Vœux formulés, lettres de motivation soignées, dossier complété : et au bout de la phase complémentaire de Parcoursup, toujours aucune proposition d’admission. C'est pour ces candidats qu'un dispositif méconnu entre en jeu ce mercredi 1er juillet 2026 : la Commission d’accès à l’enseignement supérieur (CAES).
Derrière ce sigle se cache un dispositif que beaucoup découvrent en dernier recours, souvent à reculons, avec la crainte qu'on les case sur n'importe quelle place restante. En 2025, selon le ministère de l'Enseignement supérieur, 22 235 candidats ont sollicité la CAES (contre 18 984 un an plus tôt) et à la fin de la procédure, la quasi-totalité a trouvé chaussure à son pied.
Toutefois, une question demeure : comment cette commission discrète parvient, dossier après dossier, à rattraper ceux qui se retrouvent sans solution ? Pour le comprendre, on a demandé à Linda Cormenier, chargée d'orientation et d'insertion professionnelle à l'université de Poitiers, qui siège dans la commission de l’académie locale.
« La commission propose, le candidat dispose »
Quand un candidat sollicite la CAES, il ne tombe pas sur un guichet automatique qui le recase sur une place vacante. En effet, sa demande atterrit devant une assemblée qui se réunit en séance, où siègent les CIO, les psychologues de l'Éducation nationale, des représentants d'autres ministères comme l'Agriculture ou la Santé, et les missions locales, le tout piloté par le rectorat. « Tous les partenaires de l'orientation-insertion de l’académie sont réunis pour essayer de trouver des solutions aux candidats », décrit Linda Cormenier.
Une fois la demande enregistrée, l'examen ne commence pas par les bulletins, mais par l'ensemble du dossier Parcoursup : les vœux, les résultats, les appréciations des professeurs et, surtout, le projet professionnel.
« On va se baser sur ses vœux et son projet pour lui proposer des solutions là où il existe des places vacantes, et essayer d'élargir un petit peu les vœux qu'il a effectués », explique la chargée d'orientation. L'objectif ? Ouvrir le champ des possibles. « Pour arriver à un projet, on peut passer par des chemins un peu détournés auxquels le candidat n'aurait pas pensé », illustre Linda Cormenier.
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Un détail compte particulièrement à ce stade, même si beaucoup le remplissent sans y penser : la rubrique « Ma préférence », renseignée en début de procédure sur Parcoursup. « Si le candidat l'a remplie, c'est intéressant pour nous, parce qu'on voit ce qu'il souhaite », souligne Linda Cormenier. Une simple case qui devient, en commission, l'un des premiers repères pour cerner le projet pro.
Au bout du compte, les représentants de la CAES éclairent le chemin et le jeune garde la main sur la décison finale. « La commission propose, le candidat dispose », résume-t-elle.
Trouver des solutions, à condition d’élargir ses choix
Par ailleurs, la commission d’accès à l’enseignement supérieur n’est pas réservée à des élèves qui n’ont aucune idée de leur orientation future, loin de là. « Ce n'est pas forcément quelqu'un qui ne sait pas », explique la chargée d’orientation de l’université de Poitiers , avant de préciser que : « souvent, ils ont plutôt un projet, et malheureusement ils n'ont eu que des refus sur leurs candidatures ».
C'est précisément ce qui facilite le travail de la commission, puisqu'un projet clair et des vœux suffisamment ouverts débouchent vite sur une piste, tandis que la difficulté se concentre sur les « filières qui vont être très en tension, notamment le droit, la psycho, les STAPS et les licences accès santé », où les places ne se libèrent qu'au compte-goutte.
Quand le vœu de départ concerne donc ces licences très prisées, la CAES ouvre un autre chemin vers le même métier. Par exemple, un candidat qui visait une formation d'infirmier sans décrocher de place peut ainsi se voir proposer une place d'aide-soignant, d'où une passerelle permet plus tard de rejoindre le diplôme d'infirmier.
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La même idée vaut d'une filière à l'autre, puisque « les candidats qui font des candidatures sur du commerce et qui n'ont pas de solution » trouvent parfois une place du côté du ministère de l'Agriculture, avant d'enchaîner sur une licence professionnelle.
Encore faut-il accepter ce détour, car « beaucoup restent cantonnés à un seul choix et n'ouvrent pas assez leurs vœux », observe Linda Cormenier. Et quand une proposition surprend, parce qu'elle ouvre sur un domaine auquel l'élève n'avait jamais pensé, la commission prend le temps de « retravailler avec eux, discuter avec eux et leur famille » pour expliquer la démarche et lever les dernières hésitations.
Les conseils d'une experte pour aborder la CAES sereinement
Pour un candidat qui s'apprête à franchir le pas en ce 1er juillet, Linda Cormenier commence par déminer le terrain : il n'y a presque rien à préparer en amont, puisque tout ce qui figure déjà dans le dossier Parcoursup suffit à la commission, sans pièce supplémentaire ni argumentaire à construire. Son seul mot d'ordre est de garder un œil sur sa messagerie, car « on risque de les solliciter » à tout moment, par mail comme par téléphone.
De plus, le canal n'est pas choisi au hasard. Quand une place correspond directement au domaine visé, la proposition arrive par mail ; quand le projet demande à être retravaillé, ou quand la fameuse rubrique « Ma préférence » est restée vide, un conseiller appelle directement le candidat pour échanger avec lui. Une raison de plus de renseigner cette case et de décrocher quand un numéro inconnu s'affiche cet été.
Concernant le calendrier, justement, rien ne se joue maintenant. Les commissions se réunissent par vagues durant l’été, l'une début juillet, une autre fin juillet, une dernière fin août et les situations les plus simples sont même traitées en continu, au fil de l'eau, même au-delà de la date butoir de la phase complémentaire qui s’achève le 10 septembre prochain. Autrement dit, un candidat sans solution aujourd'hui garde plusieurs rendez-vous devant lui, jusqu'à la mi-octobre, pour voir son dossier examiné.
Sur le choix de la ville, la chargée d'orientation rappelle que tout dépend de chaque situation. « De toute manière, il y a une préférence pour les étudiants de l'académie », notamment sur les filières en tension, observe-t-elle, avant de nuancer : « on ne peut pas forcément tous aller en formation à Paris, à Bordeaux, ce sont des villes qui sont très chères aussi ». Mieux vaut donc, selon elle, candidater au plus près de chez soi.
Elle tient aussi à rassurer ceux qu'une proposition éloignerait de leur famille, en rappelant que la commission peut les orienter vers les assistantes sociales du secteur, pour le logement comme pour les bourses, afin que la question matérielle ne devienne jamais le motif d'un renoncement.
Enfin, un dernier conseil, qui résume tous les autres : « il ne faut surtout pas rester tout seul face à ces refus », rappelle Linda Cormenier. La CAES est là pour cela, et quoi qu'elle propose, le dernier mot reviendra toujours au candidat.





