Il est 15 h, nous sommes un brave jour de semaine, il fait un soleil de plomb, et toi, matcha glacé à la main, tu déambules dans la rue sans vraiment savoir où aller. C’est une scène presque suspecte en pleine semaine, sauf que c’est les vacances, alors tout est permis. Ou alors, c’est l’inverse : depuis la fenêtre de ton bureau de stagiaire, tu regardes des ados filer vers la piscine, sac sur l’épaule, en plein mercredi après-midi. Toi, tu as vingt minutes de pause déjeuner, montre en main, et une pointe de nostalgie qui s’installe.
Que tu sortes du lycée ou que tu sois dans le supérieur, peu importe où tu en es dans tes études, l’été signifie encore pour toi (ou tu en as encore ce souvenir), deux ou trois mois de vraie pause. Le jour où tu signeras ton premier contrat, ce rythme va-t-il s’évaporer d’un coup ? Bonne nouvelle : certains métiers gardent un solide capital de repos et spoiler, si tu ne rêves pas de devenir prof, c’est possible aussi !
Le calendrier scolaire : AESH, AED et CPE calquent leur rythme sur celui des élèves
Débunkons avant d’aller plus loin : non, les profs ne passent pas huit semaines d’été les pieds en éventail. Une étude du ministère de l’Éducation nationale (DEPP, 2025) montre qu’entre les corrections, la préparation de la rentrée et parfois des formations qu’ils suivent pour eux, les enseignants travaillent en moyenne 13 jours sur les huit semaines des vacances d’été. Mais même en comptant ce temps caché, il leur reste largement plus de semaines de véritable coupure que la moyenne des salariés. Le mythe n’est donc pas totalement faux, juste un peu simplifié.

Le métier de prof, c’est souvent la première réponse qui vient en tête quand on pense aux grandes vacances et c’est pas mal logique, puisque c’est le calendrier scolaire qui dicte tout, y compris les deux mois d’été. Mais devenir enseignant, ce n’est clairement pas un projet pour tout le monde : concours sélectif, plusieurs années d’études, un rapport particulier à la transmission que tu n’as peut-être pas forcément envie de porter… mais bonne nouvelle ! Le calendrier scolaire n’appartient pas qu’aux profs. Plusieurs métiers gravitent autour de l’école sans exiger le même engagement ni le même parcours.
Le réflexe ici, c’est de penser aux métiers en rapport avec les enfants pour avoir un rythme de travail qui correspondrait à peu près à leur rythme scolaire : animateur, AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap), surveillant. Un autre internaute affine la liste : « secrétaire, adjoint de direction, personnel d’éducation, CPE, AESH, tout ce qui est administratif ». Les deux se complètent bien — l’intuition d’un côté, l’inventaire concret de l’autre.
AESH : un temps de travail annualisé, pas un vrai statut de vacances
L’accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH) suit le calendrier scolaire, mais son temps de travail est annualisé sur une période de 39 à 45 semaines, 41 en moyenne, selon le décret n° 2014-724 du 27 juin 2014. Dans le détail, un temps plein représente 1 607 heures, réparties sur ces semaines-là.
Les périodes non travaillées ne sont donc pas juridiquement des congés : c’est simplement du temps de service qui n’est pas dû, compensé par une rémunération lissée sur douze mois. Cela signifie qu’un AESH n’accumule pas de jours de congés payés comme un salarié classique. S’il démissionne en cours d’année, il ne touche pas d’indemnité compensatrice de congés non pris (contrairement à un salarié du privé qui, lui, cumule des droits à congés mois après mois). Le calcul annualisé (1 607 heures sur 41 semaines) intègre directement les périodes de vacances scolaires comme du temps non travaillé, et non comme des jours de repos à décompter d’un capital de congés. Le repos est bien réel, mais ce n’est pas un droit à congés au sens légal.
Côté formation, aucun diplôme n’est exigé à l’entrée : le bac (ou un titre équivalent) suffit pour candidater. À défaut, un CAP ou un BEP du secteur médico-social peut aussi ouvrir la porte, à condition de justifier d’au moins neuf mois d’expérience dans l’accompagnement de personnes en situation de handicap. Une formation d’adaptation à l’emploi de 60 heures est prise en charge une fois recruté. Pour aller plus loin dans le secteur, le DEAES (diplôme d’État d’accompagnant éducatif et social, de niveau 3, soit l’équivalent d’un CAP ou d’un BEP) reste la référence : c’est la formation phare pour sécuriser durablement ce métier, voire évoluer vers l’éducateur spécialisé.
