.
Du côté des écoles privées spécialisées, plusieurs établissements proposent des admissions parallèles en deuxième ou dernière année de bachelor, sinon directement au sein d’un cursus bac+5 (des mastères souvent) depuis ou après une licence. L’ISCOM (Institut Supérieur de Communication et de Publicité), l’EFAP (École Française des Attachés de Presse et des Professionnels de la Communication) ou encore l’ISCPA (Institut Supérieur de la Communication, de la Presse et de l’Audiovisuel) recrutent ainsi sur dossier et entretien, avec des parcours orientés communication d’entreprise, relations presse, journalisme ou production audiovisuelle. Pour un profil LLCER anglais, la maîtrise de l’anglais et les compétences rédactionnelles sont des arguments concrets à mettre en avant dès la lettre de motivation.
Les écoles privées débouchent souvent sur des bachelors et mastères. Ces titres ne sont pas à jeter, à condition qu’ils soient reconnus. Avant de candidater, vérifie que le titre délivré par l’école est bien enregistré au RNCP et que son statut est actif sur le site de France Compétences. L’école affiche normalement le code RNCP de la certification délivrée sur la page de sa formation. Entre-le sur France Compétences. Le titre doit être indiqué comme actif, de niveau 6 pour un bac+3 ou de niveau 7 pour un bac+5. Et, tu peux vérifier la liste des établissements habilités à délivrer ledit titre dans une liste dédiée en bas de page.
Du côté du journalisme, les grandes écoles comme l’ESJ Lille ou le CFJ Paris recrutent aussi après la licence et sur concours d’entrée. Elles apprécient les candidats capables de travailler en anglais.
Et si finalement, l’enseignement était vraiment fait pour toi ?
L’enseignement est souvent la voie qu’on imagine par défaut après une LLCER. Mais si tu te reconnais dans la transmission, la pédagogie et le contact avec des apprenants, c’est une piste à considérer sérieusement, d’autant que les règles du jeu viennent de changer !
Depuis 2026, le concours du CAPES est accessible dès la fin de la licence (bac+3), et non plus à bac+5 comme c’était le cas depuis 2022. Conséquences : si tu es en L3 ou déjà titulaire de ta licence LLCER, tu peux te présenter directement aux épreuves. En cas de réussite, tu intègres deux années de master Métiers de l’Enseignement et de l’Éducation (M2E) en tant que fonctionnaire stagiaire (rémunéré environ 1 400 € nets par mois en première année, et environ 1 800 € en deuxième année). Le CRPE (concours de recrutement de professeur des écoles) est lui aussi accessible depuis n’importe quelle licence.
Si tu t’es inscrit en master MEEF à la rentrée 2025, tu peux te présenter aux concours bac+5 lors des sessions encore existantes en 2026 et 2027. Et si tu réussis le nouveau concours bac+3 alors que tu as déjà validé un master 1 MEEF, bonne nouvelle : tu n’as pas à recommencer le master M2E depuis le début. Tu intègres directement sa deuxième année en tant que fonctionnaire stagiaire, ce qui te fait gagner un an.
Moins connue, mais tout aussi cohérente avec un profil LLCER anglais : la voie du FLE (Français Langue Étrangère). Le master FLE est accessible depuis une licence LLCER sur Mon Master. Il forme à l’enseignement du français auprès de publics étrangers, en France ou à l’étranger, avec des débouchés dans les alliances françaises, les centres culturels, les entreprises ou le secteur de l’intégration. Pour un angliciste, c’est une combinaison particulièrement lisible : tu enseignes le français à des publics souvent anglophones, dans des contextes interculturels que tu connais bien.
Attention, ces concours et masters restent exigeants : maîtriser l’anglais ne suffit pas. Les épreuves portent aussi sur la didactique, la linguistique et la culture des pays anglophones. Prépare-toi sérieusement avec des annales et, si possible, les modules de préparation que certaines universités proposent.
Reste dans le champ des SHS et approfondis
Si tu ne veux pas changer radicalement de domaine, mais bifurquer vers quelque chose de plus spécialisé ou de plus appliqué, plusieurs mentions de master restent dans le champ des sciences humaines et sociales tout en ouvrant sur des débouchés distincts de l’enseignement.
Depuis une licence LLCER anglais, tu peux candidater sur Mon Master (filtre DNL – LLCER) sur des mentions comme les Métiers du livre et de l’édition, les Lettres et langues, ou encore les Études européennes et internationales. L’Université de Montpellier Paul-Valéry propose par exemple un master Littératures, Correspondances, Éditions, orienté vers le monde de l’édition et de la création littéraire, ou encore un master Histoire, relations internationales et sciences sociales pour qui veut ouvrir son profil vers les questions géopolitiques et les organisations internationales.
Le secteur du tourisme et de l’hôtellerie internationale recrute des profils bilingues capables de s’adapter à des publics et des contextes culturels variés, soit exactement ce que tu as développé en LLCER anglais ! Depuis ta licence, tu peux candidater sur Mon Master à la mention Tourisme, accessible depuis une LLCER dans certaines universités. Des écoles spécialisées proposent également des bachelors (bac+3) et MBA (bac+5) avec des débouchés dans les offices de tourisme, les collectivités, l’hôtellerie ou l’événementiel.
Si tu es encore en L1 ou L2 et que tu veux changer de cap sans quitter les SHS, plusieurs licences voisines t’accueillent en cours de route via les procédures de réorientation internes ou via eCandidat. La licence Lettres modernes est accessible en L2 ou L3 depuis une LLCER, avec des passerelles explicites dans de nombreuses universités. Elle ouvre ensuite sur les masters Métiers du livre, édition, ou lettres et langues.
La licence Sciences du langage propose quant à elle des réorientations depuis la LLCER dès la L2, avec une option FLE en L3 particulièrement cohérente si tu vises l’enseignement du français à des publics étrangers. Enfin, la licence Histoire est souvent accessible en L2 depuis une LLCER, notamment dans les universités qui proposent des portails bi-disciplinaires anglais-histoire dès la L1. C’est là un changement de cap logique si c’est la civilisation et la géopolitique anglophones qui t’ont le plus passionné pendant ta licence.
Dans tous les cas, que tu veuilles changer de licence en L2 ou poursuivre vers un master, un dossier soigné et une lettre de motivation convaincante font toute la différence. Les responsables de formation attendent de toi que tu expliques ton cheminement, que tu montres la cohérence entre ce que tu as fait et ce que tu vises, et que tu donnes des raisons concrètes de vouloir bifurquer. Un virage assumé et bien argumenté vaut largement un parcours linéaire sans relief !






