Confinement : les facs face à la question des examens à distance

Le 13 avril 2020, Emmanuel Macron a annoncé une réouverture des universités en septembre prochain. L’attente des étudiants quant aux modalités d’évaluation est donc d’autant plus importante. Point sur la continuité pédagogique et les examens à venir.
Mis à jour le / Publié en avril 2020
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Confinement : les facs face à la question des examens à distance

Le Président de la République a annoncé le lundi 13 avril 2020 la fin définitive des cours en présentiel pour cette année universitaire. Les examens terminaux restent pour autant maintenus. Diverses possibilités se profilent et notamment celle des partiels à distance. Focus sur une situation inédite entre gestion de l’urgence, manque de moyens et inégalités renforcées.

Examens terminaux, les partiels à distance se concrétisent

La période des sessions d’examens du second semestre universitaire, qui se tient traditionnellement entre avril et mai, arrive à grand pas. Dans le contexte sanitaire inédit provoqué par la pandémie de coronavirus, les modalités d’évaluation à la fac sont incertaines. Contrôle continu intégral comme pour le bac, examens à distance ou contrôle mixte prendront-ils l’avantage ?

Une partie des examens se sont déjà tenus à distance, fin mars, dans certaines universités comme à Grenoble. Ils ont pris la forme de questions, notamment des QCM mis à disposition en temps limité sur une plateforme à distance. Une phase test a permis d'identifier les étudiants sans connexion internet et de leur fournir des clefs 4G. L'un des membres du bureau de l’ANEPF (Association Nationale des Étudiants de Pharmacie de France) et étudiant grenoblois, a lui aussi connu quelques déconvenus. « Malgré un problème de wifi qui a fait sauter une question pour laquelle il ne sera pas pénalisé, ils se sont globalement bien déroulés », nous rapporte Julie Napieralski, attachée de presse de L’ANEPF

Majdi Chaarana, vice président de L’UNEF (L’Union Nationale des Étudiants de France), lui, souligne des « facteurs d’inégalité, pour ceux qui n’avaient pas les outils pour passer correctement leurs partiels. Les professeurs ont bien précisé qu’ils allaient s’adapter et trouver des solutions alternatives, mais ce ne seront plus les mêmes critères de notation pour tous sur un même devoir. Il y a donc une création automatique d’inégalités, de facteurs de discriminations pour les étudiants précaires ».

Ce dispositif semble pourtant apparaître comme une option sérieuse dans l’enseignement supérieur. Damien* est professeur de géographie à Sorbonne Université et a accepté de répondre à nos questions. Il rappelle en effet que de nombreux étudiants ne sont pas soumis au contrôle continu, ce qui rend, en clair « la mise en place d’examens terminaux incontournable ».

À Marseille, Paris, Grenoble, les réunions entre directeurs d'UFR et présidents d'universités se font au compte-goutte. « Le contrôle continu est en discussion. Cependant, la direction de l’UFR et le décanat nous donneront les directives définitives à suivre pour l’ensemble de la communauté de La Sorbonne. Un examen de philosophie ou de musicologie peut-il être évalué par un QCM, je n’en sais rien. Sous quelle forme ? Quel planning ? Il va y avoir toute une logistique à mettre en place. Ça va être compliqué. », nous indique le professeur.

Une continuité pédagogique disparate

Tout comme pour les partiels, les dispositifs mis en place pour assurer la continuité pédagogique sur le territoire restent propres à chaque faculté. Ainsi, à Marseille, Julie bénéficie de la mise à disposition des diapositives et des cours en ligne sur sa plateforme universitaire pour préparer ses cours. « Selon les universités, ce ne sont pas les mêmes outils qui sont mis à disposition » constate Majdi.

« Ce que l’UNEF regrette, c’est que cette continuité pédagogique ne soit pas encadrée nationalement ni même de manière interne dans chaque faculté ». Même son de cloche du côté de l'ANEPF. Afin d'optimiser la continuité pédagogique, L’UNEF propose donc « la mise en place de deux outils : un support audio, vidéo ou écrit en streaming ou pdf laissé à disposition et un suivi régulier par mail avec les professeurs. » et ce de manière homogène au sein de toutes les universités.

Le suivi des professeurs, lui aussi, dépend de chaque enseignant. Certains des étudiants de Sorbonne Université ont la chance d’avoir un professeur impliqué : « je fais un suivi mail avec tous mes étudiants. J’assure une veille quotidienne, ce qui me permet de répondre au maximum dans les 48h aux questions ». Cependant, étudiants et professeurs ne sont pas tous égaux face à l'accès aux dispositifs numériques.

Des inégalités creusées par l'apprentissage à distance

Damien* vit en zone rurale. Il est donc le premier à pâtir des inégalités territoriales « L’ADSL est à peine mise en place. Donc l’idée même de faire une visioconférence est à proscrire, si l’on considère qu’un fichier d’1G peut mettre plus de 8h à se télécharger ». Pour d’autres ce sont les outils informatiques qui manquent, nous rapporte Majdi : « c’est notamment le cas d’une de mes professeurs qui nous a envoyé un mail, rédigé par une secrétaire de l’Université, pour nous dire qu’elle n’avait pas les outils informatiques nécessaires pour faire ses cours en live. Elle fait face aux mêmes difficultés que certains étudiants. Ça montre à quel point ces inégalités touchent un grand nombre de personnes, y compris des professeurs ».

