Tu viens d’envoyer tes candidatures pour la session Mon Master 2026 et tu attends. L’attente, c’est souvent le moment où les doutes s’invitent : est-ce que mon diplôme pèse autant que celui des autres ? Est-ce qu’un BUT ou une licence pro ouvrent les mêmes portes qu’une L3 classique ? Les données ouvertes (open data) de Mon Master, issues des sessions 2024 et 2025 et agrégées sur data.enseignementsup-recherche.gouv.fr, permettent de répondre à cette question avec des chiffres, pas des impressions vagues.
Attention, un point de méthode avant d’aller plus loin : ces données couvrent les formations universitaires publiques référencées sur Mon Master. Les masters de Sciences Po, des grandes écoles et des écoles de commerce hors plateforme n’y figurent pas, par exemple. Tout ce qui suit vaut donc parmi les formations référencées sur Mon Master et pas au-delà.
Qui est vraiment admis sur Mon Master ? Le portrait-robot des admis 2025
Avant de rentrer dans le détail des profils L3, BUT et licence pro, un coup d’œil sur l’ensemble du vivier des admis permet de remettre les choses en perspective. Parmi les formations référencées sur Mon Master, 144 885 candidats ont accepté une proposition d’admission en 2025, contre 139 563 en 2024, soit une légère progression d’une session à l’autre.
Ces admis se répartissent en six grands profils :
- Les étudiants en L3 (licence générale, bac+3 généraliste) constituent de très loin le groupe dominant : 67,5 % des admis en 2025. C’est le profil pour lequel les masters universitaires ont été historiquement conçus, et les chiffres le confirment session après session.
- Les candidats hors France, c’est-à-dire des étudiants qui n’étaient pas inscrits dans un établissement d’enseignement supérieur en France à la rentrée précédente, représentent le deuxième groupe en volume : 13,4 % des admis en 2025. Une part non négligeable, qui reflète l’attractivité des masters français pour les étudiants étrangers et les profils en mobilité internationale.
- Les étudiants déjà inscrits en master pèsent 5,2 % des admis. Ce sont majoritairement des candidats qui changent de master en cours de route, redoublent leur M1 ou tentent une réorientation après une première année infructueuse.
- Les étudiants en BUT (bachelor universitaire de technologie, bac+3 professionnalisant) représentent 5,7 % des admis en 2025. En progression par rapport à 2024 (4,8 %), ce qui traduit une présence croissante de ce profil sur la plateforme.
- Les autres profils regroupent 6,1 % des admis en 2025. Une catégorie hétérogène que le fichier de données ne permet pas de décomposer davantage. Il peut s’agir d’étudiants issus d’un bachelor suivi en école privée, d’étudiants issus d’une 3e année de classes prépa, de personnes en reprise d’études, etc.
- Les étudiants en licence professionnelle ferment le classement avec 2,1 % des admis — un chiffre stable d’une session à l’autre, et qui, on le verra, cache une réalité plus nuancée qu’il n’y paraît.

La L3 : le profil dominant et légèrement avantagé à l’admission
Sans surprise, la licence générale (bac+3 généraliste) reste le profil de référence sur Mon Master. En 2025, les candidats en L3 représentaient 63 % des candidatures déposées en phase principale et 67,5 % des admis, toutes phases confondues. En 2024, les proportions sont comparables : 66,5 % des candidatures pour 69 % des admissions.
Ces quelques points d’écart entre les deux chiffres appellent une précision méthodologique : les candidatures sont comptabilisées en phase principale uniquement, tandis que les admis agrègent phase principale et phase complémentaire. Des candidats L3 absents du premier décompte peuvent donc réapparaître en phase complémentaire et être admis, ce qui gonfle mécaniquement leur part dans les admissions sans que cela reflète un avantage structurel à l’admission. En d’autres termes, les L3 dominent le vivier de candidatures et d’admissions dans des proportions largement comparables et c’est déjà suffisamment parlant.
Ce que les chiffres disent, c’est donc surtout ceci : les masters universitaires ont été pensés dans la continuité directe de la licence générale, et les commissions de sélection flèchent souvent leurs attendus disciplinaires vers ce profil. Un candidat en L3 histoire qui vise un master histoire dans la même université joue sur un terrain qui lui est familier et les chiffres le confirment.
