Média

Parcoursup : comment tes camarades influencent tes vœux sans que tu t’en rendes compte

Tu crois choisir tes formations en toute indépendance ? Une étude de l'Institut des politiques publiques (IPP) publiée en décembre 2025 suggère que tu es (vraiment) plus influençable que tu ne le penses. Et le coupable, c'est ton lycée.
Publié le
Lecture
Trouver mon école
© master1305 / Adobe Stock

Chaque année, près d'un million de lycéens formulent leurs vœux sur Parcoursup. Chaque année, on leur répète que ce choix leur appartient. Et pourtant… deux chercheurs, Nagui Bechichi et Gustave Kenedi, viennent de démontrer quelque chose d'assez troublant : les admissions des élèves passés par ton lycée influencent directement les formations que tu vas toi-même envisager et ce, sans que tu le réalises. Le mécanisme est simple, mais ses conséquences sont profondes, notamment pour les élèves qui viennent de milieux défavorisés. Explications.

Sors des sentiers battus et trouve ta voie avec Diplomeo 🔍

L'effet « anciens élèves » : de quoi parle-t-on exactement ?

L'étude a épluché les données de la plateforme Admission Post-Bac (APB), l’ancêtre de Parcoursup, entre 2012 et 2017, soit plus de 376 000 observations couvrant 5 000 lycées et 7 000 formations. Les chercheurs ont posé une question simple : est-ce qu'un lycéen candidate davantage à une formation quand un ancien élève de son lycée y a été admis l'année précédente ?

Réponse : oui, massivement.

Quand un ancien élève est admis de justesse dans une formation, la probabilité qu'un élève du même lycée y postule l'année suivante passe de 35% à 40%. Soit une hausse de 16%. Côté admissions, c'est encore plus frappant : la probabilité d'y être aussi admis grimpe de 7% à 9%, ce qui représente une augmentation de 33%.

Et cerise sur le gâteau : l'influence ne s'arrête pas à la formation exacte de l'ancien élève. Si ce dernier a intégré une licence de droit, les jeunes de son lycée auront aussi tendance à postuler à d'autres formations juridiques proches. L'horizon s'élargit ou se rétrécit selon ce que les anciens ont vécu.

Mais comment cette info circule-t-elle ?

Les anciens élèves ne reviennent pas forcément faire un discours en classe de terminale. Alors comment leurs parcours influencent-ils les plus jeunes ?

L'étude pointe un acteur clé : le prof principal. Les chercheurs ont montré que l'effet d'influence entre cohortes ne s'observe que lorsque les deux promotions ont eu le même professeur principal. Autrement dit, c'est lui (ou elle) qui fait le relais, consciemment ou non, en orientant ses recommandations à partir des admissions passées.

Il devient donc une sorte de mémoire institutionnelle du lycée. Chaque année, il capitalise sur les parcours de ses anciens élèves pour guider les nouveaux. C'est utile, mais cela peut également créer aussi des biais en matière d’orientation.

On s'inspire de ceux qui nous ressemblent… et c’est un problème

L'étude révèle quelque chose de plus délicat : les élèves ne s'inspirent pas de n'importe quel ancien lycéen. Ils s'inspirent de ceux qui leur ressemblent.

C'est ce que les chercheurs appellent l'homophilie : la tendance à se reconnaître dans des profils similaires au sien. Concrètement :

  • Les filles sont significativement plus influencées par les admissions d'anciennes élèves que par celles de garçons. L'effet inverse n'est pas observé chez les garçons qui réagissent de façon similaire quel que soit le genre de l'ancien élève
  • Les élèves issus de milieux favorisés s'inspirent principalement des anciens issus de milieux favorisés et idem pour les élèves défavorisés

Résultat : dans un lycée où peu d'anciens élèves ont intégré des formations sélectives, les jeunes générations auront moins tendance à les envisager. Pas parce qu'elles n'en sont pas capables. Mais parce qu'elles n'ont pas eu le signal que c'était possible pour elles.

Inégalités d'orientation : le lycée est un accélérateur (ou frein)

C'est là que l'étude prend une dimension vraiment importante pour comprendre le système éducatif français. Parmi les 10% des lycéens avec les meilleurs résultats au bac, seuls 47% des élèves défavorisés ont postulé aux formations les plus sélectives. Chez leurs homologues très favorisés, ce taux monte à 74%. Même niveau scolaire, ambitions très différentes.

Une partie de cet écart s'explique par l'exposition aux anciens élèves : 95% des élèves très favorisés ont au moins un ancien camarade admis dans une formation très sélective. Chez les élèves défavorisés, cette proportion tombe à 75%.

Les simulations des chercheurs sont claires : si tous les élèves avaient la même exposition aux parcours réussis dans les filières sélectives, l'écart d'aspiration entre milieux favorisés et défavorisés se réduirait d'environ 10%. Pas miraculeux, mais pas négligeable non plus.

💡 Ce que ça change pour toi

Si tu viens d'un lycée où peu d'anciens élèves ont tenté des filières sélectives (CPGE, grandes écoles, masters très compétitifs...), tu es peut-être en train de sous-estimer ton propre champ des possibles. Les preuves de réussite autour de toi façonnent tes ambitions, souvent sans que tu t'en rendes compte.

Une dynamique qui s'auto-entretient

L'un des résultats les plus frappants de l'étude, c'est la durée de ces effets. L'influence d'une admission ne disparaît pas au bout d'un an. Deux ans plus tard, les élèves du même lycée ont toujours une probabilité plus élevée de postuler à cette formation.

Ce qui crée un véritable effet boule de neige : un seul lycéen admis dans une formation sélective peut déclencher une chaîne de candidatures dans les promotions suivantes. Son lycée s'ouvre progressivement à cette filière. Et inversement, un lycée dont aucun élève n'a jamais intégré une grande école va progressivement se « fermer » à cette idée. C'est à la fois rassurant, puisqu’une réussite ouvre des portes, mais aussi vertigineux.

Ce que l'étude ne dit pas, mais qui reste important

Les chercheurs sont prudents sur un point : démontrer une influence ne veut pas dire que cette influence est nécessairement mauvaise. Un lycéen défavorisé qui postule à Sciences Po parce qu'un ancien élève y est entré, c'est une bonne nouvelle. Le problème, c'est quand les modèles disponibles orientent systématiquement vers le bas.

Trouve ta voie avec Diplomeo

C'est pourquoi les chercheurs plaident pour une plus grande mixité sociale dans les lycées, pas comme une fin en soi, mais comme un levier pour diversifier les aspirations. Et pour un meilleur accès à l'information sur les parcours possibles, indépendamment du niveau académique de chacun.

Trouve ton diplôme en 1 min avec Diplomeo !

Trouver mon école

Plus de contenus sur Choisir ses études

Toutes les actualités