Que tu ranges tout juste ton ventilateur après la canicule du 17 au 30 juin ou que tu aies déjà un œil sur les prévisions de la semaine prochaine, une chose est sûre : ce n’était probablement pas la dernière vague de l’été. Météo-France annonce un nouvel épisode de fortes chaleurs probable pour la semaine du 6 au 13 juillet, à peine quelques jours après la fin d’un épisode qui a dépassé celui d’août 2003 en intensité. Le 24 juin, jour le plus chaud jamais enregistré en France, EDF a dû réduire la production de certains réacteurs nucléaires pour ne pas surchauffer les rivières qui les refroidissent, pendant que plus de 100 000 foyers du Finistère se retrouvaient privés d’électricité. Visiblement, il y a un métier (ou plutôt toute une filière) à prendre !
Le secteur de la clim et de l’énergie n’a pas attendu cet été pour recruter, mais ces deux semaines viennent de lui faire une publicité que personne n’aurait pu acheter. Et la bonne nouvelle, c’est que ce secteur ne se résume pas à poser des climatiseurs sur un mur : du technicien qui répare ta clim à l’ingénieur qui pilote une centrale, en passant par les métiers de l’éolien ou de l’hydrogène, il y a une formation pour quasiment tous les profils, du CAP au bac+5 !
Ce que disent les chiffres du recrutement en 2026
2026 est plutôt une année de prudence côté recrutement. Selon l’enquête Besoins en Main-d’Œuvre (BMO) 2026 de France Travail, publiée fin avril, les entreprises françaises annoncent 2,28 millions de projets d’embauche, soit 6,5 % de moins qu’en 2025. Deux secteurs seulement échappent à cette tendance et voient leurs intentions de recrutement progresser : la santé (+0,4 %) et, en tête de liste, l’industrie extractive, énergétique et la gestion des déchets, avec une hausse de 24,8 % par rapport à 2025.
Et parmi les métiers qui peinent le plus à trouver preneur, les techniciens en installation et maintenance en froid et conditionnement d’air occupent carrément le podium : selon le classement officiel des métiers les plus difficiles à recruter en 2026, ils se placent 3e à l’échelle nationale, tous secteurs et tous métiers confondus, avec un taux de difficulté de 81,2 % pour 3 130 projets de recrutement annoncés cette année. Seuls les géomètres (avec un taux de difficulté de recrutement de 83,3 %) et les professionnels du travail de la pierre (82,4 %) font pire.
Le volume de projets de recrutement est logiquement plus élevé en Île-de-France, mais ce n’est pas là que la pénurie se fait le plus sentir. Selon l’enquête BMO 2026, c’est dans les Hauts-de-France (92,9 % de recrutements jugés difficiles) et en Pays de la Loire (89,5 %) que les entreprises galèrent le plus à trouver des techniciens en froid et climatisation. À l’inverse, des régions qui recrutent pourtant beaucoup, comme l’Auvergne-Rhône-Alpes ou la Bretagne, affichent une tension plus modérée (71,4 % dans les deux cas).
Ce n’est pas un hasard si France Travail a rangé l’énergie et le nucléaire parmi ses 11 filières jugées prioritaires au niveau national, aux côtés de la santé ou du numérique. Et concrètement, ce n’est pas traité depuis Paris à coups de notes de service : la Normandie a été désignée région leader sur ces deux filières précises, preuve que le suivi se fait au plus près du terrain.
La canicule comme accélérateur, pas comme déclencheur
Autant que tu le saches rapidement : ce n’est pas la canicule de juin qui a créé ce besoin de main-d’œuvre, elle l’a plutôt rendu visible à tout le monde en même temps.
Trois dynamiques se superposent : la première, c’est l’équipement express des logements en climatisation et en pompes à chaleur réversibles, des installations qui demandent un technicien certifié pour manipuler les fluides frigorigènes. La deuxième, c’est la rénovation énergétique du parc immobilier, portée par le remplacement progressif des chaudières au fioul et au gaz. La troisième, plus structurelle, c’est le vieillissement des professionnels en poste, dont les départs en retraite ne sont pas tous remplacés.
