Chaque année, le nombre d’étudiants en réorientation à l’université augmente. En 2025, ils étaient +8,3 % de plus à s’inscrire sur Parcoursup en tant qu’étudiants en réorientation par rapport à 2024, selon le bilan officiel du ministère. Changer d’orientation à la fac sans perdre une année, c’est possible. Pourtant, une part significative des étudiants de L1 ne poursuit pas dans leur filière initiale à l’issue de la première année et beaucoup ignorent qu’une porte de sortie existe en cours d’année, sans tout recommencer de zéro.
Si, dans le privé, les rentrées décalées sont monnaie courante, la réorientation à l’université est moins connue. Il existe pourtant des passerelles en licence, BTS, BUT ou classes préparatoires, pour passer d’une formation à l’autre en cours d’année. Diplomeo a échangé avec deux étudiants qui ont opté pour une réorientation ou une rentrée tardive. Ils nous racontent.
« Une fois que j’ai été mis au courant, j’ai voulu me réorienter dès que possible » : Paul, étudiant en L2 Sciences politiques à Paris I
Quand Paul a découvert, tout à fait par hasard, la possibilité de se réorienter, il n’a pas hésité. Après un semestre en L1 d’économie à Paris I Panthéon-Sorbonne, en 2022, il a intégré une L1 Sciences politiques dans la même université. Le jeune homme de 19 ans, aujourd’hui en L2, ne regrette pas son choix.
Pourquoi as-tu voulu te réorienter ?
Quand je suis rentré, en septembre 2022, en licence 1 d’économie, je me suis très vite rendu compte que ça ne me plaisait pas vraiment. Et je ne me voyais pas étudier cette matière pour les trois prochaines années. Au début, je n’étais pas du tout au courant qu’on pouvait se réorienter. Mais j’ai eu la chance que quelqu’un de ma promo en parle, après plusieurs semaines.
J’avais en tête de me réorienter en sciences politiques. J’étais attiré par le côté pluridisciplinaire de la formation. Il y a de l’économie, mais on nous propose aussi des enseignements en philosophie politique, en sociologie…
Quelle procédure as-tu suivie pour te réorienter ?
Ça a été compliqué, parce que la fac donne très peu d’infos sur comment faire cette procédure de réorientation. Il faut prendre tout un tas de rendez-vous avec la scolarité, avec les différents interlocuteurs de l’administration… Les informations étaient difficiles à obtenir, ce n’était pas clair. Donc je suis allé voir le syndicat l’Union étudiante pour leur demander conseil. Ils connaissaient la procédure et comme ils étaient en lien avec l’administration, ils ont facilité les choses.
« Les informations étaient difficiles à obtenir, ce n’était pas clair »
Pour mon dossier, j’avais des notes à peu près correctes, autour de la moyenne. Il a fallu ensuite prendre des rendez-vous, avec la scolarité de l’UFR (Unité de formation et de recherche) de Sciences Po notamment. J’ai dû expliquer mon projet de réorientation et ma motivation. Je ne sais pas sur quels critères exactement mon dossier a été accepté, mais j’ai réussi à entrer au second semestre en sciences politiques, dans la même fac.
Comment t’es-tu préparé à cette rentrée décalée ?
Je ne me suis pas vraiment préparé à cette réorientation. Avant de commencer en janvier ma nouvelle formation, j’ai dû valider mon semestre 1 d’économie. Dans le même temps, j’ai récupéré certains cours du premier semestre de Sciences Po pour les lire. Même si je n’ai pas réussi à tout rattraper, je n’étais pas trop perdu.
Quelles difficultés as-tu rencontrées à ta rentrée ?
Pour les cours, le plus difficile a été de rattraper les notions en sociologie des organisations, car je n’avais aucune base ni méthode. Pour les autres matières, c’était plus simple, car je m’y intéressais déjà personnellement. Mais de manière générale ça a été. Ça reste un niveau de licence 1, rien n’était irrattrapable !
Comment s’est passée ton intégration ?
Quand je suis arrivé en cours d’année, les profs n’étaient pas au courant de ma réorientation. De toute façon, ils doivent noter tout le monde de la même manière. Et leur temps est très limité, donc ils n’ont pas pu m’expliquer ce que j’avais raté. Côté intégration sociale, ça n’a pas été un obstacle particulier. Même si des amitiés s’étaient déjà formées au premier semestre, je me suis fait un groupe d’amis au bout de quelques semaines.
