Sur Parcoursup, cocher une école d’ingénieurs peut sembler évident. Les débouchés sont larges, le diplôme est reconnu et le titre valorisé. Mais derrière cette image prestigieuse se cache une réalité : une formation longue et exigeante, qui ne convient pas à tous les profils, même quand le dossier coche toutes les cases.
S’engager dans une école d’ingénieurs à contrecœur, par sécurité, par pression ou par défaut expose à une chose bien plus risquée qu’un refus Parcoursup : le décrochage, la perte de sens, voire l’abandon en cours de route. Et ce n’est pas un échec de le reconnaître. Bien au contraire.
L’orientation ne repose pas seulement sur la capacité d’un candidat à répondre aux attendus d’une formation, mais aussi sur l’adéquation entre un parcours, une personnalité et une manière de travailler. Autrement dit, ce n’est pas uniquement à l’étudiant de prouver qu’il est fait pour une école d’ingénieurs : c’est aussi au cursus de lui correspondre. Pour t’aider à y voir clair avant de valider tes vœux, on a échangé avec la directrice générale de l’IPSA, l’école d’ingénieurs aéronautique et spatiale.
La question qu’on oublie trop souvent : Pourquoi veux-tu devenir ingénieur ?
Avant les notes que tu peux avoir au lycée, tes choix d’enseignements de spécialité et avant même les concours pour arriver dans l’école de ton choix, Anne-Ségolène Abscheidt, directrice de l’IPSA, pose une question simple et pourtant fondamentale : « La première question à se poser, c’est : est-ce que j’ai envie d’avoir un véritable impact sur le monde ? C’est ça, un ingénieur en fait. »
Être ingénieur, ce n’est pas seulement aimer les sciences ou être bon en maths. C’est vouloir comprendre des systèmes complexes pour les transformer, trouver des solutions et mesurer les conséquences de ses choix, autant sur la société, l’environnement et les organisations. « Cinq années de formation d’ingénieur, ça vous enseigne comment appréhender le monde et surtout comment le transformer », poursuit celle qui est elle-même ingénieur de formation.
« Il n’y a nulle part ailleurs où l’on forme des ingénieurs comme en France », affirme la directrice générale de l’IPSA. Contrairement à d’autres modèles, la formation française ne se limite pas à l’accumulation de compétences scientifiques. Elle intègre une part importante de sciences humaines, d’éthique et de réflexion sur l’impact des décisions. Résultat : l’ingénieur français est recherché dans le monde entier, explique l’experte.
C’est d’ailleurs pour ça que les ingénieurs ne finissent pas tous derrière un ordinateur, seuls dans leur coin, contrairement à l’image populaire que l’on peut avoir de l’activité : « On retrouve des ingénieurs partout : dans le business, en politique, à la tête d’écoles, dans l’aéronautique, l’énergie… Parce qu’on leur a appris à déconstruire n’importe quel problème pour trouver des solutions. »
Si ce qui t’attire, c’est l’utilité et la capacité à agir concrètement sur le réel, alors tu es clairement sur la bonne voie.
Ai-je le niveau (et surtout le bon état d’esprit) pour une école d’ingénieurs ?
La question revient tout le temps. Et la réponse est moins brutale qu’on ne le pense : oui, les mathématiques et la physique sont indispensables. Mais non, il n’existe pas de don réservé à quelques élus. « Il n’y a pas de bosse des maths. Ce n’est pas parce que papa ou maman n’était pas bon en maths que vous êtes condamné », martèle la directrice de l’IPSA.
Combien d’années d’études pour obtenir un titre d’ingénieur ?
Son image est parlante : « Les maths, c’est comme la course à pied. Si vous vous entraînez régulièrement, vous progressez. Si vous arrêtez, c’est l’enfer de recommencer. » Le tout est de travailler avec régularité, un peu chaque jour et relire tes cours, comme tu le ferais pour n’importe quelle autre matière. En procédant ainsi, tu progresseras et prendras du plaisir à voir ton évolution. Ce sont ces habitudes-là qui permettent de tenir dans un cursus long et exigeant. « À force de s’entraîner, on finit par prendre plaisir et c’est un jeu. Les mathématiques sont un jeu intellectuel », poursuit Anne-Ségolène Abscheidt.
Que ce soit en maths, mais aussi dans d’autres matières phares comme la physique-chimie, par exemple, ce qui fait vraiment la différence sur la durée, ce n’est pas la motivation, c’est la discipline. « La motivation, ça s’évapore. L’engagement et la discipline, c’est autre chose », insiste-t-elle, avant d’illustrer : « Quand on fait son jogging quotidien, on n’a jamais envie de sortir en plein hiver, quand il pleut. On n’est pas motivé, en revanche, si on est discipliné, on le fait, parce qu’il faut le faire. »
Les maths sont avant tout un outil de structuration de la pensée. Il ne s’agit pas de faire des maths pour faire joli ou de mettre en avant cette discipline pour opérer une sélection artificielle entre les candidats :« Les mathématiques forment l’esprit à la rigueur, à l’abstraction et à la résolution de problèmes complexes », explique-t-elle.
