Ils quittent les open spaces, rachètent des terres, plantent leurs premiers rangs de vigne ou lancent un élevage de chèvres en Ardèche. Le phénomène ne se dément pas : selon une analyse du ministère de l’Agriculture publiée en 2025, près de 80 % des installés récents sont d’anciens reconvertis, qu’ils viennent du monde agricole ou non. Mais pour beaucoup d’autres, le rêve est là depuis l’enfance : l’odeur de la terre mouillée après la pluie, les étés à aider aux foins, cette certitude tranquille qu’un jour, ce sera ton exploitation. Que tu sois en pleine reconversion ou que tu aies toujours voulu devenir agriculteur, le projet se prépare : il y a des diplômes, un plan d’entreprise, des aides à l’installation et des chemins bien plus variés qu’on ne l’imagine. Découvre par où commencer !
Après la 3e : les premières formations agricoles
Tu sais déjà que l’agriculture t’attire, mais tu n’as pas encore le bac ? Bonne nouvelle : les voies d’entrée dans l’enseignement agricole commencent dès la fin du collège.
Lance-toi avec un CAP agricole
Le CAPA (Certificat d’Aptitude Professionnelle Agricole) Métiers de l’agriculture (MAGRI) est le premier diplôme de niveau 3 (le niveau avant le bac) accessible depuis la 3e. Il se prépare en 2 ans, dans un lycée agricole, en formation initiale ou en apprentissage (en alternance). Il couvre des spécialités variées selon l’établissement : élevage bovin, maraîchage, arboriculture, viticulture…
Le CAPA te donne une base technique solide, mais seul, il ne suffit pas pour s’installer comme chef d’exploitation. Il ouvre surtout sur le BP (brevet professionnel) Responsable d’entreprise agricole (2 ans supplémentaires, niveau 4, équivalent au bac), qui, lui, est reconnu pour accéder aux aides à l’installation.
Vise le bac pro pour te donner toutes les options
Le bac pro Conduite et gestion de l’entreprise agricole (CGEA), en 3 ans après la 3e, est le diplôme de référence pour qui veut s’installer. Le bac pro CGEA et le BP Responsable d’entreprise agricole (2 ans après un CAPA) sont les deux diplômes de niveau 4 qui ouvrent droit aux aides à l’installation, notamment la Dotation Jeune Agriculteur. Le bac pro CGEA reste le plus courant pour un lycéen qui part de la 3e.
En région viticole, une spécialité existe aussi : le bac pro Conduite et gestion de l’entreprise vitivinicole.
Après le bac : cap sur le BTSA
Pour ceux qui arrivent avec un bac en poche (bac général, technologique ou professionnel), le BTSA (Brevet de Technicien Supérieur Agricole) est la suite naturelle. C’est un diplôme de niveau 5 (bac+2), accessible en 2 ans en lycée agricole et souvent en alternance.
Choisis la spécialité qui correspond à ton projet
Quatre BTSA sont particulièrement adaptés à un projet d’exploitant :
- BTSA Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole (ACSE), la formation la plus polyvalente. Elle forme à la gestion globale d’une exploitation : agronomie, économie, stratégie d’entreprise. Elle existe en deux options : transitions agricoles en territoires métropolitains, ou en territoires ultramarins.
- BTSA Métiers de l’élevage : développement, production, conseil : pour ceux qui se destinent aux productions animales (bovins, ovins, porcins, équidés…). Il combine zootechnie, gestion de troupeau et conseil aux éleveurs.
- BTSA Agronomie et cultures durables : orienté productions végétales, agroécologie et gestion durable des sols. Une formation en phase avec la transition agricole.
- BTSA Métiers du végétal : alimentation, ornement et environnement. Plus généraliste, il couvre le maraîchage, l’horticulture et les filières végétales hors grandes cultures.
Et après le BTSA ? Les portes du bac+3 et au-delà
Le BTSA ouvre plusieurs portes, notamment vers des diplômes qui élèvent ton niveau de qualification et tes responsabilités.
Décroche un bachelor agro dès 2026
C’est la grande nouveauté : à partir de la rentrée 2026, l’enseignement agricole propose un bachelor agro, un diplôme national en sciences et techniques de l’agronomie. Ce bac+3 (niveau 6, grade de licence) fait le pont entre le BTSA et l’ingénieur agronome, en un an (après un bac+2, comme le BTSA). Il se décline en plusieurs mentions : agriculture, agroalimentaire, équipements agricoles, entrepreneuriat et management. L’objectif affiché est l’insertion professionnelle directe et se veut donc idéal pour qui veut prendre la tête d’une exploitation ou d’une coopérative agricole sans passer par un cycle long.