Ça ne signifie pas pour autant que les autres profils sont condamnés. Les 30 % restants des admis viennent d’ailleurs. Et quand on regarde les taux de transformation dans le détail, les chiffres racontent une histoire plus fine que la moyenne ne le laisse entendre.
BUT : un profil qui candidate de plus en plus, mais qui transforme moins
C’est sans doute l’évolution la plus marquante entre les deux sessions (rentrées 2024 et 2025). Les candidats issus d’un BUT représentaient 6,7 % des candidatures en phase principale en 2024 et ils atteignent 8,1 % en 2025. C’est là une progression notable qui témoigne d’une appétence croissante des étudiants en BUT pour la poursuite d’études en master universitaire.
Mais ce volume de candidatures se heurte à un taux de transformation (c’est-à-dire le rapport entre le nombre d’admis et le nombre de candidatures déposées) plus faible que les autres profils. En 2024, sur 100 candidatures déposées par des étudiants en BUT, un peu moins de 5 ont abouti à une admission, contre un peu plus de 6 pour les L3 et pour l’ensemble des candidats. En 2025, le rapport est similaire : un peu moins de 4 pour les BUT, contre un peu moins de 6 pour les L3.
Dans cet article, on jongle entre deux types de pourcentages. Les parts brutes répondent à la question : « quelle tranche du gâteau représente tel profil parmi tous les candidats ou tous les admis ? » Le taux de transformation, lui, répond à une question différente : « sur 100 candidatures déposées par des BUT, combien aboutissent à une admission ? » C’est plus utile pour comparer des groupes de tailles très inégales comme les LP (2 % du vivier) et les L3 (63 %).
Les parts brutes montrent qui domine le paysage, le taux de transformation dit si un profil convertit bien ses candidatures.
Concrètement, cela signifie que les BUT candidatent en nombre croissant, mais que leur candidature aboutit moins souvent que celle d’un profil L3. Pourquoi ? Plusieurs raisons peuvent l’expliquer, sans qu’aucune ne soit définitive. Le BUT est un diplôme professionnalisant, conçu pour une insertion directe ou une poursuite en alternance, et donc pas systématiquement pour une continuité en master académique, surtout s’il ne propose pas du tout la formule de l’alternance.
Dans les domaines où le BUT garde globalement des chances sur Mon Master (gestion, commerce, informatique), la concurrence avec les L3 correspondantes reste forte. Ce sont pourtant ces mêmes spécialités où le profil BUT est le mieux reçu par les commissions, à condition que le master visé soit cohérent avec le parcours IUT et que le dossier argumente clairement le passage du professionnalisant à l’académique. Pour les BUT scientifiques ou techniques, les écoles d’ingénieurs via admissions parallèles constituent souvent une voie plus naturelle que le master universitaire.

Ça ne signifie pas que la porte est fermée. Ça signifie que le dossier, la lettre de motivation et la cohérence du projet professionnel doivent être particulièrement travaillés pour compenser la différence de profil attendu.
Licence pro : le profil le plus discret mais pas le moins efficace
C’est là que les données réservent la vraie surprise. Les candidats issus d’une licence professionnelle (licence en un an, après un bac+2) sont peu nombreux sur Mon Master : ils représentent 2,1 à 2,2 % des candidatures en phase principale selon la session. Leur part dans les admissions est du même ordre, autour de 2 %.
Rien de spectaculaire en volume, mais quand on regarde le taux de transformation, ça devient intéressant : sur 100 candidatures déposées par des étudiants en licence pro, un peu moins de 6 ont abouti à une admission en 2024, et un peu plus de 5 en 2025. Pour les L3, les chiffres sont respectivement un peu plus de 6 et un peu moins de 6. L’écart est infime, presque inexistant.
Ces taux sont des moyennes nationales sur l'ensemble des disciplines et des formations référencées sur Mon Master. Dans certains domaines (ressources humaines, gestion, certains masters professionnels), les profils LP peuvent trouver des terrains encore plus favorables. Le chiffre global ne doit pas masquer des disparités par filière.
Autrement dit, les étudiants issus d’une LP (licence pro) sont peu nombreux à candidater sur Mon Master, mais ceux qui le font s’en sortent dans des proportions très proches des L3. Ce n’est pas un profil structurellement pénalisé à l’admission, mais plutôt un profil peu représenté dans le vivier, ce qui n’est pas la même chose.