« Une fois que j’ai été mis au courant, j’ai voulu me réorienter dès que possible. »
Penses-tu avoir fait le bon choix ?
Oui, bien sûr ! Je me sens bien mieux dans ces études qu’en licence d’éco : j’aime toutes les matières et j’attends de voir comment je vais évoluer pour me décider à me spécialiser. Je n’étais pas du tout au courant de la possibilité de la réorientation. Pour moi, il fallait recommencer depuis le début. Une fois que j’ai été mis au courant, j’ai voulu me réorienter dès que possible.
Les étudiants devraient avoir connaissance de cette possibilité plus facilement, car beaucoup d’entre eux entrent dans certaines filières par défaut. Cela leur permettrait d’être plus en adéquation avec ce qu’ils veulent faire. La réorientation permet aussi à la fac de se réorganiser avec son vivier d’étudiants qui souhaitent changer de formation. Donc si plus d’étudiants sont au courant, ce sera forcément positif !
« La rentrée tardive m’a permis de reprendre mes études, alors que j’étais encore indécise » : Alice, étudiante en M1 de géographie à Paris I
Pour les étudiants en master à l’université, la réorientation en cours d’année n’existe pas. Mais il est possible, selon les profils et les établissements, de réaliser une rentrée tardive. C’est ce qu’a pu faire Alice, 24 ans, étudiante en Master 1 de géographie à Paris. La jeune femme, originaire de la région lyonnaise, a repris ses études mi-novembre, deux mois après le début des cours.
Pourquoi as-tu repris tes études et pourquoi avoir opté pour une rentrée tardive ?
J’ai été diplômée d’une licence de géographie à Lyon en 2020. Puis, j’ai fait une pause de deux ans, car je ne savais pas ce que je voulais faire. Jusqu’à cet été, je travaillais sur les marchés comme vendeuse. C’est un métier difficile, qui implique de se lever au milieu de la nuit et de travailler les week-ends, et je ne me voyais pas faire ça toute ma vie.
Je me suis inscrite sur la plateforme Mon Master l’hiver dernier. Je ne savais pas trop ce que ça allait donner. Finalement, j’ai eu une place en master, très tard, fin septembre. C’est en discutant avec mon université que j’ai appris qu’il existait la possibilité d’une rentrée tardive. Donc finalement, c’est un peu un choix par hasard. Ça tombait bien, car ça m’a laissé l’été pour réfléchir à ce que je voulais faire.
Comment t’es-tu préparée à cette rentrée tardive ?
Mon grand frère vient de finir ses études supérieures dans la même filière que moi. Donc je lui ai demandé de m’aider dans les démarches et à reprendre un rythme d’études. Il m’a montré ce qu’on allait voir en master et m’a fait réviser des notions de la licence que j’avais oubliées.
« Les étudiants de ma promo m’ont tout de suite transmis les cours, ainsi que des conseils. »
Comment s’est passée ton intégration ?
Ça ne fait que deux semaines, mais pour l’instant je suis contente, c’est vraiment très sympa. Les étudiants de ma promo m’ont tout de suite transmis les cours, ainsi que des conseils. À mon arrivée, je suis aussi allée voir les professeurs un par un, ils m’ont tous dit qu’ils pourraient m’envoyer les PowerPoint ou les cours que j’avais ratés.
Je ne me sens pas larguée : j’ai de la chance d’avoir eu quelqu’un à mes côtés (mon frère) qui me connaît et qui peut m’aider. Mais sans ce soutien, ça peut être plus compliqué de débarquer en rentrée tardive.
« Je suis aussi allée voir les professeurs un par un, ils m’ont tous dit qu’ils pourraient m’envoyer les PowerPoint ou les cours que j’avais ratés. »
Quelles difficultés as-tu rencontrées à ta rentrée ?
Côté cours, c’est parfois compliqué de rattraper les connaissances et ce qui a été fait sur les dossiers de groupe, qui sont des travaux qui courent sur tout le semestre. Je galère aussi sur la partie informatique : on a des cours d’utilisation d’outils, de géographie informatique et de statistiques. Mais sinon, ma plus grande difficulté est plutôt matérielle. Comme j’ai dû déménager tardivement, je n’ai pas réussi à trouver de logement. Pour l’instant, je suis chez une amie qui m’héberge, ce n’est pas très stable.
