Les résultats de la phase principale sont tombés. Certains ont bondi de joie, d’autres ont fixé leur écran un peu plus longtemps que prévu. Si tu te retrouves dans le deuxième cas de figure, ou si tu cherches encore ta voie avant l’ouverture de la phase complémentaire le 19 juin, voici un chiffre qui mérite de changer ta perspective : en 2025, dernière session Mon Master dont les données sont disponibles en open data, environ 32 000 places de master n’ont pas trouvé preneur à l’issue des deux phases d’admission, et ce, sur plus de 177 000 places au total, soit près d’une place sur 5 qui reste non pourvue après les deux phases d’admission.
Contre-intuitif ? Un peu. Mon Master donne souvent l’impression d’une porte qui se referme, alors que des dizaines de milliers de places attendaient encore un candidat en fin de session. Autant que tu le saches d’emblée : ces places non pourvues ne se ressemblent pas toutes ni ne sont toutes accessibles selon ton profil. Certaines témoignent d’un manque d’attractivité du secteur, d’autres d’un déséquilibre géographique entre Paris et la province, d’autres encore d’une capacité déclarée qui dépasse la demande réelle. Diplomeo a croisé les données open data de la plateforme pour cartographier où se niche vraiment cette disponibilité et où, à l’inverse, la concurrence reste redoutable.
Les données open data Mon Master 2025 : mode d’emploi
Toutes les statistiques qui suivent sont extraites des données open data Mon Master session 2025, c’est-à-dire la rentrée universitaire 2025-2026 et donc la dernière session complète disponible à ce jour. Les calculs ont été réalisés formation par formation : les places non pourvues correspondent à la différence entre la capacité déclarée par chaque master et le nombre de candidats ayant accepté une proposition d’admission à l’issue des deux phases (principale et complémentaire cumulées).
La session 2025 en chiffres, selon ces données mises à jour en décembre 2025, c’est :
- plus de 8 160 parcours de master dans 110 établissements
- 177 297 places au total
- 144 885 candidats ayant accepté une proposition d’admission
- 32 412 places non pourvues, soit 18,3 % du total
- 27 % des formations ont eu recours à la phase complémentaire
- et plus de 8 800 admis via phase complémentaire (PC), sur près de 185 360 candidats en PC
Trois précisions s’imposent avant de lire les classements qui suivent. Chaque formation déclare elle-même le nombre de places qu’elle propose. Pour certains masters, ce chiffre est une estimation large plutôt qu’un plafond strict : en pratique, une bonne candidature tardive peut trouver une place, et à l’inverse, une formation peut afficher 30 places disponibles sans n’avoir jamais eu l’intention de toutes les pourvoir.
Ensuite, un petit peu plus de 2 400 recrutements complémentaires réalisés hors plateforme ne sont pas comptabilisés dans les admis : les places non pourvues sont donc très légèrement surestimées. Enfin, ces données éclairent la session 2026, elles ne la prédisent pas. Les capacités et dynamiques de candidature varient d’une année à l’autre.
Un point de contexte pour 2026 : le nombre de places ouvertes sur la plateforme a reculé de 13,5 % par rapport à 2025. Ce recul est principalement dû à la réforme de la formation des enseignants, qui modifie l’accès aux masters MEEF cette année. Les autres disciplines ne sont pas concernées dans les mêmes proportions. Les tendances identifiées ci-dessous gardent donc leur pertinence.
Les filières avec le plus de places non pourvues
Deux niveaux de lecture pour naviguer dans les données : par grande discipline d’abord, pour avoir une vue d’ensemble, puis par mention pour repérer les cursus concrets où postuler lors de la phase complémentaire, mais aussi hors plateforme, si tu veux tenter ta chance par tous les moyens. La discipline donne le paysage, la mention donne l’adresse.
Par discipline, les grands écarts
À l’échelle des grandes familles disciplinaires, les déséquilibres sont nets. Les langues affichent le taux de vacance le plus élevé parmi les disciplines qui rassemblent au moins plusieurs centaines de formations : 30,5 % des places n’ont pas trouvé preneur en 2025.
Suivent les sciences fondamentales et applications (23,1 %), les lettres et arts (21,5 %), les sciences économiques et de gestion (20,4 %), et les sciences humaines et sociales (20,1 %).
À l’autre bout du spectre, le droit et les sciences politiques ne laissent que 5 % de places non pourvues. Quant à la psychologie, elle affiche un taux négatif : c’est-à-dire plus d’admis que de places déclarées.
La théologie (84,1 % de vacance) a été exclue du graphique : avec une poignée de formations seulement, son taux ne colle pas forcément à la réalité d’accès à ces masters.
Avec 63 865 places au total, les sciences humaines et sociales concentrent à elles seules 12 850 places non pourvues, soit le volume absolu le plus élevé de toutes les disciplines. C’est là que se niche la plus grande réserve disponible, à condition de savoir précisément où chercher.
Les mentions avec le plus de places non pourvues
La mention, c’est l’unité réelle de la candidature sur Mon Master. C’est à ce niveau que les données deviennent vraiment actionnables. Le tableau ci-dessous recense les 15 mentions qui présentaient le plus de places non pourvues à l’issue de la session 2025, en nombre de places, et non en pourcentage. La colonne « candidats par place » est là pour nuancer la lecture : une mention avec 40 % de vacance et 18 candidats par place reste sélective, même si elle ne remplit pas ses capacités.
