Changer d’orientation à la fac sans perdre une année, c’est possible. Chaque année, le nombre d’étudiantsen réorientation en première année post-bac augmente, selon un rapport ministériel. Environ 30% des étudiants décrochent dès le premier semestre à l’université. Ceux-ci peuvent se réorienter l’année suivante, ou en cours d’année, dès le second semestre.
Si, dans le privé, les rentrées décalées sont monnaie courante, la réorientation à l’université est moins connue. Il existe pourtant des passerelles en licence, BTS, BUT ou classes préparatoires, pour passer d’une formation à l’autre en cours d’année. Pour la rentrée de janvier 2024, les inscriptions sont ouvertes dès à présent via les dispositifs internes des universités. Diplomeo a échangé avec deux étudiants qui ont opté pour une réorientation ou une rentrée tardive. Ils nous racontent.
"Une fois que j’ai été mis au courant, j’ai voulu me réorienter dès que possible" : Paul, étudiant en L2 Sciences politiques à Paris I
Quand Paul a découvert, tout à fait par hasard, la possibilité de se réorienter, il n’a pas hésité. Après un semestre en L1 d’économie à Paris I Panthéon-Sorbonne, en 2022, il a intégré une L1 Sciences politiques dans la même université. Le jeune homme de 19 ans, aujourd’hui en L2, ne regrette pas son choix.
Pourquoi as-tu voulu te réorienter ?
Quand je suis rentré, en septembre 2022, en licence 1 d’économie, je me suis très vite rendu compte que ça ne me plaisait pas vraiment. Et je ne me voyais pas étudier cette matière pour les trois prochaines années. Au début, je n’étais pas du tout au courant qu’on pouvait se réorienter. Mais j’ai eu la chance que quelqu’un de ma promo en parle, après plusieurs semaines.
J’avais en tête de me réorienter en sciences politiques. J’étais attiré par le côté pluridisciplinaire de la formation. Il y a de l’économie, mais on nous propose aussi des enseignements en philosophie politique, en sociologie…
Quelle procédure as-tu suivi pour te réorienter ?
Ça a été compliqué, parce que la fac donne très peu d’infos sur comment faire cette procédure de réorientation. Il faut prendre tout un tas de rendez-vous avec la scolarité, avec les différents interlocuteurs de l’administration… Les informations étaient difficiles à obtenir, ce n’était pas clair. Donc je suis allé voir le syndicat l’Union étudiante pour leur demander conseil. Ils connaissaient la procédure et comme ils étaient en lien avec l'administration, ils ont facilité les choses.
“Les informations étaient difficiles à obtenir, ce n’était pas clair”
Pour mon dossier, j’avais des notes à peu près correctes, autour de la moyenne. Il a fallu ensuite prendre des rendez-vous, avec la scolarité de l’UFR (Unité de formation et de recherche) de Sciences Po notamment. J’ai dû expliquer mon projet de réorientation et ma motivation. Je ne sais pas sur quels critères exactement mon dossier a été accepté, mais j’ai réussi à entrer au second semestre en sciences politiques, dans la même fac.
Comment t’es tu préparé à cette rentrée décalée ?
Je ne me suis pas vraiment préparé à cette réorientation. Avant de commencer en janvier ma nouvelle formation, j’ai dû valider mon semestre 1 d’économie. Dans le même temps, j'ai récupéré certains cours du premier semestre de Sciences Po pour les lire. Même si je n’ai réussi à tout rattraper, je n'étais pas trop perdu.
Quelles difficultés as-tu rencontré à ta rentrée ?
Pour les cours, le plus difficile a été de rattraper les notions en sociologie des organisations, car je n’avais aucune base ni méthode. Pour les autres matières, c’était plus simple, car je m’y intéressais déjà personnellement. Mais de manière générale ça a été, ça reste un niveau de licence 1, rien n’était irrattrapable !
Comment s’est passée ton intégration ?
Quand je suis arrivée en cours d’année, les profs n’étaient pas au courant de ma réorientation. De toute façon, ils doivent noter tout le monde de la même manière. Et leur temps est très limité, donc ils n’ont pas pu m’expliquer ce que j’avais raté. Côté intégration sociale, ça n’a pas été un obstacle particulier. Même si des amitiés s’étaient déjà formées au premier semestre, je me suis fait un groupe d’amis au bout de quelques semaines.
Penses-tu avoir fait le bon choix ?