Penses-tu avoir fait le bon choix ?
Oui ! Je ne regrette pas, cette rentrée tardive m’a permis de me décider à reprendre mes études alors que j’étais encore indécise. J’aimerais maintenant terminer ce master pour trouver un meilleur travail qu’avant, dans l’aménagement du territoire par exemple.
Si quelqu’un d’autre était dans ma situation, je lui conseillerais de ne pas avoir peur et d’avoir confiance en ses camarades de promotion pour nous aider. Que ce soient eux ou les profs, ils restent ouverts.
Ce qu'il faut savoir avant de tenter la rentrée décalée à la fac
Les témoignages de Paul et Alice l'illustrent bien : la rentrée décalée à l'université existe, mais elle reste un parcours du combattant pour qui ne sait pas où chercher. Voici les points essentiels à avoir en tête avant de te lancer.
La réorientation en L1, c'est faisable, mais les délais sont serrés ✅. La rentrée inter-semestrielle en licence vise le second semestre, qui démarre généralement entre janvier et février. Les candidatures se font souvent dès novembre-décembre. Autrement dit : dès que tu te rends compte que ta formation ne te convient pas, il faut agir vite. La procédure ne passe pas par Parcoursup : c'est directement auprès de l'université visée (son secrétariat, l'UFR concernée ou le SCUIO-IP) qu'il faut se renseigner.
Rentrée décalée en licence : est-ce trop tard ? Comment faire ?
En L2 et L3, la rentrée décalée est quasi inexistante ❌. Les effectifs sont constitués dès septembre, les programmes trop avancés et les places trop rares. Si tu viens d'un BTS ou d'un BUT et que tu vises une intégration en L2 ou L3, la bonne nouvelle c'est que ça reste possible, mais via une rentrée classique de septembre, pas en cours d'année. On parle alors de passerelle plutôt que de rentrée décalée.
Et si la fac ne propose pas de solution ? 💭 Les écoles privées offrent des bachelors avec des rentrées décalées en 1re, 2e et 3e année, bien plus flexibles que les universités. Si tu explores cette piste, vérifie que le diplôme est bien inscrit au RNCP niveau 6 (et idéalement qu'il bénéficie du grade de licence si tu veux poursuivre en master ensuite, sans difficulté).
✅ La réorientation inter-semestrielle concerne principalement la L1, avec une entrée au 2e semestre
✅ Les candidatures se font généralement entre novembre et décembre, directement auprès de l'université
✅ En L2, L3 et master, les rentrées décalées sont très rares : privilégie les passerelles (tenter d'intégrer une autre filière proche) en septembre (la rentrée classique)
✅ Une alternative : les bachelors en école privée, souvent accessibles en cours d'année
En master, la réorientation en cours d'année, d'un M1 ou d'un M2 à l'autre, n'est pas aisée non plus. Ce qui est possible, en revanche, c'est de changer de master entre le M1 et le M2, mais le parcours est semé d'embûches. La sélection à l'entrée du master s'est considérablement durcie ces dernières années : en 2025, Mon Master enregistrait en moyenne 17,3 candidatures par place, contre 12,7 en 2023. Autrement dit, la concurrence est réelle, même pour les profils déjà titulaires d'un M1.
Quelques pistes existent tout de même. Il est parfois possible d'intégrer directement un M2 si ton M1 est suffisamment proche de la formation visée (un M1 de lettres vers un M2 de communication, par exemple). Dans ce cas, le mieux est de contacter directement le responsable du master avant de candidater : il pourra évaluer la faisabilité de ton projet et t'indiquer les points à consolider dans ton dossier. Les places en M2 sont rares et elles ne sont jamais garanties. La procédure s'effectue en interne et non pas via Mon Master.
Autre option : les admissions parallèles en école de commerce ou d'ingénieurs, via des concours dédiés. Et pour ceux qui veulent prendre le temps de bien choisir avant de se relancer, comme Alice, une rentrée tardive ou décalée, jusqu'en mars, reste possible dans certains cursus, selon les établissements et les places disponibles à la rentrée.
Et rappelle-toi : se réorienter, c'est corriger sa trajectoire, pas abandonner. Comme Paul et Alice l'ont montré, l'enjeu n'est pas d'éviter la difficulté, elle sera là, qu'on le veuille ou non, mais d'aller là où l'élan est sincère. Et ça, ça change tout !






