Tu as bingewatché Suits, grandi devant New York police judiciaire ou dévoré Engrenages en te disant qu'un jour, ce serait toi le juge dans la salle d'audience ? Ces séries ont fait naître pas mal de vocations : une magistrate qui impose le silence d'un regard, une décision qui fait basculer un destin en quelques mots : de quoi donner envie de porter la robe à ton tour.
Avant d'y arriver, tu devras pourtant enchaîner de longues années d'études. On ne devient pas juge ou magistrat sur un coup de tête ni avec un simple diplôme de droit en poche, et passe par un concours très exigeant. Rassure-toi, il commence par des étapes claires, que tu peux anticiper dès le lycée. Alors quelles études viser après le bac pour enfiler la robe un jour ? Diplomeo te guide sur les formations post-bac pour devenir juge !
Quelles études suivre pour devenir juge ?
Il n'existe pas 36 chemins vers la magistrature : la quasi-totalité des juges en France sont passés par des études de droit, sanctionnées au minimum par un diplôme de niveau bac+4. Avant d'en arriver là, tout se construit progressivement, et les premiers choix qui comptent se font déjà au lycée.
Dès le lycée : quel bac et quelles spécialités choisir ?
Si aucun enseignement de spécialité n'est officiellement exigé pour devenir juge, le bac général reste malgré tout le plus cohérent pour viser des études de droit, parce qu'il t'entraîne à l'argumentation et à la dissertation, deux exercices que tu retrouveras du premier cours en amphi à la faculté de droit jusqu'aux épreuves du concours.
Certaines spécialités te donnent une longueur d'avance. HGGSP (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques) te familiarise avec le raisonnement juridique et l'actualité institutionnelle, tandis que HLP (humanités, littérature et philosophie) muscle ton expression écrite et ta capacité à construire une réflexion. SES (sciences économiques et sociales) reste un bon choix pour comprendre les rouages de la société, une matière loin d'être anecdotique le jour où tu passeras l'épreuve de culture générale du concours. Rien ne t'empêche de garder une spécialité scientifique si tu y tiens : ce qui compte, c'est un dossier solide et une vraie aisance à l'écrit.
Tu peux choisir plusieurs spécialités qui te donneront une longueur d'avance. L'histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP) t'initie au raisonnement sur les institutions et te construit une solide culture de l'actualité, celle-là même que le concours viendra tester. Les humanités, littérature et philosophie (HLP) travaillent ton expression écrite et ta capacité à construire un raisonnement nuancé, deux qualités que tout magistrat manie au quotidien. Les sciences économiques et sociales (SES) t'apprennent à décrypter les mécanismes de la société, un vrai plus pour comprendre le contexte des affaires que tu jugeras un jour. Rien ne t'oblige pour autant à lâcher une spécialité scientifique si tu y tiens : ce qui compte vraiment, c'est un bon dossier et une vraie aisance à l'écrit.
Un dernier levier, souvent méconnu, se joue en terminale : l'option droit et grands enjeux du monde contemporain (DGEMC). Elle te fait découvrir l'organisation de la justice et les grands débats juridiques dès le lycée, de quoi confirmer ta vocation avant même de mettre un pied en licence de droit.
La licence de droit, le passage quasi obligé
Une fois le bac en poche, direction l'université pour une licence de droit. Trois ans pendant lesquels tu poses tous les fondamentaux des études juridiques : droit civil, droit pénal, droit constitutionnel, droit administratif, sans oublier la fameuse méthodologie du cas pratique et du commentaire d'arrêt, que tu peaufineras jusqu'au concours. C'est la voie empruntée par la très grande majorité des futurs juges etmagistrats, tout simplement parce que le concours de la magistrature exige un niveau de connaissances juridiques que seul un cursus de droit permet d'atteindre.
La licence de droit s'obtient sur Parcoursup, sans sélection à l'entrée (sauf exceptions), mais elle demande une vraie rigueur pour ne pas décrocher dès la première année. À l'issue de la licence, tu valides un niveau bac+3, encore insuffisant pour te présenter au concours : il te faudra poursuivre au moins un an de plus.
BUT CJ, Sciences Po : d'autres passerelles vers la magistrature
Tu peux aussi démarrer par un BUT Carrières juridiques (bac+3), plus professionnalisant, mais garde en tête qu'il vise d'abord les métiers d'assistant juridique, de greffe ou de gestion de contentieux. Pour rejoindre le concours depuis un BUT, tu devras rejoindre une licence de droit en cours de route et rattraper les matières théoriques que l'IUT n'aborde pas, un détour possible mais exigeant.
Un dernier chemin existe, même s'il reste minoritaire : les instituts d'études politiques (IEP), autrement dit Sciences Po, forment aussi de futurs magistrats. Leur cursus en 5 ans, pluridisciplinaire, peut aussi mener au métier de juge, à condition d'avoir suffisamment travaillé le droit en parallèle. Beaucoup de candidats combinent d'ailleurs leur formation à Sciences Po avec un master de droit pour mettre toutes les chances de leur côté.
Le master de droit, dernier palier avant l'ENM
Après la licence, tu poursuis en master de droit, le diplôme qui te met officiellement en règle pour viser la magistrature : un bac+4 (M1) validé, constitue le seuil minimum requis.