Le MEEF 2nd degré concentre 7 236 places vacantes. Ces places n’étaient pas vacantes parce que la formation était plus accessible ou la sélection moins exigeante : elles l’étaient parce que le métier d’enseignant attire structurellement moins de candidats qu’il n’y a de places ouvertes, indépendamment des conditions d’admission. Avec 5,7 candidats par place en moyenne, la pression reste réelle et les exigences portant sur le dossier (cohérence du projet pédagogique, attendus disciplinaires) sont bien présentes.
Deuxièmement, et c’est ce qui change tout pour 2026 : la réforme de la formation des enseignants modifie en profondeur l’accès aux masters MEEF (premier et second degrés). L’accès aux nouveaux masters M2E (Métiers de l’enseignement 2e degré) est désormais conditionné à l’obtention des nouveaux concours de recrutement à bac+3, en dehors de la plateforme Mon Master. Les chiffres MEEF du classement 2025 ci-dessus ne sont donc pas représentatifs de l’offre 2026. Si tu vises l’enseignement, renseigne-toi directement sur monmaster.gouv.fr et auprès des établissements pour connaître les modalités spécifiques à cette session.
Quelques mentions du tableau appellent par ailleurs une lecture nuancée. Marketing/vente, Informatique, GRH, CCA et Management affichent des places non pourvues, mais avec des ratios de pression qui grimpent entre 14 et 28 candidats par place. Ces tensions paradoxales s’expliquent souvent par une concentration géographique des candidatures : des parcours saturés dans les grandes métropoles coexistent avec des formations équivalentes en région qui peinent à remplir leurs promotions. Les places vacantes existent, mais pas forcément là où tu as déjà postulé.
Les mentions qui combinent taux de vacance élevé et pression modérée sont les plus pertinentes à cibler en phase complémentaire : LLCER (3,5 candidats/place, 43,2 % de vacance), Arts, lettres et civilisations (4,4 candidats/place, 39,9 %), Sciences du langage (5,4 candidats/place, 30,9 %), Lettres (5,9 candidats/place, 24,6 %) et Histoire (7,9 candidats/place, 17,0 %) sont celles où les dés ne sont pas encore jetés. Des places existent, et la concurrence ne te ferme pas la porte d’entrée.
Les mentions les plus sélectives de Mon Master 2026
Savoir où les places existent, c’est utile. Savoir où elles n’existent presque plus, c’est tout aussi précieux pour éviter de concentrer trop d’espoir, ou en tout cas de le faire en connaissance de cause, au mauvais endroit à quelques jours du 19 juin. Certaines mentions affichent des ratios qui donnent le vertige : en 2025, les masters en Relations internationales cumulaient près de 62 candidats pour une seule place disponible, avec 1,1 % de vacance. En pratique, 99 candidats sur 100 repartaient sans proposition.
Deux cas méritent un éclairage spécifique. La psychologie, dans ses différentes déclinaisons, affiche des taux de vacance nuls ou négatifs : le nombre d’admis dépasse les capacités déclarées. Concrètement : la psychologie est saturée, et les taux négatifs n’indiquent pas qu’il est plus aisé d’y entrer, mais exactement l’inverse.
La Finance présente, elle, un paradoxe différent : 37,9 candidats par place en moyenne, mais 18,3 % de places non pourvues en apparence. La même logique géographique s’applique ici, avec des parcours en tension dans les métropoles et des places disponibles là où les candidatures ne se concentrent pas.
Phase complémentaire : trois réflexes pour cibler juste
Ces données ne décident pas à ta place, mais elles peuvent affiner ta stratégie pour les semaines qui viennent. Voici comment :
- Croiser les deux indicateurs plutôt qu’en lire un seul. Le taux de vacance seul ne suffit pas : une mention avec 35 % de places non pourvues et 25 candidats par place reste sélective. La combinaison taux de vacance élevé et ratio de pression modéré (autour de 5 à 10 candidats par place) signale une fenêtre réelle.
- Lever le filtre géographique. C’est là que se joue une grande partie de l’équation. Les mentions en tension dans les grandes métropoles affichent souvent des places vacantes dans des villes moyennes ou des universités moins visibles. Mon Master permet de filtrer par lieu de formation. C’est un levier que beaucoup de candidats sous-utilisent en phase complémentaire, faute d’avoir envisagé la mobilité comme une option réelle.
- Consulter le rang du dernier appelé pour chaque formation ciblée. Cette donnée, disponible directement sur la plateforme pour les formations qui la renseignent, te donne un ordre de grandeur de jusqu’où la liste d’attente a remonté l’année précédente. Un rang du dernier appelé élevé signale que la formation a souvent besoin d’aller chercher des candidats au-delà de ses premiers classés. C’est un indicateur favorable si tu es sur liste d’attente.
La phase complémentaire Mon Master 2026 ouvre le 19 juin : tu as jusqu’au 25 juin pour déposer de nouvelles candidatures et classer l’ensemble de tes vœux. Attention, le 1er juillet est une date à ne surtout pas rater : tout vœu non classé à cette date est définitivement perdu, sans exception. Les admissions complémentaires sont ensuite publiées entre le 10 et le 19 juillet.
Et si tu n’as toujours pas de réponse positive à ce stade, ne décroche pas tout de suite : des places peuvent encore se libérer entre le 20 juillet et le 30 août, au fil des désistements des candidats qui ont accepté une autre formation.





