Qui dit nouvelle année, dit nouveaux objectifs ! La Commission des titres d’ingénieurs (CTI), organisme paritaire depuis 1934, qui s’occupe notamment de l’accréditation des titres dans les écoles d’ingénieurs, révèle son activité et son « engagement pour accompagner les écoles d’ingénieurs dans un monde en transition », lors d’une conférence, le 11 février 2022.
Plusieurs thématiques ont ainsi été évoquées par la direction de l’organisation : Élisabeth Crépon, la présidente ainsi que Jean-Louis Allard et Fabrice Losson, ses vice-présidents.
La CTI a dressé un bilan positif lors de la campagne d’audit 2020-2021. Au total, 109 missions d’audits ont été menées l’année précédente, sur 383 formations. Cette année, 82 audits sont prévus et 106 pour la campagne 2022-2023. « Ce sont 344 programmes qui ont été évalués, dont de nouveaux programmes, des nouvelles voies, ce qui illustre le dynamisme des écoles d’ingénieurs pour répondre aux attentes, aux besoins des entreprises, des employeurs », affirme Élisabeth Crépon.
Dans la nouvelle campagne, la CTI travaille avec deux organismes : le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche de l’enseignement supérieur (Hcéres) et la Commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion (CEFDG).
La CTI affirme également avoir une implication paritaire du monde socio-économique et académique. Pour elle, les objectifs sont clairs : pour poursuivre dans une démarche d’évaluation, la Commission doit accompagner les écoles d’ingénieurs afin de les mettre systématiquement dans une amélioration continue.
Référentiel R&O de la CTI : nouveaux critères et simplification
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La CTI et son référentiel Références & Orientation (R&O) sont régulièrement soumis à une révision. L’organisme a présenté son référentiel lors d’un colloque organisé le 1er février dernier. « Nous avons insisté, lors d’un colloque qui portait sur la campagne 2022-2023 pour alléger, simplifier le travail des ingénieurs », précise Élisabeth Crépon. Il est donc question d’un renforcement des critères face aux « évolutions sociétales », et de simplifier les procédures d’évaluation et d’accréditation pour les écoles d’ingénieurs.
Transition économique, écologique ou socio-économique, le monde d’aujourd’hui est marqué par des évolutions et des changements rapides dans l’enseignement supérieur, mais aussi dans le milieu professionnel. Face à ce constat, Jean-Louis Allard, vice-président de la CTI, explique que l’évolution du rythme du référentiel est tout aussi rapide et « quasi annuelle ». Ce dernier intègre « les règles de bon fonctionnement d’une école pour former des ingénieurs qui sont opérationnels dans le monde d’aujourd’hui », assure-t-il. « On forme aujourd’hui les ingénieurs de manière différente qu’il y a une dizaine ou une vingtaine d’années ».
Le référentiel 2022, selon le vice-président de la CTI, présente des fondamentaux comme l’identité et la gouvernance d’une école d’ingénieurs, l’autonomie, la visibilité, la communication, etc. « L’offre de formation doit être claire, la politique de recherche en termes de production et des moyens qui permettent aussi aux élèves de développer une formation avec et par la recherche », explique Jean-Louis Allard, avant d’ajouter : « ce n’est pas uniquement une formation scientifique, c’est aussi une formation professionnalisante dans laquelle les compétences managériales, interculturelles sont développées ».
Concernant les formations des écoles d’ingénieurs, le vice-président de la CTI évoque un focus particulier vers la diversité : favoriser « les catégories socio-professionnelles des élèves et la possibilité d’accès à des catégories socioprofessionnelles moins favorisées », évoque-t-il. Une diversité qui concerne aussi le genre, le handicap, les parcours scolaires et les territoires. Outre la diversité, la CTI parle des nouveautés du référentiel 2022, qui sont multiples et prioritaires : l’égalité des chances, les enjeux environnementaux et sociétaux, l’inclusion. Jean-Louis Allard souhaite aussi diversifier les méthodes pédagogiques et intégrer des enseignements à distance. « L’expérience COVID nous avait positionnés dans un fonctionnement distanciel qui a parfois été subi et qui a parfois été assez bien réfléchi et structurés », poursuit-il.
