Tu sors d'un bachelor en école privée, ton diplôme est inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) et est bien de niveau 6, et tu te vois déjà en master à la fac. Si tu te poses néanmoins la question, c’est que tu as dû le pressentir : avoir un titre RNCP ( et pas forcément un diplôme national) et pouvoir candidater en master universitaire, ce n'est pas la même chose.
La plateforme Mon Master accepte techniquement les candidats titulaires d'un bac+3, mais entre pouvoir déposer un dossier et voir sa candidature examinée au même titre qu'un titulaire de diplôme national (comme une licence une licence pro ou un BUT), il y a un fossé que beaucoup d'étudiants découvrent trop tard. Bonne nouvelle, tout de même : cette situation ne fait pas de toi un candidat sans option. Elle demande simplement de bien comprendre ce que ton diplôme te permet, et ce qu'il ne te permet pas, de faire afin de choisir la bonne stratégie de poursuite d'études !
Ce que dit la plateforme Mon Master
La page officielle Mon Master indique que la plateforme est ouverte à « toutes les personnes titulaires ou en cours d'obtention d'un diplôme de niveau bac+3 ». Mais ce n’est pas tout. Il faut aussi que ce diplôme confère le grade de licence. Le diplôme national de licence (DNL), la licence professionnelle (LP) et le BUT confèrent automatiquement le grade de licence.
D’autres diplômes comme certains bachelors de plusieurs écoles d'ingénieurs, de commerce, de journalisme et d'IEP bénéficient aussi de ce grade. Le problème, c'est qu'aucun document unique ne recense proprement la liste complète et à jour de tous les programmes et diplômes concernés. Pour vérifier si le tien en fait partie, il faut croiser plusieurs sources :
- Le Code de l'éducation (article D612-32-2, consultable sur Légifrance) liste les catégories de diplômes qui confèrent le grade de licence de plein droit (licence, licence pro, DN MADE, diplômes de santé, DCG, bachelor agro…) et diplômes d'établissement (Sciences Po Paris, Polytechnique, École du Louvre, certains cycles pluridisciplinaires…). La version en vigueur intègre les modifications du décret n° 2026-179 du 10 mars 2026.
- Pour les écoles privées d'ingénieurs et de commerce, c'est dans les arrêtés publiés au Bulletin officiel de l'enseignement supérieur que les choses se jouent. Ces arrêtés listent, école par école et formation par formation, les bachelors autorisés à délivrer un diplôme conférant le grade de licence. Le plus récent est l'arrêté du 12 février 2026 (BO n° 10 du 5 mars 2026), qui couvre notamment des bachelors d'écoles comme l'INSA Lyon, TBS Éducation, Audencia, NEOMA, IDRAC ou encore em Lyon. Comme ces arrêtés sont publiés par vagues, au fil des campagnes d'accréditation, il faut parfois remonter aux publications antérieures pour retrouver une école dont le renouvellement n'est pas encore passé.
- Les sites de la CEFDG (pour les écoles de management) et de la CTI (pour les écoles d'ingénieurs) publient aussi les listes des programmes évalués et accrédités.
Pour les autres diplômes, ceux qui ne bénéficient pas de cette reconnaissance, Mon Master précise que leur admissibilité à candidater en master reste possible, mais que « cette appréciation est alors à la main de l'établissement, qui peut choisir ou non de retenir la candidature ». Autrement dit, tu peux déposer un dossier sur la plateforme en sélectionnant « autre diplôme français » dans le formulaire d'inscription, puisque « bachelor » n'apparaît pas comme option à part entière. Mais ce dépôt ne garantit en rien que l'université examinera ta candidature, de un, ni avec les mêmes critères qu'un étudiant venu de licence, de deux.
Et il y a un point supplémentaire à garder en tête : seuls les titulaires d'un diplôme national de licence peuvent saisir le recteur de région académique en cas de refus sur l'ensemble de leurs vœux. Si ton bachelor est un titre RNCP sans le grade de licence, tu ne bénéficies pas de ce filet de sécurité.
Grade de licence et titre RNCP : la distinction qui change tout
Un bachelor inscrit au RNCP de niveau 6 et une licence universitaire se situent tous les deux au même niveau du cadre européen des certifications. Ils attestent tous les deux d'un niveau de qualification bac+3, mais ils ne jouent pas dans la même catégorie aux yeux de l'enseignement supérieur public français.
Le RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles), dépend du ministère du Travail (via France Compétences), recense les diplômes et titres à finalité professionnelle. Les diplômes nationaux (licences, BTS, masters…) y sont inscrits de droit, automatiquement. Les titres d'écoles privées, eux, doivent en faire la demande et sont réévalués tous les cinq ans au maximum. Être inscrit au RNCP est une reconnaissance de la qualité professionnelle de la formation. Mais ce n'est pas le grade de licence.