En effet, les jeunes ne sont pas épargnés : « Il y a 10 à 15% des étudiants précaires qui, s’ils ne se rendent pas à l’université, n’ont pas accès à internet et n’ont pas d’ordinateur pour pouvoir passer l’examen. » constate le titulaire de Sorbonne Université. Majdi est le premier concerné : « Je fais partie de ces étudiants. Mon ordinateur est parti en réparation quelques jours avant le confinement. Si l’option des partiels à distance est retenue, je devrais passer mes examens sur smartphone. Je ne suis pas retourné chez mes parents. C’est donc grâce à mon abonnement personnel 4G que je récupère mes cours depuis ma résidence étudiante et je suis loin d’être le seul à devoir composer avec ce que j’ai à disposition pour la période ».

Pour Julie, les facs font leur maximum afin d'assurer la continuité pédagogique. De belles initiatives sont nées comme le prêt « d’ordinateurs, de tablettes et la tentative d’un partenariat avec la poste pour éventuellement livrer des cours imprimés » à ceux qui n’ont aucun accès internet mais la situation reste critique. L’ANEPF attend donc « les informations officielles mais demandera l’égalité des chances pour tous, afin qu’aucun étudiant ne se retrouve dans l’incapacité technique ou autre de passer ses partiels. »

Ce constat en a amené plusieurs à créer des pétitions à travers le territoire. L’UNEF demande par exemple l'anonymat des copies ainsi que la conservation de la meilleure des deux notes entre la première et la seconde session de rattrapage. Cependant, la plus marquante de leurs revendications reste la validation automatique à 10, améliorable grâce aux DM faits à distance. « C’est le cas de certains pays européens qui ont mis en place le pass and save. Il consiste à assurer la validation du semestre pour un maximum d’étudiants », affirme Majdi. « Ce qui évite qu’ils ne se retrouvent à devoir échouer lorsqu’ils ne sont pas en mesure de passer leurs épreuves ».

Le professeur de la Faculté des Lettres rejette cette option. Qu'en est-il « des étudiants fantômes » ? « Ceux qui ne s’inscrivent que pour bénéficier des avantages du statut étudiant. Ils sont inscrits mais ils ne viennent pas en cours, ne viennent pas sur moodle et ne passent pas l’examen. Je ne vois donc pas pourquoi ils devraient avoir le bénéfice d’une validation automatique d’acquis qu’ils n’ont jamais reçu ». Il reconnaît cependant l'intérêt d’attirer l’attention sur ces problématiques : « Je ne suivrai pas l’UNEF à ce stade, c’est trop tôt. Il sera toujours temps d’en reparler après le 20 avril [date de la réunion avec le décanat à Sorbonne Université]».

La FAGE, elle, avance quatre requêtes et proposent que l’ensemble des examens prennent la forme de devoirs maison à rendre dans un délai long, tout comme l'UNEF. Elle demande également que des enquêtes téléphoniques soient réalisées auprès de chaque étudiant pour connaître leurs difficultés et d'y proposer des solutions. Enfin, elle souhaite que les examens portent sur les enseignements délivrés avant le 13 mars et qu'une 3ème chance soit donnée en septembre, en présentiel.

Bien que beaucoup d'éléments soient encore à l'étude « Un mot d’ordre a été donné par le président de l’université Jean Chambaz, dans une lettre interne, c’est bienveillance et compréhension en cas de problème pour un étudiant. », nous assure le titulaire de la Sorbonne.

Cruel manque de moyens dans les facultés françaises

Le Ministère de l’Enseignement supérieur est resté très discret depuis l’annonce du confinement national. Tant dans sa communication que dans son soutien aux universités. « De nos échanges avec les différentes universités ressort un sentiment de manque de soutien pour organiser cette continuité pédagogique. Elles ne sont pas suffisamment préparées pour faire face à cette situation et elles agissent dans l’urgence » constate L'UNEF. « Les serveurs ne sont pas proportionnés pour faire de l’enseignement à distance », nous confirme l'enseignant-chercheur.

L’UNEF déplore également « les moyens financiers insuffisants donnés par le Ministère par rapport aux besoins. Débloquer les fonds de la CVEC (Contribution vie étudiante et Campus) ne peut pas remplacer l’investissement massif nécessaire pour assurer cette continuité pédagogique. » Aux besoins actuels, s’ajoute la question des lacunes accumulées pendant cet apprentissage inédit. La nécessité de tutorat à la rentrée pour combler ces manques semble compromis, selon le professeur de la Sorbonne. « Je ne n’ai pas d’informations pour l’instant mais j’en doute, car on a de plus en plus de mal à trouver des tuteurs. En cause, la question des moyens humains . »

Parmi ces problèmes, des étudiants en thèse trop peu nombreux et des vacataires qui ne sont pas salariés. Sans sécurité sociale professionnelle, l’université ne peut pas les engager sous ce statut. « Un emploi titulaire est créé pour 42 ans contre une possibilité de fin de contrat à tout moment pour les vacataires. On retombe donc toujours sur la question des moyens financiers. Et trouver des tuteurs semble très compliqué dans ces conditions. » Les annonces du gouvernement dans les jours à venir quant à la stratégie adoptée pour pallier à ces nombreuses problématiques, seront donc vitales.

*Le prénom a été modifié

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