Sur le marché du travail, l'alternance traverse des zones de turbulence. Les chiffres 2025 du baromètre Hellowork, premier acteur digital français de l'emploi et du recrutement, donnent du relief à ce que les étudiants en recherche d'alternance constatent depuis des mois.
Le robinet des aides à l'apprentissage, grand ouvert lors de la crise sanitaire liée au Covid-19 en 2020, s'est progressivement refermé. Dans le même temps, les entreprises revoient leur stratégie de recrutement. Si certains secteurs tiennent bon, l'année 2025 marque un virage serré pour un dispositif qui a longtemps été présenté comme l'avenir de la formation professionnelle.
Un marché en deux temps
Le premier trimestre (janvier à mars) et le deuxième trimestre (avril à juin) 2025 affichent encore une certaine vitalité, avec 157 892 offres publiées au total. Les pics traditionnels de recrutement sont au rendez-vous, notamment au T2, une période pendant laquelle les lycéens de terminale ont émis leurs vœux sur la plateforme Parcoursup. Ce deuxième trimestre enregistre ainsi 95 300 offres, soit une baisse de 16 % par rapport à 2024, mais les volumes restent conséquents.
Un paradoxe se dessine pourtant : tandis que 24,4 % des candidats sur Parcoursup ont validé un vœu en apprentissage en 2025 selon une note du ministère de l'Enseignement supérieur (un chiffre en hausse constante depuis 2018), les offres d'emploi proposées par les entreprises, elles, reculent.
Mais à partir du T3 (juillet à septembre) et du T4 (octobre à décembre), les offres d'emploi en alternance dégringolent à 61 442 offres, soit un recul de 61 % par rapport au premier semestre. Le troisième trimestre accuse une chute de 19 % par rapport à 2024, alors que le quatrième trimestre, traditionnellement faible, tombe à 18 400 offres contre 20 802 un an plus tôt.
La réforme du financement de l'apprentissage, amorcée en 2024, commence donc à produire ses effets. Les aides à l'embauche de l'État pour les apprentis, qui avaient dopé le marché depuis 2020, ont été revues à la baisse à plusieurs reprises. Pour rappel, en février 2025, les montants maximaux ont été rabotés une première fois, passant de 6 000 à 5 000 euros pour les structures de moins de 250 salariés.
Puis en novembre 2025 et en février 2026, de nouveaux tours de vis sont venus ajuster les modalités de versement. À titre d'exemple, une entreprise qui recrute aujourd'hui un étudiant en master touche 2000 euros d'aides, soit trois fois moins qu’il y a 6 ans.
Résultat des courses : beaucoup d'entreprises, notamment les TPE et PME, freinent leurs projets de recrutement en alternance, tandis que le contexte économique tendu ne fait qu'aggraver la situation.
Des secteurs plus résistants que d'autres
Malgré ce recul global, certains secteurs tirent leur épingle du jeu. Selon le baromètre Hellowork, la santé et les services à la personne « confirment leur rôle central » avec « une quasi-stabilité sur un an (-0,9 %) », portés par « des besoins structurels durables » dans toute la France. Ces filières concentrent respectivement 13 % et 12 % des offres d'emploi, hors intérim.
Le commerce continue aussi de recruter en alternance, même si le rythme ralentit. Grande distribution, vente automobile, commerce de proximité : les entreprises continuent de former leurs futurs collaborateurs, grâce à ce mode de scolarité. Mais là encore, la tendance s'inverse par rapport aux années précédentes, où les recrutements battaient des records.
À l'inverse, les fonctions RH et formation (-33 %), marketing et communication (-30 %), certaines spécialités de l'ingénierie et de l'industrie« enregistrent des baisses significatives », précise le baromètre.
Si ces derniers chiffres englobent tous les types de contrats et pas uniquement l'alternance, ils témoignent d'un contexte moins favorable où les employeurs hésitent à s'engager sur des contrats longs en période d'incertitude économique.