Et cette tension ne s’arrête pas aux installateurs. Tout l’écosystème électrique est sous pression dès qu’il fait chaud : des ingénieurs qui pilotent l’équilibre du réseau jusqu’aux techniciens qui interviennent sur les centrales, en passant par ceux qui développent l’éolien et le solaire pour diversifier le mix énergétique. Avec un réchauffement déjà à +2,7 °C en France hexagonale (soit +2 °C de réchauffement planétaire, le seuil que l’accord de Paris voulait éviter de franchir), Météo-France prévient que des épisodes comme celui de juin 2026 ont vocation à devenir la norme plutôt que l’exception.
Sur le terrain : les métiers de l’installation et de la maintenance
Si un seul diplôme devait représenter l’entrée dans le secteur de l’installation et de la maintenance en climatisation, ce serait le BTS Fluides Énergies Domotique (FED), en deux ans, après le bac minimum. Il se décline en trois options, dont l’option A, génie climatique et fluidique, qui forme directement aux métiers du chauffage, de la ventilation et de la climatisation dans le bâtiment.
Selon les données InserJeunes du ministère de l’Enseignement supérieur (cumul des promotions 2022-2023 et 2023-2024), 8 apprentis sur 10 (alternance) sont en emploi salarié 6 mois après leur sortie de formation, contre 6 sur 10 pour ceux qui suivent la voie scolaire classique (hors alternance, mais stages au cours de la formation). Un an après leur sortie, toujours selon ces données, la moitié des salariés issus du BTS FED en alternance touchent entre 1 720 € et 2 220 € net par mois en équivalent temps plein.
D’après InserJeunes, la voie de l’alternance multiplie quasiment par deux les chances de trouver un emploi salarié dans les six mois suivant le diplôme, pour les diplômes cités ici.
Pour entrer plus tôt dans la filière, le Bac Pro Installateur en Chauffage, Climatisation et Énergies Renouvelables (ICCER), qui a remplacé les anciens diplômes TISEC et TMSEC, se prépare en trois ans après la 3e. 7 alternants sur 10 sont en emploi salarié 6 mois après leur diplomation. Anciens alternants ou pas, les diplômés salariés gagnent entre 1500 et 1900 € net par mois, toujours selon les données InserJeunes.
Encore plus court, le CAP Installateur en froid et conditionnement d’air se prépare en deux ans. Le CAP Monteur en installations sanitaires et le CAP Monteur en installations thermiques couvrent respectivement la plomberie et le chauffage, deux portes d’entrée tout aussi valables.
Bureaux d’études et chantiers : les métiers de l’ingénierie qui pilotent ces installations
Tous les profils du secteur ne portent pas une caisse à outils. Derrière chaque installation, il y a un chargé d’affaires en génie climatique qui chiffre le projet, un technicien de bureau d’études qui dessine les plans, ou un ingénieur d’études CVC (chauffage, ventilation, climatisation) qui valide les choix techniques avant que le chantier ne démarre.
Ces postes demandent davantage de bagage : le BUT Métiers de la Transition et de l’Efficacité Énergétiques (MT2E), qui a pris la suite de l’ancien DUT Génie thermique et énergie, prépare en trois ans à dimensionner et exploiter des installations énergétiques pour le bâtiment et l’industrie, avec quatre parcours selon la spécialisation visée.
Pour viser encore plus haut, une autre voie consiste à passer par une classe préparatoire scientifique ou une prépa technologique comme la prépa ATS, notamment après un BTS. Ensuite, direction les concours des écoles d’ingénieurs. Il existe des cursus spécialisés en génie énergétique. Mais la prépa n’est pas la seule entrée : à Grenoble INP-Phelma, par exemple, la filière Génie energétique et nucléaire recrute aussi bien après une prépa qu’après un BUT, deuxième année de BUT ou une L2, preuve qu’un bac+2 technique bien construit peut suffire pour viser l’ingénierie ! On parle d’admissions parallèles.