Bon à savoir : à partir de la rentrée 2027, le bachelor agro sera également accessible après le bac, en 3 ans, via Parcoursup.
Vise le titre d’ingénieur agronome si tu veux aller plus loin
L’accès aux écoles d’ingénieurs agronomes se fait par deux grandes voies. Depuis le bac, la plus fréquente est la CPGE BCPST (prépa biologie, chimie, physique, sciences de la terre, en 2 ans), suivie du concours commun agronomique et vétérinaire (SCAV) qui ouvre les portes d’AgroParisTech, de l’Institut Agro Rennes-Angers, de l’Institut Agro Montpellier ou encore de Bordeaux Sciences Agro.
Certaines écoles proposent aussi un cycle préparatoire intégré directement accessible après le bac.
Depuis un BTSA, la passerelle vers les écoles d’ingénieurs est directe : tu peux passer le concours commun agronomique (SCAV) dès ta 2e année de BTSA, ou dans l’année qui suit l’obtention de ton diplôme, sans passer par une classe préparatoire.
Les certificats de spécialisation : spécialise-toi en 1 an
Tu as déjà un bac ou un BTSA et tu veux te spécialiser sans repartir pour 2 ou 3 ans ? Les certificats de spécialisation (CS) sont faits pour toi. Ces formations de niveau bac+1 permettent de cibler une niche précise :
- CS Conduite de productions en agriculture biologique et commercialisation : pour se positionner sur la filière bio, en pleine croissance
- CS Production, transformation et commercialisation des produits fermiers : pour développer un circuit court, une fromagerie à la ferme ou encore un élevage porcin en vente directe, par exemple
Ces CS durent environ un an et sont accessibles en alternance ou à temps plein.
12 % des exploitants déclarent un revenu nul ou déficitaire. Un plan d’entreprise solide et la DJA sont tes meilleurs alliés pour traverser les premières années.
Indépendant, salarié ou associé : quel statut pour exercer ?
C’est une question que beaucoup d’aspirants agriculteurs oublient de se poser et pourtant, elle conditionne tout : ta protection sociale, ta fiscalité, ta capacité à accéder aux aides publiques.
La grande majorité des agriculteurs exercent en tant qu’exploitant indépendant, affilié à la MSA (Mutualité Sociale Agricole). C’est le statut qui ouvre droit à la DJA, aux aides PAC et au statut officiel de chef d’exploitation. Tu peux choisir entre plusieurs formes juridiques :
- Entreprise individuelle (EI) : la formule la plus simple pour démarrer seul, sans capital minimum, mais avec une responsabilité sur ton patrimoine personnel
- EARL (Exploitation Agricole à Responsabilité Limitée) : la forme sociétaire la plus répandue chez les jeunes installés, solo ou à plusieurs, avec responsabilité limitée aux apports
- GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun) : idéal pour s’associer à 2-10 agriculteurs tout en conservant chacun son statut d’exploitant à part entière. Très utilisé dans les exploitations familiales
- SCEA (Société Civile d’Exploitation Agricole) : plus souple, elle autorise des associés non-agriculteurs (membres de la famille, investisseurs)
Il existe aussi une autre voie, moins connue, mais bien réelle : salarié agricole. Tu travailles alors sur l’exploitation d’un tiers, avec un contrat de travail, une fiche de paie et la protection sociale des salariés. C’est un bon moyen de se faire la main avant de s’installer à son compte. Au-delà du statut, les recruteurs cherchent des profils qui associent compétences techniques et sens de la gestion. Parmi les savoir-faire les plus recherchés selon France Travail : la gestion administrative et financière, le pilotage d’un budget, le contrôle qualité et la gestion des approvisionnements.
Le rêve de travailler la terre, beaucoup l’ont et peu franchissent le pas, souvent parce qu’ils ne savent pas par où commencer. Maintenant tu sais : un bac pro CGEA, un BTSA, une DJA, un statut juridique adapté… Ce ne sont pas des obstacles, ce sont des outils. Et le timing n’a jamais été aussi favorable : près de 50 % des exploitants agricoles partiront à la retraite d’ici 2030, ouvrant des possibilités de reprise d’exploitations comme rarement. Le secteur cherche sa relève et cette relève, ça peut être toi. À toi de jouer !






