Étudier avec des camarades venus de 25 pays différents, décrocher une bourse pour un master européen, penser la transition écologique autrement ou encore se former à l’allemand pour accéder à des opportunités de carrières méconnues… Mines Nancy veut s’imposer comme un école européenne d’envergure.
L’établissement lorrain compte seulement 850 étudiants et en fait un atout. « On connaît tous nos élèves », affirme François Rousseau, son directeur. Ce qui ne l’empêche pas de viser plus large : « Une école qui veut être parmi les meilleures au niveau national se doit d’être connectée aux meilleures établissements européens ».
Greenano : un master européen qui attire des étudiants du monde entier
Parmi les 9 formations que propose l’école d’ingénieurs, une se distingue par son rayonnement international : le master Erasmus Mundus Greenano. Seul programme entièrement dispensé en anglais, il forme des experts en nanotechnologie pour les transitions verte et numérique. Quatre institutions européennes y participent, en France, en Italie et en Slovénie.
De plus, les candidatures rencontrent un franc succès, en passant de 350 en 2024 à 550 en 2025, et l’école en attend 650 pour 2026. « C’est un programme très sélectif pour des étudiants excellents partout dans le monde », détaille Tatiana Banderova, responsable des projets européens à Mines Nancy. Les premières promotions comptent une cinquantaine d’étudiants issus de plus de 25 pays.
Côté finances, le programme se veut accessible, et ce, pour tous les budgets. « Les étudiants sélectionnés bénéficient de bourses, ce qui permet d’avoir l’égalité des chances et une bonne diversité », poursuit-elle.
Ce master s’inscrit dans une dynamique plus large. Depuis 2022, Mines Nancy a intégré plusieurs projets européens : Future Networks Academy sur les technologies 5G, Heraws et IGNITE sur les aspects de la durabilité et la transition écologique. « Nos enseignants-chercheurs connaissent désormais ceux d’autres universités européennes. C’est un vrai atout pour la mobilité de nos étudiants », soulignent les responsables de l’établissement.
Des partenariats ciblés sur trois continents
L’internationalisation passe aussi par des accords bilatéraux stratégiques. « On vise des partenaires de haute qualité, très forts dans nos domaines d’expertise [énergie, informatique, géosciences, génie civil, génie industriel, mathématiques appliquées, science des matériaux], avec qui on a vraiment de vrais échanges », affirme Tatiana Bandevora.
En Asie, l’école développe des collaborations avec Kyoto University, Tokyo University et la National University of Taiwan autour des semi-conducteurs. En Amérique latine, le programme BRAFITEC structure les échanges avec le Brésil. Enfin, au Canada, un partenariat avec l’Université d’Alberta ouvre des pistes de double-diplôme.
Pour accompagner cette ouverture à l’international, l’école d’ingénieurs de Lorraine a doublé son catalogue de cours dans la langue de Shakespeare. « Cette année, on propose à peu près 40 cours en anglais sur toutes les thématiques », précise la responsable des projets européens. L’objectif affiché pour Mines Nancy est de dépasser 80 accords internationaux actifs et atteindre 30 % d’étudiants internationaux.
Une section germanophone unique en France
En ce qui concerne les langues, l’école développe son offre en anglais, mais pas seulement. L’allemand, première langue maternelle dans l’Union européenne, fait aussi partie de la stratégie. Ainsi, Mines Nancy propose une section germanophone en partenariat avec le Goethe Institut et Sciences Po Nancy (qui inclut un programme européen franco-allemand).
« On propose des parcours en allemand aux élèves qui entrent dans la formation généraliste », explique François Rousseau. Au programme de cette formation Ingénieur Civil : des cours d’allemand renforcés, des enseignements germanophones à Sciences Po et plusieurs stages à l’étranger. « C’est un atout professionnel, car ça leur ouvre des portes en Allemagne, au Luxembourg et en Suisse ».
Le parcours germanophone concerne environ huit élèves par promotion et vise aussi à attirer des profils ingénieurs spécifiques. « On essaie de passer un message aux Abibac et aux classes prépa : si vous avez fait cet investissement en allemand, vous avez un vrai atout pour intégrer l’école ».
Le besoin d’ingénieurs outre-Rhin est réel et offre des perspectives de carrières intéressantes. « Ce n’est pas une coquetterie géographique parce qu’on est à Nancy », prévient le directeur. « Il y a des postes non pourvus d’ingénieurs germanophones. Il y a une demande, et donc une vraie utilité à développer cette filière », insiste-t-il.
Transition écologique : comment éviter le « plafond de verre » ?
L’ouverture européenne de Mines Nancy s’articule aussi avec ses engagements environnementaux. Une cellule dédiée à la Transformation Socio-Écologique (TSE) a été créée dès 2022. Chaque année, l’école organise l’Academia Stand for Green Deal, une conférence qui rassemble institutions de recherche, entreprises et industriels européens autour des objectifs climatiques de l’UE.
Puis, l’année dernière, les étudiants ont participé à un jeu de simulation où ils devaient élaborer une stratégie pour une région fictive confrontée à une pénurie de matières premières. « Au départ, c’était plutôt d’aider les entreprises à être efficaces. Mais aujourd’hui, ce n’est plus seulement l’ingénieur à qui on donne des clés pour comprendre le monde », analyse Yann Gunzburger, responsable de la cellule TSE.
Classement : quelles sont les écoles les plus engagées dans la transition écologique ?
Le problème, selon ce dernier, est que seuls les étudiants déjà convaincus s’engagent. « Si on produit des cours estampillés TSE, ça va plaire à ceux qui sont déjà motivés, mais ça va faire fuir les autres », reconnaît-il. Pour dépasser un éventuel « plafond de verre », l’école mise sur une approche transversale. « L’idée, c’est de faire infuser cette TSE dans absolument toutes les activités de l’école, qu’elles soient pédagogiques ou de vie quotidienne du campus ».
Cela passe notamment par des modules sur la connaissance du vivant intégrés au tronc commun, une réflexion sur la mobilité internationale ou encore le recyclage des eaux sur le campus. « L’ingénieur est beaucoup porté par des récits de succès : le voyage à l’autre bout de la planète, de grandes responsabilités et un salaire élevé. Ce n’est pas tout à fait compatible avec la transition socio-écologique », observe Yann Gunzburger.
| Les Ateliers du TechLab : un espace de médiation scientifique À compter de mars 2026, Mines Nancy va ouvrir les Ateliers du TechLab, un espace destiné aux collégiens et lycéens du territoire. Le but étant de leur expliquer les enjeux technologiques, notamment sur l’importance des métaux critiques dans la transition écologique. Un projet financé par la métropole de Metz-Nancy. « On va former nos étudiants et accueillir plusieurs centaines d’élèves », précise François Rousseau. |
Dernier défi pour l’école : la féminisation de ses effectifs. Mines Nancy compte aujourd’hui 25 % d’étudiantes, un chiffre stable qui reflète le vivier de recrutement issu des classes préparatoires scientifiques.
L’école d’ingénieurs multiplie les actions de sensibilisation auprès des collégiennes et lycéennes, notamment via le programme « Elles bougent » ou les Cordées de la réussite. Néanmoins, pour François Rousseau, le vrai problème se situe en amont. « La réforme du bac a clairement changé la donne. On donne la possibilité à de jeunes filles d’abandonner les maths, et donc de condamner la suite de leur parcours par rapport à tout un pan des carrières scientifiques », confie le directeur.
Un constat jugé amer, alors que l’école entend former des ingénieurs capables de répondre aux grands défis européens. Pour y parvenir, encore faut-il que le vivier ne se tarisse pas.