Et pour ceux qui veulent se spécialiser encore après un premier diplôme de niveau bac+5, les mastères spécialisés en énergies renouvelables, proposés par plusieurs écoles d’ingénieurs comme Mines Paris-PSL, forment des experts capables de piloter des projets photovoltaïques, éoliens ou de stockage d’énergie, jusqu’à l’évaluation technico-économique.
Au-delà de la clim : nucléaire, géothermie, réseaux électriques, les autres pans qui recrutent
Il ne faut pas réduire ce secteur des énergies à la simple climatisation. Le nucléaire, par exemple, vit un moment particulier : avec le grand carénage (le programme de travaux qui prolonge la durée de vie des réacteurs actuels au-delà de 40 ans) et la construction d’au moins six nouveaux EPR2 (la nouvelle génération de réacteurs qui doit progressivement remplacer le parc actuel), le Gifen (groupement industriel de la filière nucléaire) estime les besoins de recrutement à 100 000 personnes sur les dix prochaines années, sur des métiers allant du CAP (câbleur, chaudronnier, électricien) à l’ingénieur (études conception électricité, exploitation, sécurité nucléaire, chef de projet).
Plusieurs écoles d’ingés se sont positionnées sur ce créneau avec des approches différentes : quand Grenoble INP couvre l’ensemble de la chaîne, l’ENSICAEN propose un parcours davantage centré sur la neutronique et la thermohydraulique, et l’IMT Atlantique a fait de la gestion des déchets et de la sûreté sa spécialité.
Moins connue mais tout aussi accessible : la géothermie qui consiste à récupérer la chaleur du sous-sol pour chauffer des logements entiers ou des quartiers. Le chauffagiste en géothermie, qui installe des pompes à chaleur géothermiques, s’y forme avec les mêmes CAP que pour la climatisation classique (CAP Installateur en froid et conditionnement d’air, CAP Monteur en installations thermiques), complétés éventuellement par un BP Installateur, dépanneur en froid et conditionnement d’air. À l’autre bout de la chaîne, l’ingénieur géothermique étudie les données géologiques d’un site avant de superviser la construction d’une centrale. C’est là un poste accessible via un diplôme d’ingénieur spécialisé en énergie et environnement ou un master en énergétique et thermique.
Travailler pour l’environnement : quels métiers et formations pour toi ?
Le reste de la filière électrique n’est pas en reste non plus. Parmi les métiers identifiés comme particulièrement recherchés : technicien bureau d’études, ingénieur d’étude électrique, installateur de panneaux photovoltaïques, ou encore data analyst appliqué aux réseaux électriques intelligents. Les énergies renouvelables au sens large suivent la même dynamique : selon France Renouvelables, 80 000 emplois sont à pourvoir d’ici 2030 dans cette filière, des monteurs câbleurs aux ingénieurs en passant par les électromécaniciens.
Et un secteur encore émergent affiche des perspectives spectaculaires : l’hydrogène vert, qui pourrait créer entre 50 000 et 150 000 emplois directs et indirects d’ici 2030 selon France Hydrogène, tous niveaux de qualification confondus. Sans oublier les métiers plus transversaux comme hydraulicien ou technicien d’exploitation en centrale hydroélectrique, qui recrutent aussi des profils techniques formés en BTS, BUT ou école d’ingénieurs.
Tu l’auras compris : ce n’est pas qu’une histoire de clim. Entre les techniciens qui interviennent en urgence sur le terrain, les ingénieurs qui pilotent des centrales et ceux qui développent l’éolien, la géothermie ou l’hydrogène, ce secteur a de la place pour à peu près tous les projets, du CAP au bac+5. Et avec un climat qui ne va pas se calmer de sitôt, de nouveaux besoins en talents continueront d’apparaître, et sûrement aussi dans des métiers qui n’existent même pas encore aujourd’hui.