AED : la même logique, avec un crédit d’heures en bonus
Même mécanique pour l’AED (assistant d’éducation… ou surveillant plus simplement) : service réparti sur 39 à 45 semaines, 1 607 heures pour un temps plein, selon le décret n° 2003-484 du 6 juin 2003. Petit plus non négligeable : un crédit de 200 heures annuelles pour suivre des études, soit l’équivalent d’une journée libérée par semaine. C’est là un véritable levier pour concilier fac et job étudiant, que peu de contrats étudiants proposent.

Aucun diplôme spécifique n’est requis non plus pour devenir AED : le bac suffit dans la majorité des cas, ce qui en fait un job étudiant accessible dès la sortie du lycée ou en cours de licence.
Animateur : le BAFA en clé d’entrée, avec plusieurs portes de sortie
Contrairement à l’AESH et à l’AED, le rythme de l’animateur périscolaire fonctionne dans le sens inverse de celui des élèves qu’il encadre. Pendant l’année scolaire, il intervient seulement sur des créneaux courts : la pause méridienne ou le mercredi après-midi, par exemple. C’est pendant les vacances scolaires, en centre de loisirs, qu’il travaille le plus, c’est-à-dire au moment où les élèves, eux, sont censés être en repos. Le calendrier scolaire lui laisse donc surtout des trous dans l’emploi du temps en période de cours, et pas de grandes coupures pendant les vacances.
À noter : la surveillance du soir change de main selon le niveau. En primaire, c’est l’animateur périscolaire qui prend le relais de l’enseignant pour l’étude ou la garderie, sous la responsabilité de la mairie. Au collège et au lycée, cette mission revient à l’AED, qui encadre l’étude et les heures de permanence tout aussi régulièrement qu’il surveille les récréations.
Le BAFA (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur) reste la voie d’entrée la plus rapide pour devenir animateur. Accessible dès 16 ans révolus, il ne nécessite aucun diplôme préalable et permet d’encadrer des mineurs en accueil collectif dès son obtention. Pour transformer cette activité en métier à part entière, le CPJEPS (certificat professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport, niveau CAP) constitue la première marche professionnalisante, suivie du BPJEPS (brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport, niveau bac) animateur pour viser des responsabilités ou un poste à l’année plutôt que sur les seules périodes scolaires. Le CQP animateur périscolaire, lui, est pensé pour les adultes déjà en poste qui veulent certifier leur expérience.
CPE : un vrai de fonctionnaire, pas un aménagement du temps de travail
Le conseiller principal d’éducation (CPE) est un personnel titulaire de l’Éducation nationale. Ce n’est pas le cas de l’AED ou de l’AESH. Le CPE est recruté par concours (le CRCPE), accessible après une licence (bac+3) via le master MEEF mention Encadrement éducatif, qui combine cours théoriques, stages en établissement et préparation aux épreuves. Une fois lauréat, le CPE devient fonctionnaire et touche un salaire pendant les vacances scolaires, bien qu’il ne travaille pas durant cette période, exactement comme les enseignants. Ce ne sont pas des congés en plus, mais un véritable statut, contrairement à l’aménagement du temps de travail de l’AED ou de l’AESH.
Travailler dans une école : quelles formations et quels métiers ?
À noter : ce parcours est en train de changer. Le master MEEF Encadrement éducatif est progressivement remplacé, à partir de la rentrée 2026, par un nouveau Master Enseignement et Éducation (M2E) mention CPE, avec un nouveau concours externe accessible dès le bac+3. De quoi raccourcir, à terme, le chemin vers ce statut par rapport à l’ancien format.
D’autres métiers gravitent aussi autour de l’école, avec des logiques encore différentes. Le personnel administratif (secrétaire, adjoint de gestion, agent d’accueil…) suit en général un calendrier proche de celui des enseignants, avec quelques jours de présence en plus pendant les vacances pour préparer la rentrée. Côté cantine, beaucoup de contrats sont signés en CDI intermittent scolaire : un statut qui, contrairement à celui de l’AESH ou de l’AED, ne rémunère pas les périodes de vacances scolaires. Le salarié touche uniquement les semaines réellement travaillées, sans lissage sur l’année. Par ailleurs, c’est là un bon rappel que suivre le rythme scolaire ne veut pas toujours dire être payé pendant les vacances.
Dans le supérieur aussi, plusieurs postes suivent une véritable logique de coupure. Gestionnaire de scolarité, personnel de bibliothèque universitaire, secrétariat pédagogique en IUT ou en fac : ces métiers relèvent du statut BIATSS (bibliothèques, ingénieurs, techniciens, administratifs, sociaux et de santé), avec 25 jours de congés annuels et des RTT en plus. Cerise sur le gâteau : la majorité des universités ferment administrativement 4 à 5 semaines en plein été.