Les choix au lycée : pourquoi maths et physique restent décisifs
Le choix des enseignements de spécialité au lycée est un moment crucial, surtout quand on se dirige vers un parcours aussi exigeant que l’ingénierie. C’est aussi souvent ici que les regrets apparaissent, et c’est parfois trop tard. « Il n’y a pas une journée portes ouvertes sans un élève qui me dit : j’ai arrêté les maths ou la physique, et maintenant je veux être ingénieur. Comment faire ? » Pour Anne-Ségolène Abscheidt, le problème est que ces choix arrivent très tôt, alors que la connaissance du monde de l’enseignement supérieur est encore floue pour beaucoup. « On est encore mal renseigné à 15 ans. »
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Résultat : des portes qui se ferment et un sentiment d’injustice pour certains profils, notamment chez les filles. Le message de la directrice générale de l’IPSA, à destination des lycéens qui hésitent à s’orienter vers l’ingénierie, est clair : « Choisissez maths et physique. C’est ce qui vous ouvre le plus de portes. » Même si tu doutes aujourd’hui, ces spécialités restent celles qui laissent le plus de marges de manœuvre pour la suite.
Ce que les écoles regardent vraiment sur Parcoursup et au concours
Sur Parcoursup, toutes les écoles d’ingénieurs ne recrutent pas de la même façon. Certaines écoles choisissent de se regrouper pour recruter leurs candidats via un concours commun ou un groupe d’écoles. L’objectif : mutualiser les épreuves, harmoniser les critères de sélection et offrir plus de lisibilité aux lycéens.
Concrètement, cela peut prendre deux formes : un même concours pour plusieurs écoles différentes, comme l’IPSA qui recrute via le concours Advance avec l’EPITA, l’ESME ou SupBiotech. Ou alors, ça peut être une même école présente sur plusieurs campus, avec un recrutement commun, comme c’est le cas pour des réseaux d’écoles d’ingénieurs implantées dans différentes villes (par exemple le groupe INSA).
Sur Parcoursup et à travers les concours, les écoles ne regardent pas qu’une moyenne brute. Bien sûr, les résultats scolaires globaux, en première et terminale, ainsi que les moyennes en maths et sciences sont particulièrement scrutés, mais ce n’est pas tout. L’IPSA a un critère clé, parmi d’autres, qui lui permet d’identifier un futur grand classé (un excellent candidat, dans le jargon des concours des écoles d’ingés). « Un des indicateurs d’un grand classé, ce sont souvent d’excellents résultats au bac de français », explique Anne-Ségolène Abscheidt.
Lors d’un concours, les jurys classent l’ensemble des dossiers reçus. Les « grands classés » correspondent aux meilleurs dossiers retenus. Ils sont dispensés des épreuves écrites. Dans le concours Advance, le jury les rencontre uniquement lors de l’oral de synthèse et de motivation.
Pourquoi ? Parce que le français révèle une chose clé : « C’est une question de méthode et de discipline : le français au bac, c’est un certain nombre d’œuvres qu’il faut connaître, qu’il faut maîtriser et sur lequel on vous a demandé de travailler pendant toute une année. Si vous avez été discipliné, et que vous ne vous y êtes pas pris au dernier moment, ça paye. »
Autre élément important, notamment via le concours Advance : « On reçoit tous les étudiants, y compris les grands classés, à l’oral. C’est fondamental pour comprendre leur engagement réel. Ça peut faire la différence, même si ça n’efface pas une très mauvaise moyenne en maths. » Lors de ton entretien, n’oublie pas que ton dossier raconte une histoire, mais que c’est à toi de la rendre cohérente.
Prendre le temps de se poser ces questions, c’est déjà éviter un choix par défaut et se donner toutes les chances de réussir dans une formation qui te correspond vraiment. Finalement, si tu te reconnais dans l’envie d’avoir un impact concret, le goût de la réflexion et de la résolution de problèmes, la capacité à t’engager sur la durée, alors tu es sans doute plus proche du profil ingénieur que tu ne le crois. Et si tu hésites encore, c’est normal. L’orientation, ça se construit. Le plus important, c’est de prendre le temps d’échanger, de comparer et de t’informer avant de t’engager. Aller à la rencontre des enseignants et des étudiants lors des journées portes ouvertes ou des journées de découverte peut, par exemple, vraiment t’aider.






