Dans l’enseignement supérieur français, être diplômé d’une grande école a longtemps fait figure de passeport automatique vers l’emploi. En 2026, ce précieux sésame ouvre toujours des portes, mais le processus de recrutement est au ralenti.
La Conférence des grandes écoles (CGE), association française des établissements du supérieur, a présenté, ce jeudi 11 juin 2026, sa traditionnelle enquête Insertion des jeunes diplômés des écoles d’ingénieurs, des business schools et d’autres spécialités (arts, architecture, journalisme, etc).
Pour cette 34ème édition, le verdict est sans appel : 76% des jeunes, tous établissements confondus, sont en poste à moins de 6 mois après l’obtention du diplôme, contre 80,2% l’an dernier (-4,2 pts). C’est la deuxième année consécutive de recul, portée par les tensions du marché du travail.
Les résultats de l’enquête Insertion des jeunes diplômés en 2025
La baisse du taux d’emploi se confirme
Selon l'enquête de la CGE, le nombre de jeunes diplômés qui trouvent un emploi dans les six mois suivant leur sortie des grandes écoles continue de dégringoler. En 2024, ils étaient 85,8 % à décrocher un poste, et même 91 % un an plus tôt. Puis le chiffre a commencé à glisser : 80,2 % l'an dernier et 76 % cette année. La promotion 2025 hérite ainsi du taux le plus bas depuis la crise sanitaire. En deux éditions, les grandes écoles ont perdu près de 10 points d'employabilité immédiate.
Pour autant, tout n'est pas tout noir. 3 diplômés sur 4 signent toujours un contrat en quelques mois, et le recul ne frappe pas toutes les filières de la même manière. Les ingénieurs conservent le meilleur taux d'emploi (77,5 %), devant les managers (74,5 %) et les diplômés des écoles d'autres spécialités (72,2 %).
Si l'insertion professionnelle patine, c'est parce que le marché du travail est plus frileux cette année. Selon la dernière enquête Besoin en main d’œuvre 2026, France Travail prévoit 2,3 millions d'embauches en 2026 (soit 6,5 % de moins qu'en 2025), le niveau le plus faible depuis 2018.
Les sortants des grandes écoles s'en tirent malgré tout mieux que le reste de leur génération. Le marché se contracte pour tout le monde, mais 8 diplômés sur 10 décrochent un CDI (80,9 %) et la même proportion se dit satisfaite de son poste (84 %). Décrocher un emploi prend plus de temps, mais les diplômés visent toujours des postes de qualité.
Écoles d'ingénieurs : une chute de près de 5 points
Côté insertion, les diplômés des écoles d’ingénieurs gardent le meilleur taux d’emploi. Néanmoins, ce sont eux qui reculent le plus avec - 4,9 points en un an, là où les managers perdent 3,8 points et 1,1 point pour les autres spécialités.
Une première explication tient à un effet mécanique. « Ils partaient sur le taux d'emploi le plus élevé et restent d'ailleurs toujours dans les plus élevés », analyse Thomas Jeanjean, vice-président Formation et Carrières de la CGE. « Quand vous partez très haut, forcément, la baisse est un peu plus importante », ajoute-t-il.
Par ailleurs, cet affaiblissement du taux d’emploi s'explique aussi par les secteurs où se dirigent les jeunes ingénieurs. Près d'un quart d’entre eux rejoignent les sociétés de conseil (24,3 %) et les services des technologies de l’information et de la communication (17,4 %). Cela représente plus de 4 ingénieurs sur 10 concentrés sur deux secteurs très sensibles à la conjoncture économique : l'enquête BMO de France Travail relève une chute de 25,2 % des intentions d'embauche dans le numérique et les télécoms.
À cela s’ajoute une inconnue plus récente : le déploiement de l’intelligence artificielle dans les entreprises. « Certains segments des écoles d'ingénieurs peuvent être plus susceptibles d'être affectés par l'IA », avance Thomas Jeanjean. Les cabinets de conseil et les SSII, gros pourvoyeurs d'emplois pour les néo-ingénieurs, peuvent être parmi les premiers visés. « C'est un secteur extrêmement sensible au cycle économique, et où il peut y avoir des gains de productivité espérés grâce à l'IA », complète-t-il.
« C'est aussi un processus d'adaptation des emplois : les entreprises se réorganisent et mettent en suspens leurs projets d'embauche pendant quelque temps », poursuit Delphine Manceau, présidente de la CGE et directrice générale de NEOMA Business School. L’association reste toutefois prudente : l'enquête insertion ne mesure pas directement cet effet, et il est encore trop tôt pour trancher.
Salaires : les femmes gagnent 5,8 % de moins que les hommes
Concernant le salaire des jeunes diplômés de la promotion 2025, le salaire brut annuel moyen hors primes s'établit à 39 679 €, soit une quasi-stabilité sur un an (+0,2 %). Les managers caracolent en tête avec 40 825 € en moyenne, devant les ingénieurs (39 284 €) et les diplômés des autres spécialités (39 084 €). Le salaire médian de l'ensemble s'élève à 39 600 €.

© CGE
La photographie salariale cache toutefois des trajectoires opposées. Les autres spécialités tirent leur épingle du jeu avec une hausse de 2,4 %, quand les managers voient leur rémunération reculer de 0,7 % en un an.
En revanche, l'écart salarial entre les femmes et les hommes ne se résorbe pas. À diplôme équivalent, les hommes touchent en moyenne 40 580 € bruts annuels, contre 38 358 € pour les femmes (soit 5,8 % de moins).
Un fossé qui se creuse encore davantage dans certaines filières : chez les diplômés des autres spécialités par exemple, les hommes gagnent près de 4 700 € de plus par an que leurs homologues féminines.
Enfin, la CGE rappelle que le premier salaire n'est qu'un point de départ. Deux ans après leur sortie des écoles, les diplômés de la promotion 2023 avaient déjà vu leur rémunération grimper de près de 9 %.