En sciences humaines et sociales, le taux de transformation des LP atteint 8,5 % en 2025 et se situe donc au-dessus de la moyenne tous profils confondus. Les masters en lettres, langues et arts affichent des chiffres comparables, voire supérieurs, même si les volumes de candidatures y restent faibles. En droit-éco-AES, les LP s’en sortent également correctement, autour de 8 % en 2025.
Là où les LP peinent structurellement, c’est en sciences fondamentales et applications (3,4 % en 2025) et en droit et sciences politiques (3,5 %). Ce sont des masters dont les attendus disciplinaires sont étroitement liés à un cursus général et où le profil LP est rarement en cohérence avec ce qui est attendu.
Attention : ces taux sont calculés sur l’ensemble des formations référencées sur Mon Master dans chaque discipline. Ils ne présagent pas des chances d’un candidat en particulier. Un dossier solide avec un projet professionnel cohérent peut tout à fait compenser un profil atypique, quelle que soit la discipline.
Ce que ces chiffres ne disent pas et ce qu’il faut garder en tête
Les données Mon Master donnent une photographie des admissions, pas une prédiction. Trois limites méritent d’être nommées clairement avant de tirer des conclusions trop hâtives.
Première limite : les moyennes nationales masquent des disparités disciplinaires fortes. Un master en droit ou en lettres recrutera quasi exclusivement des L3 dans la discipline concernée. Un master en management ou en entrepreneuriat sera souvent plus ouvert aux profils BUT gestion ou LP commerce. Les chiffres présentés ici sont des agrégats sur l’ensemble de la plateforme et pas des règles uniformes.
Mon Master : comment les candidatures sont-elles examinées ?
Deuxième limite : ces données ne distinguent pas les masters selon leur sélectivité. Un master très demandé dans une grande ville universitaire ne fonctionne pas comme un master de niche dans une discipline moins concurrentielle. Ton rang dans la liste d’attente et le nombre de candidatures reçues par la formation te donnent une information bien plus précise que les statistiques nationales générales.
Troisième limite : Mon Master ne couvre pas l’ensemble de l’offre des formations bac+5 en France. Sciences Po, les grandes écoles, les formations bac+5 des écoles de commerce, certaines autres écoles spécialisées : tous sont hors plateforme. Si tu vises un bac+5 dans ces établissements, ces données ne te concernent pas directement.
Ce que tu peux faire pendant l’attente
Attendre ses résultats Mon Master, c’est un no man’s land (littéralement : une terre suspendue entre deux décisions) où l’on ne sait pas encore si le plan A tient. Alors, autant mettre ce temps à profit.
✅ Recense les masters où tu as candidaté et surveille la plateforme régulièrement. Les propositions d’admission sont publiées du 3 au 16 juin 2026 pour la phase d’admission principale, mais les formations ne répondent pas toutes le même jour. Certaines envoient leurs réponses dès le 3 juin, d’autres attendent les derniers jours de la fenêtre. Pour chaque proposition reçue, tu as jusqu’au lendemain minuit pour répondre. C’est une raison suffisante pour ne pas attendre d’avoir toutes tes réponses avant de te connecter.
Pour savoir quelles formations commencent à répondre en temps réel, le compte X @Aide_Master, tenu par une association indépendante, pas par le ministère, recense jour après jour les masters qui ouvrent leurs résultats.
Si tu n’as pas reçu de proposition à l’issue de la phase principale, une phase complémentaire s’ouvre du 19 juin au 19 juillet 2026 : tu peux y déposer jusqu’à 10 nouveaux vœux dans les formations où il reste des places. Ce n’est pas un plan B honteux, c’est une deuxième fenêtre prévue par le système, et elle a permis à de nombreux candidats de trouver leur formation !
✅ Prépare ton plan B maintenant, pas le jour où les refus tombent. Identifier les formations alternatives qui te correspondent (mastères d’école spécialisée validés par un titre RNCP actif et de niveau 7, MSc ou MBA en école de commerce et management, etc.) prend du temps. Commencer cette réflexion pendant l’attente, c’est garder la main sur ton calendrier plutôt que de le subir.
Si certaines formations te contactent pour un entretien, soigne ton dossier. L’entretien est souvent l’espace où la cohérence du projet fait la différence.