RTT et forfait jours : fonction publique et banque, on débunke tout
Pauvre fonction publique. Depuis des décennies, elle traîne l’image du planqué qui pointe à 9 h, déjeune deux heures et rentre chez lui à 16 h avec le sourire. La caricature a la peau dure et elle a même son propre folklore de blagues de comptoir. Sauf qu’en creusant les chiffres, l’écart avec le privé est beaucoup plus fin que la légende ne le raconte. Même chose côté banque, où le forfait jours cache une réalité qu’on connaît moins bien que le cliché du cadre stressé qui ne compte plus ses heures. « Tous les métiers de la fonction publique. Sinon, banquier, c’est pas mal, m’a dit ma conseillère », résume un internaute. Rumeur de couloir ou vrai bon plan ? On a vérifié les deux.
Fonction publique : moins de privilèges qu’il n’y paraît
Contrairement à l’image du fonctionnaire qui ne fait rien et rentre à 16 h, la base légale des congés, 25 jours par an, est strictement identique à celle du privé.
L’écart réel vient des RTT, qui peuvent grimper jusqu’à 23 jours selon les administrations, mais qui compensent une durée de travail réelle supérieure à 35 heures par semaine. C’est là exactement le même principe que le forfait jours des cadres autonomes, un dispositif du Code du travail qui concerne près d’un cadre français sur deux, tous secteurs confondus (banque, conseil, tech…). La banque, avec ses 51 jours de repos, en est simplement l’une des applications les plus généreuses.
Une exception mérite d’être connue : les congés bonifiés, réservés aux agents originaires des DOM-TOM en poste en métropole (ou l’inverse), donnent droit à 31 jours de congés consécutifs, plus un billet d’avion remboursé tous les deux ans.
Banque : jusqu’à 51 jours pour les cadres autonomes
Sache que la convention collective de la banque (IDCC 2120) prévoit, pour les cadres autonomes en forfait de 210 jours de travail par an, un total de 51 jours ouvrés de congés et de repos rémunérés : les congés payés classiques, le 1er mai, les jours fériés légaux, 3 jours de repos fixés par l’employeur, et un solde de jours de repos laissés à la disposition du salarié lui-même.

C’est un chiffre qui dépasse largement les 25 jours ouvrés de congés payés d’un salarié classique.
Le but ? Compenser une charge de travail qui ne se compte pas en heures, mais en objectifs atteints. Résultat : moins de contrôle sur ton emploi du temps au quotidien, mais un solide capital de repos à la fin de l’année.
Le saisonnier en montagne : un rythme inversé, pas des vacances en plus
Changement de registre. Ici, pas de calendrier scolaire ni de forfait jours, mais seulement un rythme de vie complètement inversé par rapport au tien. Un responsable de magasin en station raconte : « 6-7 mois par an dont 4 mois à fond, logement payé par mon patron à 1 700 mètres d’altitude ». Ce témoignage résume bien la réalité du métier. Il ne s’agit plus de vacances, mais d’une vie professionnelle compressée sur une partie de l’année.
Certains saisonniers cumulent une saison d’été et une saison d’hiver sur le même territoire, ce qui peut représenter jusqu’à six à huit mois de travail par an. Mais qu’en est-il de ceux qui ne travaillent que l’été, à la manière d’un animateur de club de vacances ou serveur en bord de mer ? Sont-ils vraiment off le reste de l’année, et payés pour autant ? Réponse : non, ils ne touchent rien pendant l’intersaison, sauf s’ils ouvrent des droits au chômage.
Depuis 2025, un saisonnier qui justifie de 5 mois de contrats exclusivement saisonniers (108 jours ou 758 heures) peut toucher une allocation chômage minimale de 5 mois. C’est là un véritable filet, mais pas un salaire déguisé en vacances. Le reste du temps ? De la recherche active du prochain contrat, souvent d’une région à l’autre pour enchaîner les saisons.
Un autre secteur mérite d’être cité, moins connu, mais avec une réelle logique d’alternance : les métiers de la mer. Le rythme varie selon le type de navigation. Sur les longs trajets, un marin du commerce alterne environ un mois d’embarquement pour 25 jours de repos à terre.
Sur les car-ferries et les traversées courtes, en revanche, c’est carrément une semaine embarquée pour une semaine de repos. Dans les deux cas, ce temps de repos à terre est intégralement rémunéré, comptabilisé comme des congés payés classiques.





