Master 2 : vers une baisse de la sélectivité ?

Les étudiants de master 1 auront-ils désormais la certitude d'intégrer un master 2 ? Quand Najat Vallaud-Belkacem tente de répondre à cette problématique, la ministre de l'Education nationale s'attire les foudres de certaines universités.

Un décret pour plus de place en master 2

Les élus de Toulouse 1 Capitole et de quatre établissements parisiens sont consternés. La raison ? Le ministère envisage de baisser la sélectivité en master 2. Celle-ci ne concernerait plus que 30 à 40 % d’entre eux.

Une décision, deux échos

On ne saurait trop souligner le caractère houleux de ce débat gravitant autour de l’admission toujours plus féroce en master 2. La ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem précisait il y a deux mois que la liste des masters sélectifs figurant dans le décret promettait d’être « très limitative ».

La situation est problématique pour le gouvernement, car sur le terrain universitaire s’affrontent deux parties auxexigences opposées. D’un côté, soutenus par certaines facultés, des étudiants déçus, frustrés et démunis face au mur érigé par les facs à la suite de leur master 1. De l’autre, les présidents des universités partisanes d’une forte sélectivité qui se voient contraints de revoir l’organisation de leurs formations.

En effet, dans un entretien au site EducPros, Bruno Sire, président de l’université Toulouse 1 Capitole menace même de « devoir fermer des masters ».

Parmi les réfractaires à une absence de sélection entre master 1 et master 2, Anne Fraïsse de l’université Montpellier III considère qu’« une idéologie de non-sélection, qui offre de droit une place en M2, n’a pas de sens ». Quand on se penche sur les raisons animant ces directeurs à opérer un tel tri (4 309 étudiants candidats à un M2 au sein de l’université de Montpellier pour 2 428 acceptés à la rentrée 2015, soit 10 %), on se rend compte qu’elles ne sont autres que la professionnalisation des parcours ainsi que les restrictions budgétaires, problème auquel se heurte bien fréquemment l’enseignement public

Une sélection un an plus tôt préférée

La Conférence des présidents d’université attendant le décret comme le Messie, préconisait une « possibilité de sélection » à l’entrée du master 1 plutôt qu’en master 2 pour les formations ne soumettant pas les étudiants à des concours spécifiques à la fin du M1.

En ce sens, certaines universités ont choisi de sélectionner leurs élèves dès la première année de master d’éviter aux étudiants titulaires d’un M1 de se voir déçus vis-à-vis de leur refus en master 2… et d’employer des moyens légaux. En effet, beaucoup d’étudiants consternés par le refus de leur dossier ont mis en place des procédures judiciaires se soldant par un accès au niveau supérieur.

Parallèlement, Paris-V, considérant que les deux ans de master forment un tout, agissait dans cette idée : « Tout le monde ne peut pas suivre le master de son choix, mais nous passons un contrat avec nos étudiants : hormis dans certaines filières de droit, ceux qui acceptent notre sélection en M1 sont quasi assurés de pouvoir poursuivre dans un M2 chez nous » explique Frédéric Dardel, président de l’université.

Les étapes de la sélection passées au crible

« Rétrograde », tel était l’adjectif utilisé par Najat Vallaud-Belkacem pour qualifier la sélection à l’issue du master 1 bien qu’avec la croissance du nombre de bacheliers et de surcroit, d’étudiants, la sélection se fasse de plus en plus ardue.

Chaque master possède ses propres critères de sélection, mais certains sont incontournables. La présentation d’un dossier universitaire solide, une lettre de motivation dans laquelle l’étudiant explique connaître les débouchés du master choisi et comment celui-ci va lui permettre d’atteindre son objectif professionnel, ainsi que plusieurs expériences (stage, service civique…), sont indispensables lorsque l’on postule à une formation très demandée.

L’entretien fait désormais également partie des étapes à franchir, un bon moyen pour ceux qui sélectionnent les candidats de tester aussi leur savoir-être, leurs centres d’intérêt, leur motivation et tester la véracité des points abordés dans le dossier.

Passer d’une université à une autre est une autre affaire. Certains étudiants possédant un dossier plus qu’honnête peuvent également rencontrer des difficultés pour changer d’université après leur M1.

Le décret définissant la liste des masters sélectifs qui sera soumis, le 18 avril prochain, pour avis consultatif auConseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CPU), promet de susciter des contestations de la part des universités.

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