Oui, bien sûr ! Je me sens bien mieux dans ces études qu’en licence d’éco : j’aime toutes les matières, et j’attends de voir comment je vais évoluer pour me décider à me spécialiser par exemple. Je n’étais pas du tout au courant de la possibilité de la réorientation. Pour moi, il fallait recommencer depuis le début. Une fois que j’ai été mis au courant, j’ai voulu me réorienter dès que possible.
Les étudiants devraient avoir connaissance de cette possibilité plus facilement, car beaucoup d’entre eux entrent dans certaines filières par défaut. Cela leur permettrait d’être plus en adéquation avec ce qu’ils veulent faire. La réorientation permet aussi à la fac de se réorganiser avec son vivier d’étudiants qui souhaitent changer de formation. Donc si plus d’étudiants sont au courant, ce sera forcément positif.
"La rentrée tardive m’a permis de reprendre mes études, alors que j’étais encore indécise" : Alice, étudiante en M1 de géographie à Paris I
Pour les étudiants en master à l’université, la réorientation en cours d’année n’existe pas. Mais il est possible, selon les profils et les établissements, de réaliser une rentrée tardive. C’est ce qu’a pu faire Alice, 24 ans, étudiante en Master 1 de géographie à Paris. La jeune femme, originaire de la région Lyonnaise, a repris ses études mi-novembre, deux mois après le début des cours.
Pourquoi as-tu repris tes études ?
J’ai été diplômée d’une licence de géographie à Lyon en 2020. Puis, j’ai fait une pause de deux ans, car je ne savais pas ce que je voulais faire. Jusqu’à cet été, je travaillais sur les marchés comme vendeuse. C’est un métier difficile, qui implique de se lever au milieu de la nuit et de travailler les weekends, et je ne me voyais pas faire ça toute ma vie.
Pourquoi avoir opté pour une rentrée tardive ?
Je me suis inscrite sur la plateforme Mon Master l’hiver dernier. Je ne savais pas trop ce que ça allait donner. Finalement, j’ai eu une place en master, très tard, fin septembre. C’est en discutant avec mon université que j’ai appris qu’il existait la possibilité d’une rentrée tardive. Donc finalement, c’est un peu un choix par hasard. Ça tombait bien, car ça m’a laissé l’été pour réfléchir à ce que je voulais faire.
Comment t’es tu préparée à cette rentrée tardive ?
Mon grand frère vient de finir ses études supérieures dans la même filière que moi. Donc je lui ai demandé de m'aider, pour savoir comment m’y prendre, et pour m’aider à reprendre un rythme d’études. Il m'a montré ce qu'on allait voir en master et m'a fait réviser des notions de la licence que j’avais oubliées.
Comment s’est passée ton intégration ?
Ça ne fait que deux semaines, mais pour l’instant je suis contente, c’est vraiment très sympa. Les étudiants de ma promo m'ont tout de suite transmis les cours, ainsi que des conseils. À mon arrivée, je suis aussi allée voir les professeurs un par un, ils m'ont tous dit qu’ils pourraient m’envoyer les PowerPoint ou les cours que j’avais ratés.
Je ne me sens pas larguée : j'ai de la chance d'avoir eu quelqu'un qui est proche de moi, qui me connaît et qui peut m'aider. Mais sans ce soutien, ça peut être plus compliqué de débarquer en rentrée tardive.
Quelles difficultés as-tu rencontré à ta rentrée ?
Côté cours, c’est parfois compliqué de rattraper les connaissances et ce qui a été fait sur les dossiers de groupe, qui sont des travaux qui courent sur tout le semestre. Je galère aussi sur la partie informatique : on a des cours d’utilisation d'outils, de géographie informatique et de statistiques. Mais sinon ma plus grande difficulté est plutôt matérielle. Comme j’ai dû déménager tardivement, je n’ai pas réussi à trouver de logement. Pour l'instant, je suis chez une amie qui m'héberge, ce n'est pas très stable.
Penses-tu avoir fait le bon choix ?
Oui ! Je ne regrette pas, cette rentrée tardive m’a permis de me décider à reprendre mes études alors que j’étais encore indécise. J’aimerai maintenant terminer ce master pour trouver un meilleur travail qu’avant, dans l’aménagement du territoire par exemple.
Si quelqu’un d’autre était dans ma situation, je lui conseillerais de ne pas avoir peur et d’avoir confiance dans les camarades de promotion pour nous aider. Que ce soient eux ou les profs, ils restent ouverts.