Enfin, la vie étudiante est aussi un « élément majeur », car la CTI « a un prisme particulier pour s’occuper de la vie des étudiants et de leur bien-être ». Au-delà des enjeux environnementaux, la lutte contre les discriminations, les addictions, le harcèlement et les violences sexistes et sexuelles seront également traités avec le référentiel 2022. Ce dernier sera accompagné de « fiches thématiques », afin de guider au mieux les écoles d’ingénieurs.
Bachelors : une nouvelle campagne d’audit
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Cette année, la Commission des titres d’ingénieurs lance une nouvelle campagne d’audit sur les Bachelors en Sciences et Ingénieries. Pour rappel, c’est la CTI qui attribue le grade de licence aux bachelors des écoles d’ingénieurs, et non pas la CEFDG, même si ces derniers travaillent ensemble. Ainsi, la CTI audite chaque année depuis 2020, une vingtaine d’écoles. Dans le détail, 24 écoles et 39 formations ont été auditées il y a deux ans, 21 écoles et 24 formations en 2021 et en 2022, 20 écoles et 31 formations.
Pour les bachelors, Fabrice Losson, également vice-président de la CTI, parle d’une adaptation des deux premières campagnes, suite au retour des écoles et des parties prenantes. « Beaucoup de thématiques sont forcément en lien avec les attentes du marché, des entreprises, puis des thématiques technologiques qui arrivent », constate-t-il. D’autres thématiques passent par la transition numérique et énergétique, les biotechnologies, les bâtiments durables et l’éco-industrialisation.
La nouvelle campagne d’audit est aussi marquée par une harmonisation« du niveau d’exigence sur les critères d’évaluation », qui a été faite en lien avec le Hcéres et la CEFDG, sous l’égide du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), notamment sur les bachelors hybrides. « On a à la fois une partie de formation plutôt orientée sciences et ingénierie et puis une autre partie de la formation orientée management », relate Fabrice Losson.
Suite aux deux précédentes campagnes, Fabrice Losson indique que le référentiel bachelor de la CTI intègre « un respect de l’arrêté qui fixe les critères du grade de licence » et « les spécificités attendues dans les écoles d’ingénieurs ». Il donne comme exemple « des exigences un peu plus fortes sur l’international » et sur les « aspects stages en entreprise ».
La CTI à l’échelle nationale et internationale
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Par ailleurs, la CTI met l’accent sur les coopérations à l’échelle nationale et internationale. « Nous nous nourrissons réellement des échanges, des groupes de travail, des interactions que nous avons avec nos partenaires, que ça soit au niveau national ou au niveau international », relate Élisabeth Crépon.
Au niveau national d’une part, les principales parties prenantes de la CTI, c’est le MESRI et les autres ministères de tutelle des écoles. À côté, il y a le monde socio-économique avec les branches professionnelles, les syndicats et les associations d’ingénieurs. L’association compte d’autres partenaires comme France Compétences (Certification Qualiopi, fiches RNCP), Expertise France, France Éducation International (FEI) ou encore Campus France.
« Ces partenariats, cette coopération, qui nourrit notre réflexion nous a permis notamment de faire évoluer ce référentiel. Nous faisons valoir l’évaluation, la démarche qualité, l’amélioration continue pour les formations d’ingénieurs », défend la présidente de la CTI.
D’autre part à l’international, Élisabeth Crépon évoque le travail avec des agences francophones en Europe — comme AAQ en Suisse et AEQES en Belgique — . « Nous réalisons des audits conjoints avec nos spécificités et nos particularités (…) pour accompagner l’évolution, la création d’agences à l’étranger ».
Avec le Hcéres et FEI, la CTI a remporté deux appels d’offres de la Commission européenne dans deux pays francophones à l’étranger : le Maroc et la Tunisie. « Ce trio représente le savoir-faire français en matière d’assurance qualité, d’accréditation et d’ingénierie pédagogique et la complémentarité des trois opérateurs a constitué un facteur essentiel du succès de la proposition française », se réjouit la présidente de la CTI. D’autres accords de reconnaissance professionnelle sont actuellement en renouvellement à l’étranger, à savoir au Canada et en Australie.
« La CTI est présente pour vraiment être à l’écoute des enjeux des défis auxquels font face l’enseignement supérieur et la formation des ingénieurs, et proposer un référentiel qualité et un accompagnement le plus adapté aux établissements », conclut Élisabeth Crépon.