Tu termines ta licence de droit, ou tu l’as déjà en poche, et l’idée du journalisme te trotte dans la tête depuis un moment. Les grandes affaires judiciaires, les chroniques politiques, les enquêtes sur les dérives législatives : tu lis, tu regardes, tu écoutes, puis tu te demandes si finalement ton parcours te ferme les portes du journalisme ou te les ouvre. Ne tergiverse plus : le journalisme te tend les bras ! La majorité des écoles de journalisme reconnues par la profession recrute des profils bac+3, toutes disciplines confondues, et ta formation juridique est loin de faire le grand écart avec les attendus de ces cursus .
Les 16 formations reconnues : pourquoi ta licence est la bienvenue
En France, 16 écoles et universités dispensent des cursus de journalisme reconnus par la profession et validés par la Commission paritaire nationale de l’emploi des journalistes (CPNEJ). Ce label a du poids : il facilite l’insertion et l’obtention de la carte de presse.
Pour l’obtenir, il faut tirer au moins la moitié de ses revenus d’une activité journalistique. C’est donc ton employeur ou tes piges qui créent les conditions, pas ta formation. Sortir d’une école reconnue par la CPNEJ permet simplement d’accéder bien plus facilement aux grands organes de presse.
La quasi-totalité de ces formations sont de niveau master (bac+5) et accueillent donc des profils de niveau bac+3 minimum. Tu peux donc être issu d’un BUT, comme d’une licence professionnelle en un an ou d’une licence classique en trois ans.
Pour espérer intégrer l’une de ces formations, il faut passer par un concours. Pour chaque établissement, le concours d’entrée compte généralement des épreuves écrites d’admissibilité, puis un oral pour les candidats retenus. C’est là que ça devient intéressant pour toi qui te demandes si ta licence de droit est un passeport valable : les écoles de journalisme n’imposent aucune mention de licence particulière pour se présenter à leur concours. Ils sont ouverts à qui souhaite les tenter !
Par ailleurs, sur Mon Master, plusieurs formations en journalisme sont recensées (même si beaucoup ne proposent qu’une procédure d’admission en dehors de la plateforme) et indiquent explicitement « Tout DNL » (tout domaine de diplôme national de licence) dans la rubrique Diplômes conseillés pour candidater. Là encore, tu as ta réponse : une licence de droit n’est en aucun cas un obstacle pour candidater en master de journalisme. L’Onisep confirme d’ailleurs que droit, histoire, lettres et sciences politiques font partie des licences traditionnellement empruntées pour rejoindre le journalisme.
Pour t’y retrouver, voici le détail de chaque concours :
| École | Ville | Places | Épreuves d’admissibilité | Épreuve d’admission (oral) | Frais de scolarité |
| CELSA – Sorbonne Université | Neuilly-sur-Seine | 30-32 | Synthèse dossier d’actualité + essai sur le journalisme + épreuve de créativité (en ligne, 2 jours) | Oral motivation + anglais (visioconférence) | ~250 €/an (droits nationaux) |
| CFJ | Paris | 53 | Questionnaire de présentation + épreuve de rédaction en temps limité (en ligne) | QCM actualité/CG/français + oral 60 min : réflexes journalistiques, actualité, anglais (visioconférence) | 6 800 €/an ; gratuit (boursiers éch. 5-7) |
| CUEJ | Strasbourg | 48 (+12 double master franco-allemand) | Article sur thème de société + connaissance actualité + observation/reportage + culture générale | 2 oraux : motivation et actualité | ~254 €/an (droits nationaux) |
| CY Cergy Paris Université | Gennevilliers | 18 | Dossier (CV + lettre de motivation + projet pro) + épreuve écrite : sujet d’invention sur document iconographique + article sur dossier de presse | Entretien oral visio : CG (culture générale), motivation, projet professionnel | ~243 €/an (droits nationaux) |
| EJCAM – Aix-Marseille | Marseille | 30 | Épreuves d’admissibilité sur la plateforme CEJ | Oral | 254 €/an (droits nationaux) |
| EJDG – Grenoble | Échirolles | 30 | Dossier : CV + projet professionnel (3 pages) + exercice rédactionnel (portrait d’un soignant, 4 500 signes) | Entretien oral | 1 300 €/an (boursiers : exonérés) |
| EPJT – Tours | Tours | 36 | Dossier étudié par un enseignant + un professionnel ; inscription et épreuves gratuites | Oral devant jury (universitaire + professionnel) | ~243 €/an (droits nationaux) |
| ESJ Lille | Lille | 60 | Dossier pédagogique en ligne : parcours + écriture journalistique (contenu révélé une semaine avant) | Journée en présentiel à Lille : écrits (actualité 15 %, narration 15 %, français 10 %) + oral (50 %) + épreuve collective + anglais (10 %) | 5 500 € à 6 750 €/an (non boursiers, selon revenus) ; gratuit (boursiers éch. 5-7) |
| IFP – Paris Panthéon Assas | Paris | 26 | Dossier : résultats scolaires + une ou plusieurs attestations de stage en journalisme (obligatoire, 1 mois min.) + autoportrait + réflexion sur question contemporaine + préparation reportage fictif | Entretien oral avec jury | ~254 €/an (droits nationaux) |
| IJBA – Bordeaux Montaigne | Bordeaux | 36 | Dossier (mars) + épreuves écrites (mai) : synthèse + projet d’enquête + photojournalisme | Oral 30 min : commentaire d’une production journalistique (tout à distance) | ~254 €/an (droits nationaux) |
| IPJ – Paris-Dauphine PSL | Paris | 48 (dont 12 en alternance) | Dossier anonyme : CV + vidéos de présentation + 3 rédactions (discussion autour d’un article, portrait d’un métier du quotidien + photo, synopsis tiré au sort 6 h) | Oral 30 min (visioconférence) : parcours, vision du métier, actualité | 258 € à 11 100 €/an selon revenus du foyer ; gratuit pour boursiers |
| École de journalisme Sciences Po | Paris | ~70 | Double évaluation de dossier par 2 enseignants Sciences Po | Entretien oral (distancie) | 0 € à 20 640 €/an selon revenus ; moyenne : 7 275 €/an |
| Université de Lorraine | Metz | 40 (20 M1 + 20 M2) | Dossier sur Mon Master : éléments administratifs + exercices et réalisations spécifiques | Entretien oral en ligne | ~254 €/an (droits nationaux) |
| EJT | Toulouse | 34 | 4 épreuves écrites + dossier administratif | Entretien de motivation 30 min (actualité, CG, français) + entretien de langue 15 min (anglais ou espagnol), tout en visioconférence | 3 000 € à 4 500 €/an |
Les places sont rares. Tu l’as vu, il faut compter entre 18 et 70 places par établissement pour chaque promotion. La sélection est sévère, mais elle porte sur tes compétences et non pas sur ton intitulé de licence !
