L’essor de l’intelligence artificielle transforme les métiers et les pratiques, obligeant les écoles à repenser leurs formations. Comment former un bon manager aujourd’hui ? Quelles sont les compétences qui lui seront essentielles demain ? ESPAS et ESTICE, écoles de management de l’Université Catholique de Lille, affichent une conviction forte : ce sont les compétences fondamentales et humaines, au-delà de la seule maîtrise des outils, qui feront la différence.
ESPAS-ESTICE sont deux écoles de management de l’Université Catholique de Lille, qui forment des managers responsables à travers des approches pédagogiques complémentaires : le management international et interculturel pour ESTICE, et la double compétence business et biosciences pour ESPAS.
IA : maîtriser avant de déléguer
Poser des contours éthiques autour de l’usage de l’IA : voilà comment ESPAS et ESTICE souhaitent procéder, afin de faire comprendre à leurs étudiants que les outils d’intelligence artificielle ne doivent en aucun cas les remplacer. « On autorise l’usage de l’IA quand c’est pertinent, mais on explique à nos étudiants qu’il faut d’abord maîtriser le sujet soi-même », indique Antoine Blondelle, directeur des écoles.
Si des cours sur l’IA sont déployés dans les programmes pour apprendre à utiliser l’outil correctement, les établissements incitent néanmoins leurs apprenants à travailler par eux-mêmes. « Apprendre à prompter n’est pas le plus dur ; ce qui est plus compliqué, c’est de ne pas suivre aveuglément ce que dit l’IA générative », avoue Tania Teixeira, responsable pédagogique ESPAS-ESTICE. « Il faut rester méfiant face à ce que nous montre l’IA, et plus on est expert de son sujet, plus on se rend compte de ses limites », complète le directeur. « Il ne faut jamais déléguer une tâche que l’on ne maîtrise pas », renchérit-il.
La responsable pédagogique va encore plus loin. Selon elle, tout déléguer à l’IA n’encourage pas l’estime de soi. « Le manque de confiance en soi est un réel problème chez les jeunes diplômés, surtout quand ils arrivent dans une entreprise face à des professionnels déjà expérimentés », confie Tania Teixeira. « Faire travailler l’IA à sa place, c’est potentiellement se croire incapable de faire ce qu’elle fait, alors que ce n’est pas vrai », ajoute-t-elle.
Directeur des écoles ESPAS-ESTICE et docteur (PhD) en sciences de l’éducation, Antoine Blondelle est co-auteur de l’ouvrage IA et Éducation – Un double défi (Éditions Hermann), écrit avec Pierre Giorgini, ancien président-recteur de l’Université Catholique de Lille. Cet ouvrage propose une lecture critique et humaniste de l’IA dans l’enseignement supérieur. Il défend une conviction forte : former à l’IA, oui, mais sans jamais renoncer à l’exigence intellectuelle, à l’esprit critique et à la pensée autonome.
Ce que recherchent les entreprises aujourd’hui
Travailler avec l’IA est aujourd’hui incontournable. Le marché de l’emploi recherche des talents capables de travailler intelligemment avec ces outils, mais pas seulement. Les entreprises attendent aussi des managers capables d’analyser des situations complexes, de s’adapter et de travailler efficacement en équipe, en allant au-delà de la simple maîtrise technologique. Comprendre les enjeux métiers, les produits et les marchés, et s’engager de manière responsable dans son environnement professionnel devient un critère déterminant de l’employabilité.
Pour répondre à ces attentes, la maîtrise de compétences fondamentales - analyse, esprit critique, communication et discernement - est aujourd’hui essentielle.
Retour aux fondamentaux
Aujourd’hui, il n’est plus question de maîtriser uniquement des outils, mais de renforcer des compétences que l’IA ne peut pas remplacer. Et c’est là qu’ESPAS et ESTICE entrent en jeu : avec la mise en place d’ateliers de compétences essentielles et fondamentales, les écoles de management ambitionnent de former des managers capables de penser, décider et agir de manière responsable.