Pour intégrer cette formation de niveau bac+5, tu dois t'inscrire sur la plateforme Mon Master, où tu candidates en formulant des vœux, dossier et lettre de motivation à l'appui. Là où la licence s'obtient généralement sans sélection, le M1 recrute sur dossier, et les mentions les plus prisées en droit affichent des places limitées. Un bon parcours en licence compte donc beaucoup pour décrocher celle que tu vises.
Toutes les mentions n'ouvrent pas les mêmes portes vers l'École nationale de la magistrature, parce que le concours réclame une maîtrise pointue du droit civil, du droit pénal et de leurs procédures.
Trois mentions de masters reviennent le plus souvent :
- Justice, procès et procédures, la mention la plus représentée parmi les admis (environ 27 % des reçus), qui affiche clairement sa vocation à préparer aux professions judiciaires
- Droit pénal et sciences criminelles (autour de 22 % des reçus), qui creuse la matière pénale, l'une des plus difficile de l'examen de l'ENM
- Droit privé (environ 18 % des reçus), plus généraliste, qui consolide le socle civil attendu à l'écrit comme à l'oral
À eux trois, ces masters représentent près de 9 admis sur 10 en dehors des diplômés de Sciences Po. Certaines universités vont plus loin en proposant des M2 labellisés par l'ENM elle-même, à Nantes, Rennes ou Brest, spécialement calibrés pour la préparation.
Côté programme, tu quittes les grands cours généralistes de licence pour entrer dans la technique : procédure civile et pénale approfondie, régimes de responsabilité, contentieux, voies d'exécution. Tu t'entraînes aussi à la note de synthèse et au raisonnement juridique rigoureux, deux savoir-faire que la magistrature attend de toi dès le premier jour.
Focus sur le concours de l'ENM
Pour devenir juge, tout se joue à l'École nationale de la magistrature. Basée à Bordeaux, avec une antenne à Paris, c'est la structure qui forme les futurs juges et procureurs, et son concours reste le seul moyen d'y entrer.
Préparer le concours : l'IEJ et la prépa Talents
Une fois le master de droit en poche, la plupart des candidats consacrent une année à préparer les épreuves. Le point de passage le plus courant, c'est l'institut d'études judiciaires (IEJ). On en trouve un dans presque toutes les universités de droit en France, et il propose une préparation publique à petit prix : des cours de méthode, des entraînements réguliers et des examens blancs qui te mettent en conditions réelles. C'est là que tu prends l'habitude de composer sur 5 heures ou de boucler une note de synthèse dans le temps imparti.
Tu es étudiant boursier ou issu d'un milieu modeste ? Les classes prépas Talents de l'ENM sont faites pour toi. Cette préparation est gratuite, encadrée de près, avec un tutorat individuel et de petits effectifs. L'institution en compte sept aujourd'hui, dans plusieurs villes, et elles délivrent même un diplôme qui valorise ton année si tu ne décroches pas le concours du premier coup.
Le concours en lui-même
L'École nationale de la magistrature propose plusieurs concours selon ton profil. Celui qui te concerne en sortant de tes études, c'est le premier concours, ouvert aux titulaires d'un M1. Les deux autres s'adressent aux personnes déjà en poste : le deuxième aux fonctionnaires, le troisième aux salariés du privé. À noter aussi qu'une reconversion reste possible plus tard dans ta vie, puisque la limite d'âge a été relevée en 2023.
Le premier se déroule en deux temps. Tu passes d'abord les écrits : une composition sur une grande question de société, une épreuve de droit civil, une de droit pénal, une de droit public, et une note de synthèse à partir d'un dossier. Si tu es admissible, tu enchaînes ensuite sur les oraux, dont le grand oral, un entretien où le jury cherche à cerner ta manière de réfléchir autant que tes connaissances. Le parcours s'étale sur plusieurs mois, des écrits au printemps jusqu'aux oraux à l'automne.
C'est un concours sélectif, personne ne te dira le contraire, et beaucoup de reçus ne l'ont obtenu qu'à leur deuxième ou troisième tentative. La bonne nouvelle, c'est que tu peux le repasser autant de fois que tu veux : depuis 2021, le nombre d'essais n'est plus limité. Avec une préparation sérieuse, ta place se joue vraiment.
Débouchés et salaire du juge
À la sortie de l'École nationale de magistrature tu ne cherches pas un poste comme après un parcours classique : tu es affecté selon ton rang de classement. Les mieux classés choisissent en premier leur juridiction et leur fonction. Et les besoins sont réels, puisque la justice recrute massivement ces dernières années pour renforcer ses effectifs partout en France.
Le terme de juge recouvre en réalité plusieurs métiers. Tu peux devenir juge aux affaires familiales, juge des enfants, juge d'instruction, juge de l'application des peines ou juge des libertés et de la détention, sans oublier la possibilité de passer côté parquet en tant que procureur. Une même formation, mais un éventail de fonctions dans lequel tu construis ta carrière au fil des années.
Côté rémunération, le métier paie plutôt bien pour un début dans la fonction publique. En sortie d'école, un juge gagne un peu plus de 4 880 € brut par mois, soit environ 3 878 € nets mensuels. Après quelques années d'expérience professionnelle, la barre des 5 900 € bruts par mois est franchie, et la rémunération grimpe encore en fin de carrière, où elle peut approcher les 10 000 € brut mensuels sur les postes les plus élevés.





