Strate Ecole de design

École des métiers du Design - Sèvres

Entretien avec Adèle Jamaux, designer humaniste et engagée

Nous avons échangé avec Adèle, jeune femme de 27 ans diplômée de l'école de design Strate. Elle a souhaité consacrer son projet de fin d'études à l'amélioration de la vie des réfugiés dans les camps, solution qu'elle nous présente avec ambition et sensibilité.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Adèle Jamaux, j’ai 27 ans, je suis designer diplômée de l’école Strate depuis quelques mois. Actuellement, je travaille pour une Start-up qui fait de la formation de méthodologie de designer. En parallèle, je développe mon projet de fin d’études qui est une solution pour offrir une meilleure qualité de vie aux réfugiés au sein des camps.

Quel a été ton parcours scolaire ?

J’ai obtenu un bac scientifique dans le but au départ de devenir architecte. Ne parvenant pas à obtenir les concours des écoles, j’ai intégré une licence d’histoire de l’art pour les retenter. En parallèle, j’ai suivi un BTS en design d’espace par correspondance. J’ai ensuite voyagé pendant un an : trois mois au Canada, puis un tour d’Europe, toute seule avec mon sac à dos. Quand je suis revenue, j’ai postulé à Strate que j’ai intégré en troisième année, pour finalement sortir diplômée de cette école.

Pourquoi avoir fait le choix de cet établissement ?

Une amie m’avait parlé de cette école en me disant que cela me plairait beaucoup. D’autre part, je viens de Toulouse et j’avais envie de bouger, pour monter sur Paris éventuellement. Au final, je n’ai postulé qu’à Strate et j’ai eu la chance d’être reçue.

Quelle formation as-tu suivie à Strate ?

La troisième année à Strate est celle où l’on se spécialise. J’ai choisi le parcours « retail » correspondant au design d’espace (de vente). J’ai ensuite enchaîné sur six mois de stage en France puis six mois à l’étranger, à Berlin. Cela s’est plutôt mal passé, je me suis donc remise en question sur mes choix de formation. Comme j’ai toujours été attirée par le social, j’ai donc souhaité me tourner vers cet univers.

Les projets de partenariats de l’école à partir de la quatrième année se faisaient généralement avec des marques de luxe, j’ai donc cherché à travailler sur comment les impliquer socialement. Enfin, en cinquième année, j’ai eu un mémoire à écrire, puis un projet de fin d’études à réaliser.

«J’ai voulu travailler sur cette problématique : comment les gens peuvent se reconstruire au sein des camps, en attendant un retour à la vie normale ?»

Justement, peux-tu nous parler plus en détail de ce projet ?

Le mémoire que j’ai écrit portait sur « La destruction de l’homme par l’homme », soit comment l’humanité cause elle-même sa perte en se mettant des barrières, en provoquant des conflits et des guerres, en détruisant l’environnement, etc. Cela m’a amenée à m’intéresser notamment aux flux migratoires, d’où l’un de mes questionnements à la fin de mon mémoire : comment puis-je faire en sorte d’accompagner des gens fuyant des pays en conflit ? J’ai donc fait de longues recherches sur ce thème, pour découvrir des chiffres tout à fait alarmants. Par exemple, les personnes qui fuient de la sorte passent en moyenne 20 ans de leur vie en exil, dans des camps notamment.

J’ai donc voulu travailler sur cette problématique, et plus précisément sur le post-urgence de l’arrivée dans les camps : comment les gens peuvent se reconstruire au sein de ces espaces de fortune, en attendant un retour à la vie normale ?

J’ai donc créé une solution appelée « MA'AN ». C’est un processus en trois étapes : la première permettant de faire un état des lieux du camp (contexte géopolitique, climatique, personnes y vivant, etc.), la seconde pour former les gens aux méthodes de construction, et la troisième pour évaluer ce qui a été fait. L’enjeu est de laisser les réfugiés être autonomes dans la construction, pour ne pas qu’ils soient dépendants des autres et puissent eux-mêmes construire et aménager leur lieu de vie.