Le grade de licence, lui (et le grade de master, tant qu’on y est), est un label académique attribué par le ministère de l'Enseignement supérieur à certains bachelors évalués par la CEFDG (pour les écoles de commerce et de gestion) ou par la CTI (pour les écoles d'ingénieurs).
Titre RNCP de niveau 6 = reconnaissance professionnelle de ton diplôme par l'État. Grade de licence = reconnaissance académique qui t'insère dans le schéma européen LMD (Licence-Master-Doctorat) et facilite l'accès au master universitaire.
Pour savoir si ton bachelor a le grade de licence, vérifie directement auprès de ton école ou consulte la liste des écoles autorisées à délivrer un diplôme conférant le grade de licence ou de master à ses titulaires ou un diplôme visé par le ministère chargé de l’enseignement supérieur. Le site de la CEFDG publie aussi les programmes évalués et accrédités.
Dans les faits, candidater sans le grade de licence sur Mon Master
Tu as déposé ton dossier en cochant « autre diplôme français » et tu attends. La réalité, c'est que chaque université évalue les candidats issus de bachelor privé selon ses propres critères, et la transparence sur ces critères varie d'un établissement à l'autre. Certaines formations acceptent d'examiner les dossiers de titulaires d'un titre RNCP de niveau 6, d'autres les écartent d'emblée. Il n'existe pas de règle nationale uniforme sur ce point.
Sur Reddit (subreddit r/etudiants), des témoignages d'étudiants en bachelor d'école privée montrent que la principale difficulté est souvent technique avant même d'être académique : savoir quoi sélectionner dans le formulaire, comprendre si sa formation sera prise en compte, et obtenir un certificat clair de son école sur le niveau de reconnaissance de son diplôme.
Avant de candidater sur Mon Master, demande à ton établissement un document précisant le niveau de reconnaissance de ton diplôme à bac+3 : titre RNCP de niveau 6, visa de l'État, grade de licence ou simple diplôme d'établissement. Ce document sera utile pour constituer ton dossier et anticiper la façon dont les universités recevront ta candidature.
L'alternative : poursuivre en mastère ou MBA en école privée
Pour autant, le master universitaire n'est pas la seule voie vers un bac+5 reconnu. Les mastères, MBA et MSc en école privée débouchent eux aussi sur un titre RNCP de niveau 7, un niveau de qualification identique au bac+5 et reconnu sur le marché de l'emploi et par les recruteurs.
Mais le même réflexe que pour le bachelor s'impose ici : avant de t'engager, vérifie que le mastère ou le MBA qui t'intéresse débouche bien sur un titre RNCP actif. Pour cela, rends-toi sur le site de France Compétences, tape le code RNCP de la formation (tu le récupères sur la page du cursus sur le site de l’école ou dans la rubrique Diplômes/Certifications) dans le moteur de recherche, et vérifie deux choses : que la fiche existe et qu'elle est bien en cours de validité. Ensuite, tu peux vérifier que l’établissement qui te fait de l'œil figure bien dans la liste des organismes habilités à délivrer ledit titre.
Quand la porte de Mon Master se referme ou s'entrouvre à peine, les mastères et MBA en école privée offrent une voie vers un bac+5 qui n'exige ni le grade de licence ni le passage par une plateforme nationale. Les admissions s'y font directement auprès de l'établissement, souvent sur dossier et entretien, avec un calendrier propre à chaque école, ce qui peut laisser davantage de marge de manœuvre.
Il existe deux grandes catégories de MBA et elles ne s'adressent pas au même public. Le MBA dit « classique » est un cursus de niveau bac+5, accessible après un bac+3 (bachelor, licence, BUT). C'est celui qui t'intéresse si tu sors d'un bachelor et que tu vises un bac+5.
L'Executive MBA, lui, cible des professionnels déjà en poste, souvent avec cinq à dix ans d'expérience minimum, qui veulent accélérer leur carrière ou prendre des fonctions de direction. Le format est adapté à la vie active : cours le soir, le week-end ou en sessions intensives. Les deux peuvent déboucher sur un titre RNCP de niveau 7, mais les conditions d'accès, le rythme et le public n'ont rien à voir.
Comme c’est vrai pour un titre RCNP de niveau 6 et le grade de licence, un titre RNCP de niveau 7 ne confère pas automatiquement le grade de master, et ne permet pas d'accéder à un doctorat comme le ferait un diplôme national de master. Pour les étudiants qui visent la recherche ou qui envisagent une poursuite en bac+8, la distinction reste significative.
Plusieurs écoles proposent cette continuité bachelor-mastère en interne, avec un avantage non négligeable : la cohérence pédagogique entre le cycle bac+3 et le cycle bac+5, pensée dès la conception du programme. Tu peux aussi changer d'école entre le bachelor et le mastère. Rien ne t'oblige à rester dans le même établissement : un bachelor obtenu dans une école peut mener à un MBA ou un mastère dans une autre, tant que le niveau bac+3 est reconnu par l'école d'accueil. La mobilité entre écoles privées est souvent plus fluide qu'entre le privé et l'université.