- Novembre – décembre : premières ouvertures d’inscriptions
- Janvier – mars : inscriptions ouvertes dans la quasi-totalité des écoles. C’est la période clé pour déposer son dossier. Mars – avril : épreuves écrites d’admissibilité pour la plupart des formations.
- Avril – mai : résultats d’admissibilité et convocations aux oraux.
- Avril – juin : oraux d’admission.
- Début juin : résultats définitifs dans toutes les écoles, avant l’été.
Les deux formations restantes sur les 16 reconnues par la CPNEJ sont les BUT journalisme de l’IUT de Lannion et de l’IUT de Cannes. Ceux-ci recrutent dès le bac et offrent un niveau de formation bac+3. Toi, avec ta licence en poche, c’est plutôt une entrée directement en cycle master que tu recherches.
Ce que ta fac de droit t’a vraiment appris d’utile pour les concours
Les épreuves des écoles de journalisme testent la capacité à argumenter, à synthétiser et à traiter de l’information complexe avec rigueur, tout en la rendant accessible. C’est, mot pour mot, ce qu’on t’a demandé pendant trois ans en fac de droit.
La dissertation juridique t’a entraîné à construire un raisonnement en partant d’une problématique, à ne pas avancer une affirmation sans la justifier, à distinguer ce qui est fait établi de ce qui est interprétation. Le commentaire d’arrêt t’a appris à aller à l’essentiel depuis un document dense et technique. Et, l’obligation de suivre l’actualité législative et jurisprudentielle, même par devoir académique, t’a donné une culture générale que beaucoup de candidats n’ont tout simplement pas.
Plusieurs concours d’écoles comportent des épreuves de culture générale, de synthèse de textes ou de connaissance de l’actualité. Ton profil est directement armé pour ça !
Prépare-toi dès ta licence : le double diplôme droit-journalisme
Si tu es encore en licence, il existe une voie qui combine les deux disciplines dès le départ. Par exemple, l’Université de Lille propose une licence Droit parcours Journalisme, en double diplôme avec l’Académie ESJ Lille. À l’issue des trois ans de formation, tu obtiens une double diplomation et tu arrives aux concours d’entrée des masters de journalisme avec une longueur d’avance.
Pour ceux qui n’ont pas emprunté cette double spécialisation, il est toujours possible d’ajouter quelques cordes journalistiques à son parcours juridique, notamment via des stages en rédaction, l’écriture pour un blog d’actualité juridique, la participation à un journal étudiant, ou la collaboration à une web radio ou à un podcast associatif, par exemple. Au-delà du dossier académique, les jurys aiment croiser quelques expériences concrètes en lien avec le métier.
Journaliste juridique : la spécialisation que peu peuvent revendiquer
Sortir d’une école de journalisme avec une licence de droit dans le bagage, c’est pouvoir revendiquer une spécialisation que peu de candidats ont : le journalisme juridique et judiciaire, pourquoi pas !
Le journaliste juridique assure la veille de l’actualité législative et jurisprudentielle, couvre les procès, vulgarise le droit pour un lectorat qui n’a pas fait de cursus juridique. Il est, concrètement, le traducteur entre les institutions judiciaires et le grand public, et pour traduire correctement, encore faut-il comprendre l’original. Ta licence te place dans une position très favorable pour tout cela.
Ce profil est recherché dans les médias spécialisés (presse juridique, revues professionnelles), mais aussi dans les rédactions généralistes qui couvrent la justice, les affaires ou la politique. Les évolutions de carrière classiques vont du reporter aux postes de chef de rubrique, rédacteur en chef adjoint ou éditeur juridique après plusieurs années en poste.
Spécialité juridique ou non, le journalisme est un secteur où les trajectoires salariales varient beaucoup selon le statut, le média et l’ancienneté. Un journaliste en CDI bénéficie de la convention collective nationale des journalistes professionnels, qui fixe un salaire minimum de branche, généralement au-dessus du SMIC pour les titulaires d’une carte de presse. Le pigiste, lui, facture à la pige et construit sa rémunération au fil des collaborations. Les débuts sont souvent serrés en termes de rémunération, avant que réputation et carnet d’adresses ne prennent de la valeur.
Une spécialisation juridique peut devenir un argument de négociation solide une fois en poste, notamment dans les médias spécialisés ou les services juridiques de grands groupes de presse. Le secteur se construit rarement sur un CDI d’emblée, mais plutôt par les stages, les piges et les expériences terrain qui s’accumulent pendant et après la formation.