Quand est-ce que ce projet va être mis en place ?

Ma solution doit à présent être achetée par une organisation pour voir le jour : que ce soit le gouvernement français, ou une association, par exemple. J’ai actuellement de nombreux rendez-vous pour savoir de qui je dois me rapprocher. Je suis également en train de me constituer une équipe et un budget, toujours dans le but que MA'NAN soit créé. Dans un premier temps un prototype doit être fait pour le tester et voir si cela fonctionne tel quel, ou si des ajustements doivent être effectués.

T’es-tu toujours intéressée à la cause des réfugiés ?

Oui, depuis toute petite ! Ma mère est médecin, mes parents ont toujours été très impliqués dans les causes humanitaires et nous avons beaucoup voyagé ensemble donc je pense avoir été toujours sensibilisée à la détresse humaine autour du monde, et à la volonté d’aider les autres. Ce que je voulais faire, moi, c’était donner de mon temps et de mes idées plutôt que de mon argent, et c’est ce que je fais à présent.

Tu as défendu ton projet sur scène au MEUDx (conférence où des entrepreneurs présentent leurs diverses expériences). Comment s’est passé cet épisode de prise de parole ?

Le thème de cette conférence était « entreprendre sans limites ni frontières », et j’ai été contactée par un des membres du jury pour participer. Ce n’était pas évident, j’ai eu une grosse préparation en amont avec un coach. C’est quelque chose de très mental, il faut être dans un bon état d’esprit pour que tout se passe bien. Au final, c’était un bel exercice et je me suis éclatée à le faire une fois sur scène. J’en garde un excellent souvenir !

Considères-tu que ton cursus à Strate a pu t’aider dans ta volonté d’engagement ? De façon générale, penses-tu que l’enseignement supérieur en fait assez pour sensibiliser les jeunes à ces causes ?

À mon sens, non. C’est un parti pris qui a été très personnel, et non quelque chose qu’on m’a inculqué. Nous avons eu peu de projets à résonance sociale ou humanitaire, malgré quelques initiatives : par exemple, dans la filière « produit », il y a eu un partenariat avec médecins sans frontières. Je dirais que les professeurs sont souvent loin de ces univers-là et que c’est donc à nous de nous faire notre propre expertise. Malgré cela, ils ont tous été très bienveillants envers moi et m’ont soutenue dans mes projets.

Si tu devais faire un bilan sur Strate, quel serait-il ? Recommanderais-tu cette école à de futurs étudiants ?

J’ai adoré mon cursus à Strate. Il m’a beaucoup aidée à me retrouver, savoir ce que je voulais faire et comment je voulais le faire. Je pense tout de même qu’il est très enrichissant de faire un autre cursus avant, voyager, etc., pour arriver à Strate avec sa propre personnalité et ses propres ambitions. Pour ce qui est de l’ambiance, je l’ai beaucoup appréciée, malgré que les deux premières années soient assez cloisonnées entre chaque section. J’ai particulièrement aimé la cinquième année, car il n’y a plus aucune barrière, tout le monde travaille ensemble dans un but commun : le projet de fin d’études. Il y a beaucoup d’entraide et de solidarité, et le corps pédagogique est lui aussi particulièrement à l’écoute.

Quels sont tes projets à venir ?

Je veux déjà développer au maximum MA'AN. Je n’ai pas d’objectif fixe, je veux faire de mon mieux et si ça ne fonctionne pas, j’apprendrai de cela et je ferai autrement. Actuellement, je suis dans une start up pour faire découvrir au grand public ce que fait un designer et sortir des idées reçues sur ce métier. Le design va bien au-delà de faire des choses jolies, et c’est quelque chose que je veux continuer à défendre en formant les gens à la « pensée design ».