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72 % des jeunes estiment que l'orientation arrive trop tôt (Étude CEVIFOP)

Une enquête documente l'anxiété des 18-24 ans face à l'orientation. Plusieurs points sont évoqués, comme la rigidité des parcours, le manque d'accompagnement ou encore la pression du diplôme.
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En France, l’orientation scolaire et professionnelle devrait servir de boussole pour les élèves. Mais en réalité, elle semble désorienter et déboussoler. L’enquête menée en 2025 par le CEVIPOF (CNRS/Sciences Po) auprès de 1 064 jeunes âgés de 18 à 24 ans documente ce paradoxe.

Cette nouvelle étude, qui combine données quantitatives et témoignages, retient un chiffre parlant : 72 % des jeunes considèrent que le choix d’orientation arrive trop tôt dans le cursus scolaire. 

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 « C’est comme un vide et on saute sans savoir » 

Ce système, où les destins se jouent dès la classe de troisième, cristallise toutes les tensions. Entre pression sociale, défiance envers les acteurs scolaires et peur de l’échec, les jeunes se retrouvent face à des choix décisifs sans toujours avoir les moyens de les assumer. « En 3ème, j’ai fait un choix plus à contrecœur, je ne savais pas vers quoi m’orienter. J’ai un peu choisi au pif », témoigne un jeune interrogé dans l’étude. Un autre formule les choses autrement : « C’est comme un vide et on saute sans savoir ». 

Cette image du saut dans le vide revient souvent dans les témoignages recueillis. « C’est oppressant, on ne sait pas encore ce que l’on veut faire, c’est toujours de la pression en soi », explique un participant. « C’est frustrant de ne pas avoir d’idées et stressant de risquer de ne pas faire le bon choix », renchérit un autre.

La peur de se tromper pèse lourd. 61 % des jeunes considèrent qu’en France, il n’y a pas de droit à l’erreur en matière d’orientation professionnelle. Le diplôme obtenu détermine étroitement les perspectives d’emploi, et les possibilités de bifurcation dans les parcours restent limitées.

Lisa d’Argenlieu, doctorante en sciences de gestion à Paris-Dauphine et co-autrice de l’étude, le résume : « Les jeunes sont en construction et c’est très difficile à cet âge-là de faire des choix. Ils connaissent peu les métiers, et cela cristallise les inégalités ».

Les émotions négatives dominent. Au sortir du cycle secondaire, 73 % des jeunes reconnaissent avoir ressenti de l’inquiétude (49 %), de la confusion (32 %) ou du découragement (25 %). La peur de faire un mauvais choix (45 %), de ne pas réussir dans la formation choisie (42 %), de ne pas trouver de travail après les études (38 %) s’invite à chaque étape. En outre, 73 % des jeunes admettent avoir peur de l’avenir, un chiffre qui grimpe à 79 % chez les jeunes femmes.

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Une confiance très relative dans les acteurs scolaires

Si la majorité des jeunes (70 %) déclarent faire confiance à l’école, seuls 12 % lui accordent « tout à fait » leur confiance. L’accompagnement proposé est jugé insuffisant, parfois absent. Les conseillers d’orientation sont particulièrement critiqués :  56 % des jeunes estiment qu’ils n’ont pas suffisamment pris en compte leurs souhaits ou aspirations, tandis que 60 % constatent qu’ils n’aident pas vraiment les élèves.

« J’y suis allée et elle m’a orientée sur des choses, mais ça ne m’a pas plu, elle voulait que je fasse mécanique, hors de question. (…) Elle était persuadée que j’allais devenir mécanicienne », raconte une jeune femme. Un autre témoignage enfonce le clou : « Il ne trouvait pas de solution, il m’a orienté vers quelque chose qui n’avait rien à voir, il voulait me caser, c’est tout ». Le portrait qui se dessine est celui d’une profession distante, rencontrée de façon épisodique, sans suivi dans la durée.

Les enseignants ne sont pas mieux lotis dans les jugements. 44 % des élèves estiment que leurs professeurs n’ont pas pris en compte leurs souhaits d’orientation, les percevant comme focalisés sur les résultats scolaires et le baccalauréat. « Ils voulaient du 100 % au bac. Ils se fichaient de la suite. Les profs étaient concentrés sur le bac et pas après le bac », témoigne un premier étudiant. « Le prof a une matière spécifique, je ne me vois pas parler au prof d’histoire-géo de ce que je veux faire », résume un second.

De fait, les parents se retrouvent en première ligne. 73 % des jeunes estiment que leurs parents se sont beaucoup ou assez occupés de leur orientation. Cette présence peut néanmoins devenir source de tension. « Ma mère ne m’a pas soutenue dans les choix scolaires. Elle aurait aimé que j’aille en filière générale, et avoir un métier honorable », confie une jeune femme. Le verdict tombe parfois sèchement : « Les parents sont plus stressants que vraiment utiles », lit-on dans l’étude.

Trois pistes pour redonner de la visibilité aux jeunes

L’étude du CEVIPOF ne se contente pas de documenter les difficultés et identifie trois grands axes pour améliorer le processus d’orientation : confiance, information et accompagnement.

Sur le premier volet, les jeunes font davantage confiance au monde professionnel qu’aux acteurs scolaires. 78 % font confiance aux PME et 73 % aux entreprises françaises. Rapprocher le monde de l’entreprise et celui de la formation permettrait de donner aux élèves une vision concrète des métiers et de leurs débouchés, là où les discours éducatifs restent souvent abstraits.

L’information constitue un autre point de blocage. Si les jeunes se disent globalement satisfaits des informations à leur disposition, 47 % reconnaissent ne pas avoir eu accès à toutes les informations nécessaires pour faire le meilleur choix. Le problème n’est pas tant la masse d’informations disponibles que leur personnalisation. L’étude suggère d’innover en combinant intelligence artificielle et accompagnement humain pour proposer un soutien adapté à chaque parcours.

Reste la question de l’accompagnement individualisé sur le long terme. Les jeunes réclament un suivi personnalisé qui prenne en compte non seulement leurs résultats scolaires, mais aussi leurs aspirations, leur personnalité et leurs compétences réelles. Cette demande est encore plus marquée chez les jeunes filles, qui se sentent moins bien préparées (30 % contre 46 % des garçons) et plus inquiètes face à l’avenir.

« Faire de l’orientation, qui est au cœur des politiques publiques dans le champ de l’éducation et de la formation, une grande cause nationale, serait un objectif à considérer », lit-on dans les conclusions de l’étude.

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