Loyer, courses, transports : pour une partie des jeunes inscrits dans l’enseignement supérieur, la bourse sur critères sociaux fait vivre le budget du mois. Versée par le Crous, elle reste la principale aide financière destinée aux étudiants issus des familles les plus modestes.
Dans sa note publiée le 1er octobre 2026, le ministère de l’Enseignement supérieur constate que la part de boursiers est en baisse et passe, pour la première fois depuis 2012, sous la barre des 35 %. Un recul visible aussi bien à l’université que dans les grandes écoles.
Moins de 35 % de boursiers : un seuil franchi pour la première fois
Lors de l’année universitaire 2025-2026, 656 000 étudiants ont perçu une bourse sur critères sociaux, soit un peu plus d’un étudiant éligible sur trois. Le recul reste plus modéré qu’en 2024-2025 (-2,6 %) mais il s’inscrit dans une tendance de fond, puisque le nombre de boursiers a baissé de 12,5 % en 5 ans.
Qu’est-ce qui explique une telle baisse ? Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, la raison principale tient à l’absence de revalorisation des bourses. Chaque année, le gouvernement peut relever les plafonds de revenus qui donnent droit à une bourse, pour tenir compte de la hausse des prix. Or, ces plafonds n’ont été revalorisés ni en 2024 ni en 2025.
Dans le même temps, les revenus des familles concernées ont progressé avec l’inflation, à peu près au même rythme que le smic. Résultat, de nombreux étudiants ont perdu leur bourse du seul fait de cette hausse des revenus familiaux. Ce sont surtout les jeunes qui étaient échelon 0bis qui en font les frais. Ces derniers représentent près d’un tiers des boursiers.
Les filières sélectives perdent leurs boursiers, le BTS résiste
Le recul se révèle le plus marqué dans les formations sélectives. En un an, la part de boursiers a reculé de 3 points dans les formations ingé, aussi bien en école d’ingénieurs qu’à l’université, plus que partout ailleurs. Cette chute s’explique en partie par le mécanisme décrit plus haut : selon le ministère, les boursiers de ces formations sont plus souvent à l’échelon 0bis, et donc plus exposés à la perte de leur bourse.
À l’inverse, le BTS fait figure d’exception. Avec 52,3 % de boursiers, les sections de techniciens supérieurs restent la seule grande filière où plus d’un étudiant sur deux perçoit une bourse, une proportion quasi stable sur un an (-0,3 point).
Sur le long terme, le fossé entre filières s’est nettement creusé depuis 2012 :
Le type d’établissement joue aussi. Dans le public, la part de boursiers est deux fois plus élevée que dans le privé (38 % contre 19 %), un écart que l’on retrouve au sein d’une même filière, comme en BTS.
Les écoles de commerce, très majoritairement privées, comptent ainsi à peine 10 % de boursiers, contre 25 % en classe préparatoire. Au sein des facultés, les différences se jouent surtout selon le niveau d’études et la discipline.
Bourses : des écarts marqués selon les académies
La part de boursiers varie aussi fortement d’une académie à l’autre. Où trouve-t-on le plus d’étudiants boursiers ? En France hexagonale, le taux de boursiers grimpe à 43,9 % dans l’académie de Montpellier, en tête du classement devant la Corse et Amiens, quand elle tombe à 26,6 % à Paris et 27,1 % à Versailles.
L’Île-de-France est ainsi coupée en deux : les académies de Paris et Versailles ferment la marche, alors que l’académie de Créteil se place au-dessus de la moyenne nationale, avec 37,7 % de boursiers.
Les territoires d’outre-mer affichent des proportions bien plus élevées : plus de 50 % des étudiants y sont boursiers, et jusqu’à 67 % à Mayotte. Et ces inégalités se jouent parfois dès l’entrée dans le supérieur.
Parcoursup : des quotas de boursiers pas toujours atteints
Ces dernières semaines, la mobilisation lycéenne a mis en lumière le poids de la plateforme Parcoursup dans les inquiétudes des jeunes. Les élèves mobilisés pointent notamment l’opacité des critères de sélection appliqués par chaque formation. Dans ce contexte, une étude publiée ce jeudi 15 octobre vient interroger la place des jeunes boursiers à l’entrée du supérieur.
Dans cette note, l’Institut des politiques publiques (IPP) montre que la plateforme d'orientation post-bac ne garantit pas toujours les quotas de boursiers fixés pour chaque formation. En cause : quand un boursier refuse une proposition, Parcoursup appelle le candidat suivant sur la liste, boursier ou pas, si bien que le quota n’est pas toujours atteint. Selon les chercheurs, une procédure ajustée au fil des admissions aurait permis à près de 9 800 boursiers de plus d’obtenir une place en 2024.
Si ces quotas concernent les lycéens boursiers, une population distincte des étudiants recensés par le ministère, ils posent aussi la même question de fond, celle de l’accès des jeunes issus de familles modestes aux formations les plus demandées. Les auteurs défendent une refonte « simple mais fondamentale » de l’algorithme, une piste de plus à verser au débat à deux mois de l’ouverture de Parcoursup.