Réviser ses fiches à l'ombre des volets fermés, migrer ses affaires dans la pièce la plus fraîche, composer dans une salle où l'air ne circule plus : voilà le quotidien qu'ont connu les candidats de la session 2026 du baccalauréat.
Dès le mois de juin, alors que les examens du bac battaient leur plein, un épisode caniculaire d'une rare intensité s'est abattu sur la France pendant plusieurs jours. Les températures ont grimpé au-delà des 39°C par endroits, plaçant une large partie du pays en vigilance rouge, au moment même où des centaines de milliers de lycéens ont planché sur les épreuves écrites et orales.
Entre nuits trop chaudes pour dormir, révisions au ralenti et épreuves sous la fournaise, les fortes chaleurs étaient au rendez-vous. Désormais, à l'heure des résultats du bac, une question taraude les esprits : ces conditions extrêmes ont-elles pesé sur la réussite des lycéens et leur mention au bac ? Décryptage.
Reports, aménagements : un bac sous haute tension ?
C’est une scène qui a fait le tour des réseaux sociaux pendant plusieurs jours. Le 26 juin dernier, les élèves de première du lycée Gustave-Eiffel à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) ont passé leur épreuve orale anticipée de français dans un parking souterrain. Une enseignante et conseillère régionale a partagé une photo sur X, montrant des bureaux et des chaises dispatchés dans un parking.
Oraux du bac de français à Rueil-Malmaison
Mais ce matin encore, @vpecresse était très fière de son bilan rénovation dans les lycées. #PecresseDemission #canicule pic.twitter.com/Hfh4xcc03j
— Julie Garnier 🐝🐢 (@JulieGarnierFI) June 26, 2026
En effet, la canicule a contraint les établissements à improviser. Alors que le pic menaçait plusieurs académies, les oraux de français de première et le Grand oral prévus l'après-midi ont été reportés pour près de 5 000 candidats, dans 5 académies.
Le principe retenu partout : maintenir les épreuves du matin, adapter au cas par cas selon les conditions locales, et distribuer de l'eau dans les centres d’examen. Le brevet des collèges, quant à lui, a été maintenu tel quel, avec des pauses fraîcheur de 15 minutes et l'autorisation pour les collégiens de sortir se rafraîchir.
Interrogé sur ces conditions, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray a reconnu leurs limites, tout en défendant le bilan mis en place par le ministère. « Je ne vous dis pas que pédagogiquement et architecturalement, c'est idéal », avait-il admis sur BFMTV, avant de rappeler que « 700 000 jeunes ont pu passer leurs oraux à la date et à l'heure convenues ». Le rectorat de Versailles, de son côté, a justifié l'épisode du parking par la volonté de placer les candidats « dans les conditions les moins défavorables possible », après nettoyage et vérification des lieux.
Du côté des syndicats, le ton est nettement plus critique. Le Snes-FSU, syndicat des enseignants du second degré, a dénoncé une gestion dans l'improvisation. « Rien n'a été préparé, rien n'a été anticipé, et ce n'est pas normal (...) nous faisons passer des oraux dans des salles où il fait plus de 34°C. Nous voyons des élèves qui font des malaises alors qu'ils sont en train de passer le bac », a dénoncé auprès de franceinfo, Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU. Une colère qui déborde le seul cas du bac, et pose une question plus large : celle des conditions de travail en fonction de la canicule, tant pour les élèves que les personnels.
Le ressenti des lycéens, entre révisions au ralenti et épreuves étouffantes
Derrière les mesures d'urgence, il y a des candidats qui ont révisé et passé leurs examens sur fond de canicule. « Faute de climatisation, il faisait entre 30 et 35 degrés dans ma chambre », confie une lycéenne, qui a tout de même décroché son bac maths-physique chimie avec la mention assez bien. « Étant très sensible à la chaleur, ça m'a rendue moins productive », poursuit-elle, « surtout avant les épreuves, où mon sommeil était perturbé, et donc mes capacités également ».
Pour Alexis, 18 ans, la chaleur a d'abord bousculé les révisions. Privé de climatisation, il a déserté sa chambre où le thermomètre grimpait. « Il faisait trop chaud dans ma chambre, donc je descendais souvent réviser dans mon sous-sol », raconte-t-il, un repli contraignant puisque son ordinateur fixe, resté à l'étage, lui servait notamment pour réviser son épreuve de spécialité NSI.
Ses épreuves écrites, toutes programmées entre 8 heures et midi, se sont déroulées aux heures les plus supportables. Son Grand oral, en revanche, est tombé le 24 juin, en pleine vague de chaleur, dans un lycée parisien qui n'était pas le sien. « Il y avait deux petits ventilateurs dans la salle qui, évidemment, n'étaient pas du tout suffisants », décrit-il, une bouteille d'eau et des gobelets en carton pour seul renfort. Convoqué à 11 heures, il n'a été interrogé qu'à 12h15, après plus d'une heure d'attente dans un couloir surchauffé.
Le jeune bachelier estime que ces conditions d’examen ont pesé sur sa note finale. « J'avais bien appris mon oral pendant plusieurs semaines, avec un sujet validé par mes profs », indique-t-il, « mais le jour J, j'ai oublié environ un tiers de mon oral. » Il en attribue la cause à la chaleur : « J'ai remarqué que j'ai du mal à réfléchir correctement quand il fait trop chaud », confie-t-il.
Pour lui, l'oral reste plus exposé que l'écrit. « Pendant une épreuve écrite, on peut prendre le temps de faire une pause, de boire, d'aller se rafraîchir », compare-t-il, « alors que l'oral est condensé, rapide, et les gens ont tendance à être plus stressés. »
Canicule et examens : comment garder la tête froide ?
Face à ces aléas, une mesure concrète se dessine déjà pour les prochaines sessions. Le ministre de l’Éducation nationale a annoncé vouloir que, dès 2027, les épreuves du bac et du brevet se tiennent uniquement le matin. Le ministre reconnaît toutefois que l'adaptation du bâti scolaire, entre isolation et ventilation, demandera des années. En attendant, les candidats doivent composer avec leurs propres moyens.
Le premier levier se situe en amont, pendant les révisions. Travailler dans la pièce la plus fraîche du logement et caler ses créneaux le matin ou en soirée, quand la température retombe, limite la perte de concentration. Le sommeil, souvent écourté lors des nuits étouffantes, joue lui aussi sur les capacités le jour de l'épreuve.
Le jour J, quelques dispositifs existent. Les centres d'examen distribuent de l'eau, et il est possible d'arriver en avance pour repérer sa salle et souffler avant de composer. « L'an dernier, pour mon oral de français, je suis passé le 2 juillet à 14 heures, le jour le plus chaud de l'année. Il faisait 40 degrés dans ma salle et j'ai eu une sale note, j'étais complètement perdu à cause de la chaleur », explique-t-il.
Ces vagues de chaleur ne relèvent désormais plus de l'exception. Les canicules de juin et juillet 2026 pourraient ainsi devenir la norme des prochaines sessions, obligeant peu à peu le bac à composer avec un climat qui, lui, ne passera pas en rattrapage.





