La réforme des études de santé : fin du numerus clausus et du redoublement

La première année de médecine est le sujet incontournable de cette rentrée avec l’annonce du gouvernement de la suppression du numerus clausus, la fin du redoublement dans certaines facultés et enfin la sortie du film Première Année de Thomas Lilti.

première année film

Coup de tonnerre dans les facultés de médecine, le président de la République vient d'annoncer la suppression du numerus clausus dès la rentrée 2020. Ce nombre de places limité attribué chaque année dans les différentes universités de médecine entraine une sélection ardue des étudiants qui tentent leur chance en PACES. Le concours actuellement en place serait remplacé par des partiels classiques, comme dans tous les autres cursus et le numerus clausus par un « numerus apertus », soit un nombre minimal de places pour les étudiants médecins dans toute la France.

Un système injuste 

Cette annonce n’a pourtant rien de surprenant, car Emmanuel Macron, lors de sa campagne n’avait jamais caché son souhait de mettre fin au numerus clausus mis en place en 1971 et avait plusieurs fois déclaré trouver ce système profondément « injuste »Le président de la République et la ministre de la Santé ont déclaré vouloir en finir avec "le gâchis humain" que représente cette première année. Cette réforme veut également endiguer la fuite des étudiants pour les universités belges, espagnoles ou encore roumaines pour passer cette fameuse PACES, avant de revenir en France pour poursuivre leur cursus. Ce système a vu l’explosion du recours aux prépas privées, assez onéreuses et loin d’être à la portée de toutes les bourses. Le gouvernement doit aussi faire face à la multiplication des déserts médicaux en France dont la réforme des études de médecine pourrait être un début de réponse. Cette fin du numerus clausus est réclamée depuis de nombreuses années par les médecins eux-mêmes et le corps enseignant qui regrettent que cette sélection se fasse sur des capacités de bachotage et d’apprentissage par cœur, au point d’en oublier les capacités humaines et le raisonnement

Les chiffres sont impressionnants, 80 % des élèves redoublent leur première année, sans avoir la garantie de réussir l’année suivante à passer le cap de la PACES. Les universités ont fait le constat qu’un trop grand nombre d’élèves, après deux ans de sacrifices, se retrouvaient sans diplôme et sans possibilité d’équivalence, même si certaines facultés, notamment de biologie acceptent les déçus de la PACES sous réserve d’avoir un bon dossier. Cinq d’entre elles ont décidé d’arrêter les frais et de mettre fin au redoublement. Les nouveaux étudiants des universités de Paris-Descartes, Paris-Diderot, Sorbonne-Université, Paris-Est Créteil et de Brest n’auront donc plus qu’une seule chance pour réussir pour le concours. Cette expérimentation est rendue possible grâce à une loi de 2013 qui permet aux universités de tester des alternatives à la PACES, qui si elles obtiennent des résultats concluants, seront ensuite généralisées à tout le pays. Cette expérimentation est pourtant loin de faire l’unanimité, car les étudiants considèrent qu’à la sortie du bac, il faut un certain temps avant d’être pleinement efficace pour intégrer toutes les connaissances de la première année des études de médecine. Un temps de rodage que les étudiants parisiens et brestois n’auront pas le luxe de s’accorder cette année.

La PACES jusque dans les salles de cinéma  

Hasard du calendrier (ou pas), Thomas Lilti a choisi cette rentrée pour sortir son film sur la PACES intitulé « Première Année », où l’on retrouve Vincent Lacoste, et son acolyte William Lebghil. Le réalisateur se penche sur deux étudiants qui découvrent l’enfer de la première année des études de médecine et qui, n’étant pas brillants au lycée, se battent toute l’année pour décrocher leur place et devenir médecin. Une plongée dans les études de médecine et ce qu’elle fait subir aux étudiants, devenus des robots qui doivent ingurgiter le plus de connaissances possibles pendant quelques mois. Thomas Lilti, lui-même médecin a également réalisé les films Hippocrate (où Vincent Lacoste jouait déjà un jeune médecin) et Médecin de Campagne, dans lequel François Cluzet incarnait un praticien malade. Le film Première Année, que la rédaction a vu et approuvé, est sorti en salle depuis le 12 septembre et permet de se plonger dans l’ambiance particulière et un peu lunaire de la PACES, qui est peut-être vouée à disparaitre. C'est en tout cas le souhait du gouvernement avec l'annonce de la suppression du concours lié au numerus clausus et des grandes lignes de la réforme des systèmes de santé.

Camille Lorgnier