Synthèse, expression écrite et orale, capacité d’analyse, travail de groupe, gestion du stress, organisation, autonomie, adaptabilité, veille informationnelle, gestion de conflits, intelligence émotionnelle : « Toutes ces compétences sont attendues dans le monde professionnel, surtout dans un contexte global aussi connecté », précise Antoine Blondelle. « Les entreprises sont en quête de talents qui veulent apprendre des compétences capables de s’inscrire dans le temps », assure le directeur.
Tania Teixeira est convaincue que ces compétences peuvent faire la différence.« C’est bien d’apprendre les achats ou le management d’équipes, mais si les étudiants ne savent pas rédiger un mail, une synthèse de document ou animer une réunion, cela pose problème », appuie la responsable pédagogique. L’objectif des écoles est clair : former des futurs managers capables d’utiliser les outils d’intelligence artificielle sans fragiliser les apprentissages fondamentaux, tout en cultivant rigueur intellectuelle et discernement.
Afin de contribuer à une société durable et solidaire, ESPAS et ESTICE proposent à leurs étudiants le Service Learning : l’apprentissage par le service. Il s’agit ici de concevoir et de mettre en œuvre des actions liées à l’engagement citoyen, pour former des futurs managers responsables et capables de donner du sens à leurs actions : des compétences que l’IA n’enseigne pas.
L’humain au cœur de la pédagogie
Parmi ce que l’IA ne peut pas remplacer, figurent les qualités humaines, mais aussi la capacité à prendre du recul et à exercer son esprit critique. Si de nombreuses études prouvent que ces compétences se fragilisent avec l’évolution rapide du numérique, ESPAS et ESTICE souhaitent changer la donne. « Nous accordons une grande importance à la santé mentale de nos étudiants et, pour aller mieux, il est primordial de se recentrer sur l’humain, de se reconnecter avec le monde réel », confie Antoine Blondelle.
Pour ce faire, les écoles de management intègrent des expériences concrètes et incarnées dans leur pédagogie. Les étudiants vont, par exemple, décrire comment ils vivent émotionnellement leurs échanges interculturels avec des personnes qu’ils ne connaissent pas et issues d’une culture différente. « On s’est laissé happer par des algorithmes très captifs, qui peuvent nous couper de la réalité. C’est pourquoi nous proposons aussi des activités sans écrans, et les étudiants en sont ravis », témoigne le directeur.
ESPAS est une école de management qui offre une double compétence business et biosciences, avec des spécialisations dans les secteurs de la santé, de la cosmétique et de la foodtech-nutrition. Les étudiants acquièrent une compréhension et une expertise des produits scientifiques, leur permettant de dialoguer aussi bien avec des équipes R&D, qualité ou production qu’avec des directions commerciales ou marketing.
ESTICE est une école de management international, ouverte sur le monde, qui forme des managers d’affaires internationales. Centrés sur l’apprentissage des langues étrangères, les programmes permettent aux étudiants de partir très tôt à l’étranger. Dès la Licence 3, ils se spécialisent dans un parcours : achat stratégique et supply chain, marketing digital et développement produit, ressources humaines et transformation des organisations, business development, ou encore entrepreneuriat.
Miser sur l’humain n’est pas seulement un atout personnel pour les étudiants : c’est aussi un critère déterminant pour leur insertion professionnelle. « Le savoir-faire peut s’apprendre, mais le savoir-être, la capacité à analyser, décider et coopérer sont beaucoup plus complexes à développer », souligne Tania Teixeira. « On ne veut pas seulement former des commerciaux qui savent vendre, mais des managers engagés dans les transitions durables, attentifs aux autres et capables de trouver du sens dans leur métier », conclut Antoine Blondelle.
Former à l’ère de l’IA, ce n’est donc pas renoncer à l’exigence, mais au contraire renforcer ce qui fait la singularité de l’humain : la capacité à comprendre, à relier, à décider et à donner du sens !






